Gbagbo s'accroche à son réduit

Entre les offensives des forces pro-Ouattara et les négociations avec l'ONU, l'ex-président Laurent Gbagbo cherchait encore hier à tirer son épingle du jeu à Abidjan.
02 août 2015, 19:53
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39

Terr? dans le sous-sol fortifi? de sa r?sidence et comme ?tranger au tour d?sesp?r? qu'a pris la situation, Laurent Gbagbo continuait hier de s'accrocher ? son si?ge, malgr? les coups de boutoir r?p?t?s des soldats pro-Ouattara. Tout au long de la matin?e, les combattants des Forces r?publicaines de C?te d'Ivoire (FRCI), fid?les au pr?sident ?lu, ont tir? ? l'arme lourde sur la vaste r?sidence pr?sidentielle qui domine la lagune d'Abidjan.

Retranch? en compagnie de son ?pouse, de ses filles et de quelques fid?les, le chef de l'?tat sortant s'obstinait cependant ? contester sa d?faite ? l'?lection pr?sidentielle du 28 novembre dernier. Comme en proie ? un sid?rant d?ni de r?alit?, il persistait ? r?clamer l'ouverture de n?gociations avec Alassane Ouattara, plaidant sur les ondes de RFI: ?J'ai gagn? les ?lections. Mon adversaire dit qu'il a gagn?. Je dis: OK, asseyons-nous et discutons. Sortons les arguments.?

Ind?niable sens politique

Jusqu'au bout, Laurent Gbagbo aura mis? sur son ind?niable sens politique pour tenter de retourner ? son profit une situation manifestement sans issue. Mardi matin, au lendemain des frappes dirig?es par les h?licopt?res de l'Onuci et de la force Licorne contre ses chars et ses positions d'artillerie, le pr?sident sortant a d'abord paru dispos? ? n?gocier son d?part.

Alcide Dj?dj?, qui fut son ministre des Affaires ?trang?res et l'un de ses plus proches partisans, s'est port? ? la rencontre de l'ambassadeur fran?ais, Jean-Marc Simon, dont la r?sidence jouxte celle de Laurent Gbagbo. ?Ce n'est pas la France qui fixe les conditions (r?d: de ces n?gociations), c'est le pr?sident l?gitimement ?lu Alassane Ouattara?, d?cryptait le ministre fran?ais des Affaires ?trang?res, Alain Jupp?, qui pr?cisait: ?Nous souhaitons que toutes les d?positions soient prises pour s?curiser physiquement Gbagbo et sa famille.? On pouvait, ? cet instant, parier sur un ?pilogue imminent.

Hier matin, cependant, la donne a brusquement chang? ? Cocody, o? les FRCI ont lanc? une nouvelle attaque contre la r?sidence pr?sidentielle tandis que deux h?licopt?res de l'Onuci survolaient le quartier. Au m?me moment, Paris faisait savoir que les discussions s'?taient sold?es par un ??chec?.

Sortir Gbagbo de son trou

?Le pr?sident Ouattara a estim? que les n?gociations engag?es pour obtenir la reddition de Gbagbo tra?naient en longueur et qu'il ne cherchait qu'? gagner du temps?, confiait une source gouvernementale fran?aise. ?On va sortir Laurent Gbagbo de son trou et le remettre ? la disposition du pr?sident de la R?publique?, pr?cisait Sidiki Konat?, porte-parole du premier ministre, Guillaume Soro, tandis que les partisans du pr?sident sortant d?non?aient une ?tentative d'assassinat?.

De sources concordantes, c'est parce que Laurent Gbagbo refusait de reconna?tre sa d?faite par ?crit que le pr?sident ?lu aurait ordonn? l'assaut sur sa r?sidence. ?Je ne reconnais pas la victoire d'Alassane Ouattara. Pourquoi voulez-vous que je signe ?a??, s'est interrog? le pr?sident d?chu sur la cha?ne LCI. En fin de matin?e, cependant, les armes lourdes se sont tues, sans que l'on sache avec certitude si l'attaque des FRCI avait ?t? repouss?e ou si les pourparlers avaient repris.

Depuis New York, le porte-parole de l'ONU pour les op?rations de maintien de la paix a assur?: ?Les discussions continuent et l'ONU offre ses bons offices autant que possible.? ? Paris, le ministre de la D?fense, G?rard Longuet, a indiqu? que la France n'interviendrait pas pour d?loger Laurent Gbagbo, car elle n'agit qu'?? la demande des Nations unies? et ?n'ob?it ? aucune force politique en C?te d'Ivoire?.

Surnomm? le ?Boulanger? en raison de sa propension ? rouler ses adversaires dans la farine, Laurent Gbagbo n'a pas son pareil pour gagner du temps dans les situations de crise. Jouant tant?t la conciliation, tant?t le durcissement, il est ainsi parvenu ? se maintenir au pouvoir tout au long de la crise ouverte par la tentative de coup d'?tat de septembre 2002, et ce alors que son mandat est arriv? ? ?ch?ance en 2005.

Un coup de poker

Mardi soir, il s'est beno?tement indign? de l'intervention militaire fran?aise, d?plorant: ?Je trouve absolument ahurissant que la vie d'un pays se joue sur un coup de poker de capitales ?trang?res. Je sors d'un culte pour prier, pour que la sagesse habite les uns et les autres, pour que l'on discute. Ma voix n'est pas la voix d'un martyr. Je ne cherche pas la mort. Mais si la mort arrive, elle arrive??

Tandis que la TCI, cha?ne de t?l?vision contr?l?e par Alassane Ouattara, diffusait hier le film ?La Chute?, qui ?voque les derniers jours d'Adolf Hitler dans son bunker, les combattants des FRCI assuraient vouloir prendre Laurent Gbagbo vivant. Dans son r?duit, une poign?e de combattants disposaient encore d'armes lourdes stock?es dans le parc de la r?sidence.

L'avenir et l'?ventuelle destination du pr?sident sortant, en cas de reddition, demeuraient incertains. Des sources proches de l'Union africaine ?voquaient hier soir un possible exil au Togo ou en Afrique du Sud, tandis que l'Angola persistait ? voir en lui l'unique ?pr?sident ?lu?. Dans les rues d'Abidjan, toujours hant?es par les allers et venues des militaires pro-Gbagbo, l'atmosph?re demeurait ?lectrique.