La Haute Ecole bernoise repousse les limites du handicap

Victime d’un terrible accident, Sebastian Tobler a imaginé un engin propice à sa réadaptation. Enseignant en conception de véhicules à la Haute Ecole spécialisée bernoise, il a associé ses étudiants à son projet.
18 mars 2020, 05:30
/ Màj. le 18 mars 2020 à 05:30
Sebastian Tobler a développé un e-bike spécialement conçu pour les personnes à mobilité réduite.

La vie de Sebastian Tobler a basculé en juillet 2013. Une terrible chute à VTT le laisse partiellement tétraplégique. Cloué dans une chaise roulante, ce chargé de cours en construction de véhicules à la Haute Ecole spécialisées bernoise (BFH), amateur de sport et de grand air, met à profit sa convalescence et ses compétences pour créer un engin qui pourrait l’aider dans sa réadaptation, tout en lui permettant de s’échapper dans la nature.

Travailler le haut et le bas

«Les vélos à bras ou handbike se limitent à ne faire travailler que les bras, les jambes sont immobiles. Le Go-Tryke a pour particularité de posséder un système d’entraînement des pédaliers par la force des bras, et l’action des bras fait tourner les pédales ainsi que les jambes dans un mouvement physiologique naturel.»

Le haut et le bas du corps travaillent donc de concert. Selon le handicap, ce sont les jambes qui donnent l’impulsion ou un seul côté du corps. C’est le cas chez les hémiplégiques. La solution s’adapte à toutes les personnes atteintes dans leur mobilité. Autre spécificité du Go-Tryke par rapport à un vélo à bras: il permet de s’aventurer sur tous les terrains et il est équipé d’une assistance électrique.

Collaborations en chaîne

Sebastian Tobler a proposé des travaux de projets et de Bachelor à ses élèves de la BFH en lien avec le Go-Tryke. «Le projet s’est nourri de l’apport de collègues et d’étudiants, ravis d’être intégrés à la recherche de résultats qui ont un sens et dont ils peuvent suivre la réalisation. Cette proximité avec la réalité est d’ailleurs l’une des forces des HES.»

D’autres institutions sont venues se greffer au développement de ce vélo à trois roues, et non des moindres. L’invention a intégré une recherche médicale, menée par le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Avec d’autres personnes paraplégiques, Sebastian Tobler participe actuellement à Stimo, un projet qui leur a permis de recouvrer partiellement le contrôle de leurs jambes grâce à une stimulation électrique ciblée et à une longue rééducation. Dans un programme d’extension à l’étude, le Go-Tryke est couplé à la stimulation électrique.

Potentiel thérapeutique

Parallèlement à cette étude, ce moyen de locomotion au potentiel thérapeutique prometteur intéresse d’autres chercheurs (voir encadré). Les essais menés avec des personnes à mobilité réduite et aux handicaps différents ont attesté d’une amélioration non négligeable de leur état de santé et de leur bien-être. «On observe jusqu’à des influences positives sur la digestion.»

La vente des Go-Tryke a débuté l’an dernier. Une vingtaine de vélos ont déjà trouvé preneurs. La remarque d’un des premiers usagers a particulièrement touché Sebastian Tobler. «Il m’a expliqué que quand il est sur cet engin d’apparence si décontractée, on ne voit pas qu’il est handicapé.»

Par Nicole Hager

Pour en savoir plus

www.gby.swiss