Nigéria: deuil national et appel du pape après la mort de 92 migrants

Trois jours de deuil national et un appel du pape ont été prononcés après la mort de 92 migrants dans le désert nigérien.
07 août 2015, 11:58
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Seules 21 personnes sur un total de 113 ont survécu à ce voyage dans le désert.

Le gouvernement nigérien a décrété à partir de vendredi trois jours de deuil national après que 92 migrants, essentiellement des femmes et des enfants, soient morts de soif dans le désert. A Rome, le pape François a demandé à tous les chrétiens de prier avec lui pour les victimes.

"De manière spéciale, je prierai pour tous ceux de nos frères et soeurs, hommes, femmes et enfants, morts victimes de la faim, de la soif, de la fatigue dans leur chemin pour trouver des conditions de vie meilleures. Ces jours-ci, nous avons vu sur les journaux ces images du désert cruel. Faisons tous en silence une prière pour ces frères et soeurs", a-t-il demandé.

La foule dense assemblée sur la place Saint-Pierre à l'occasion de l'Angelus, en cette fête catholique de la Toussaint (fête des saints et saintes), lui a immédiatement obéi, une silence impressionnant s'élevant des quelque 60'000 personnes présentes sur la place.

Drapeaux en berne

Les drapeaux étaient par ailleurs en berne vendredi sur tout le territoire nigérien en hommage aux victimes, notamment sur l'Assemblée nationale, le plus grand stade de Niamey et le palais des congrès, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Profondément touché" par le drame, qui a fauché 52 enfants, 33 femmes et 7 hommes, tous des Nigériens qui tentaient de rejoindre l'Algérie début octobre, Niamey a présenté "ses condoléances attristées aux familles éplorées" et invité "la population à prier pour la mémoire des disparus".

Tragédies familiales

Sadafiou, un rescapé d'une trentaine d'années qui a perdu trois de ses proches dans le voyage, avait expliqué il y a quelques jours sur une radio que le groupe dont il faisait partie, originaire du Sud nigérien, fuyait de mauvaises récoltes à venir. "L'un d'entre nous a vu sa femme et ses neuf enfants mourir", racontait-il.

Seules 21 personnes sur un total de 113 ont survécu à ce voyage, selon une source sécuritaire.

Cette tragédie relance une fois de plus le débat sur l'immigration clandestine des Africains, après celle de Lampedusa début octobre, quand plus de 360 clandestins, surtout érythréens, étaient morts dans le naufrage de leur embarcation au large de cette île italienne. Des dizaines d'autres ont encore péri en mer depuis lors.

Abandons dans le désert

Le Niger, l'un des pays les plus pauvres au monde, est confronté à des crises alimentaires récurrentes. L'émigration y est massive. Le décès de clandestins en plein désert, souvent abandonnés par leurs passeurs à une mort certaine, se révèle assez fréquent, mais dans des proportions bien moindres.

La dernière catastrophe d'une ampleur comparable dans le Sahara avait été rapportée en mai 2001 en Libye, considéré du temps de Mouammar Kadhafi comme un eldorado pour les migrants africains, quand 140 d'entre eux étaient morts de soif dans le désert.

Dangereuse porte d'entrée

Depuis la chute du dictateur, la Libye est davantage devenue une porte d'entrée pour l'Europe. La route migratoire y menant est bien plus fréquentée que celle pour aller en Algérie.

Près de 5000 Ouest-Africains, dont de nombreux Nigériens, ont transité chaque mois entre mars et août 2013 par Agadez, afin de se rendre en Libye, selon l'ONU.