Laurent Gbagbo tire ses dernières cartouches

En Côte d'Ivoire, les partisans du président sortant, Laurent Gbagbo, ont offert hier une résistance acharnée aux combattants d'Alassane Ouattara.
02 août 2015, 19:52
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39

La guerre a envahi Abidjan. La capitale ?conomique de la C?te d'Ivoire s'est r?veill?e hier aussi vide qu'une ville morte. Sur le Plateau, le centre des affaires, un silence pesant et ?trange r?gnait depuis la nuit pr?c?dente.

Aux premi?res heures de l'assaut lanc? sur Abidjan, jeudi soir, par les Forces r?publicaines de C?te d'Ivoire (FRCI), favorables au pr?sident ?lu, Alassane Ouattara, les d?tonations des obus et les sifflements de balles ont fait vibrer les tours du quartier, s'?crasant autour du Palais pr?sidentiel. Mais ces lieux semblent d?sormais ?pargn?s par les affrontements, comme si ce centre du pouvoir n'?tait plus, pour l'heure, au c?ur des pr?occupations.

Le bruit des luttes se concentrait hier sur le tr?s chic quartier de Cocody, au nord du Plateau. Les FRCI focalisaient leurs actions sur trois sites n?vralgiques. La Demeure de marbre et de verre, r?sidence de Laurent Gbagbo, appara?t comme le but le plus symbolique. Toute la nuit, d'intenses combats ont d?chir? les luxueuses avenues bord?es de gazon qui entourent la villa.

?C'est extr?mement violent. Nous avons entendu pendant des heures des tirs d'armes lourdes ? haute cadence, ainsi que des d?parts de missile roquette. Les miliciens de Laurent Gbagbo sont partout. Ils ont bien s?curis? le site et ils s'accrochent?, racontait un voisin. Selon lui, hier apr?s-midi, les combattants prenaient un peu de r?pit, laissant la fureur s'?loigner... tout juste d'un kilom?tre.

Une r?sistance farouche

Dans l'apr?s-midi, le si?ge de la Radio t?l?vision ivoirienne (RTI), la cha?ne d'?tat, faisait l'objet d'?pres affrontements. Le b?timent, pris et repris ? plusieurs reprises au cours des derni?res heures, ?tait sous le feu des hommes de Mourou Ouattara, l'un des commandants des FRCI, arriv?es en renfort dans la matin?e. ?Nous sommes parvenus ? faire partir les deux chars qui gardaient l'entr?e. Nous pensons pouvoir s?curiser la RTI assez rapidement?, indiquait l'officier. Un souhait, plus qu'une r?elle affirmation, qui permettrait ? ses troupes de partir appuyer les unit?s charg?es d'attaquer le troisi?me objectif: le camp d'Agban. Cette caserne de gendarmerie, la plus grande de C?te d'Ivoire, verrouille une bonne partie de l'acc?s vers Cocody et renferme un important d?p?t de munitions et d'armes. Hier, ?le camp?, pas plus que la t?l?vision ou la r?sidence, n'?tait tomb?. ?Il y a eu des combats tr?s durs avec beaucoup de morts et de bless?s?, reconnaissait un proche de Guillaume Soro, le premier ministre d'Alassane Ouattara.

Au cinqui?me jour de leur offensive, les forces pro-Ouattara, dont la marche avait jusqu'alors sembl? un d?fil? triomphal, rencontrent une r?sistance farouche. Et le plan d'action bien dessin? des FRCI, ses premiers accrocs. ?Il est possible qu'il ait sous-estim? l'adversaire, car jusqu'alors tout avait ?t? tr?s facile. Mais en m?me temps une certaine r?sistance n'est pas ?tonnante et cela ne changera pas l'issue finale du combat. C'est juste que cela peut prendre du temps et aggraver le bilan?, souligne un expert militaire. Un couvre- feu ?tendu de midi ? 6h du matin devait entrer en vigueur aujourd'hui, laissant pr?sager de nouveaux combats.

Des hommes fanatis?s

Pour l'?tat-major des FRCI, la situation est d'autant plus complexe que plus personne n'est ? m?me de dire qui compose le dernier carr? de combattants fid?les au pr?sident Gbagbo, rendant les n?gociations presque impossibles. La Garde r?publicaine, le Centre de commandement et de s?curit? ou les commandos de marines ont ?t? emport?s dans le chaos, tout comme leur hi?rarchie. ?Les hommes qui luttent sont sans doute sortis de ces r?giments mais, fanatis?s, ils se battent maintenant seuls et pour eux-m?mes?, explique un observateur.

Lorsqu'ils ne sont pas introuvables, les hauts officiers se sont en effet ralli?s, ? l'image du chef d'?tat-major de l'arm?e de terre, le g?n?ral Philippe Mangou. La rumeur affirme que le g?n?ral Kassarat?, autrefois tout-puissant chef de la gendarmerie, serait aux arr?ts, tandis que son homologue de la police serait r?fugi? ? l'ambassade de Russie avec des barons du r?gime d?liquescent.

Laurent Gbagbo lui-m?me est devenu un fant?me. Selon l'ambassadeur de France, le pr?sident d?chu et son ?pouse, Simone, auraient quitt?, hier dans la matin?e, leur r?sidence de Cocody ? bord de deux vedettes pour rejoindre le palais du Plateau. Depuis, nul n'a de nouvelles du ?boulanger?, m?me si ses proches se refusent ? imaginer un exil ou une quelconque reddition de Laurent Gbagbo, visiblement d?cid? ? s'enfermer dans une fuite en avant.

Alors que le gros des forces campait toujours ? l'ext?rieur de la ville, les responsables des FRCI semblaient d?cid?s ? investir un peu plus la capitale ?conomique. En province, d?sormais enti?rement sous le contr?le d'Alassane Ouattara, la situation s'am?liorait lentement. ?On constate que des villageois rentrent chez eux, ce qui est un bon signe?, raconte un responsable europ?en.

C'est le chaos

Abidjan, o? les habitants sont terr?s depuis maintenant 24 heures, est au contraire le th??tre d'un grand pillage et de r?glements de comptes sournois de la part de partisans de l'un ou l'autre camp, ainsi que de simples jeunes ravis d'une si belle occasion. A Koumassi, un quartier de ville, pas un commerce n'aurait ?chapp? aux vandales. ?Ils ont commenc? ? sortir jeudi avec des mitraillettes et des couteaux. Ils volent tout, arrachent les rideaux de fer avec pieds-de-biche. Rien ne les arr?te. Et il me faut le dire, m?me si cela me d?pla?t: ce sont nos jeunes qui commettent ces crimes?, explique un chef local des pro-Ouattara.

Au sud de la cit?, Port-Bou?t ?tait le centre de la m?me fr?n?sie. ?C'est le chaos. Plus personne ne peut sortir car les ?tudiants pro-Gbagbo sont ma?tres des rues. Pour les familles, si cette situation devait durer, les choses deviendraient tr?s dures car il n'y a que peu de r?serves de nourriture et de gaz?, s'inqui?te un Ivoirien, cach? comme ses voisins dans sa maison. En Zone 4, un district bourgeois et commer?ant d'Abidjan, les 900 soldats fran?ais de la force Licorne multiplient les patrouilles pour tenter de r?tablir un semblant d'ordre dans une ville qui n'en conna?t plus gu?re. /TBE-Le Figaro