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Jeux Olympiques 2012

04.08.2012, 16:10 - JO 2012
Actualisé le 04.08.12, 16:52

Nicola Spirig au firmament après sa victoire

Nicola Spirig affiche fièrement sa médaille d'or remportée aujourd'hui à Londres.
Crédit: KEYSTONE

D'un souffle, à la photo-finish: Nicola Spirig est devenue Championne olympique apportant à la Suisse une quatrième médaille en douze ans en triathlon aux JO, la deuxième en or.

La Zurichoise a fait valoir ses formidables qualités de finisseuse et son sens tactique, déjà maintes fois éprouvés sur le circuit.

 
"Neuf centièmes de différence (après deux heures d'effort)... J'ai déjà souvent vu des arrivées serrées, mais à ce point, je ne crois pas", a glissé le coach national Iwan Schuwey, qui a du vécu puisqu'il est coach national depuis dix ans.
 
Un poste qu'il va quitter en octobre, sur cette apothéose londonienne. Le résultat de Spirig n'est pas le moins attendu - la Zurichoise de 30 ans domine sa discipline cette saison - mais dont le dénouement fut dramatique et fabuleux, le plus incertain en tout cas de l'histoire (récente) de ce sport entré aux JO en 2000.
 
"Je suis sans voix, c'est stupéfiant", a déclaré Nicola Spirig, qui a dû attendre de longues minutes avant que son succès soit officialisé.
 
Elle avait franchi la ligne épaule contre épaule avec la Suédoise Lisa Norden, revenue fort de l'arrière après que Spirig a lancé le sprint, à 400 m de l'arrivée. Les deux femmes ont coupé le ruban en même temps, mais la cellule électronique qui déclenche le chrono était-elle bien pile à la même hauteur que ce ruban somme toute inofficiel?
 
"L'attente fut très dure, et c'est finalement un officiel qui m'a dit que j'avais gagné", a expliqué la championne.
 
A 30 ans, la licenciée en droit de Winkel (ZH), qui vit désormais à Leysin où elle s'entraîne avec son compagnon zurichois Reto Hug, couronne une carrière déjà très riche: trois titres européens (2009, 2010 et 2012), un titre de Championne du monde en 2010 et de nombreux succès sur le circuit, y compris en athlétisme.
 
C'est du reste dans ce sport que Spirig a commencé à briller, en devenant vice-championne d'Europe juniors de cross en 1999, puis en amassant divers titres nationaux (cross, piste, route) devant les spécialistes, comme celui du 5000 m remporté juste avant ces JO à Berne devant des athlètes comme Sabine Fischer ou Patricia Morceli.
 
"Chaque entraînement à 100 %"
 
Spirig avait fait le plein de confiance et savait qu'elle pouvait s'appuyer sur ses talents de coureuse, en plus de sa force à vélo qui lui permet de gaspiller un minimum d'énergie sur sa bécane quand ses rivales s'époumonent.
 
Elle peut ainsi s'attaquer aux 10 km de course à pied dans un bon état de fraîcheur. Et n'a pas trop à s'inquiéter de sa relative faiblesse en natation - elle a quitté l'eau en 18e position, à plus d'une minute de la tête - sachant qu'elle revient vite à vélo.
 
"Mon finish, je le travaille beaucoup à l'entraînement, où je prépare à la fois mon corps et mon mental. J'ai l'habitude de boucler mes séances sur piste par des 200 m ou des 400 m très rapides. Chaque séance d'entraînement est intense, je me donne à 100 %", a expliqué la Championne olympique.
 
"Je voulais l'or, pas seulement une médaille, et tout s'est passé comme mon coach Brett Sutton l'avait prévu. "A la fin, j'ai vu Norden revenir en regardant l'écran géant devant moi... Cette arrivée serrée montre que la densité est devenue très forte devant."
 
Lisa Norden a été classée 2e dans le même temps, l'Australienne Erin Densham prenant le bronze à 2 secondes.
 
Sport "jeune" aux JO, le triathlon est vite devenu une spécialité helvétique. La Zougoise Brigitte McMahon avait remporté la première édition olympique en 2000 à Sydney, Magali Messmer décrochant le bronze.
 
En 2004 à Athènes, Sven Riederer remportait également le bronze. A Pékin, Spirig n'a pu faire mieux que 6e, elle qui était aussi 19e en 2000 déjà. "Cette expérience des Jeux précédents m'a aidée", dit-elle aujourd'hui.
 
Nicola Spirig est une championne volontaire qui "s'est faite seule", en ayant l'intelligence de rejoindre un groupe d'entraînement très international sous la houlette de l'Australien Brett Sutton, à Leysin.
 
Elle y bénéficie d'une forte émulation, au sein d'une équipe mixte. "J'aime m'entraîner avec les garçons!", relève-t-elle dans un sourire.
 
En triathlon, tout le monde se connaît parfaitement et se respecte. La Suédoise Lisa Norden a paru bien davantage se réjouir de sa médaille d'argent que de regretter de ne pas avoir gagné.
 
Aucune des deux athlètes n'a réellement "cassé" sur la ligne, pas habituées à ce type d'arrivée. Le public a eu son content d'émotions.
 
Mais pour la Soleuroise Daniela Ryf, ce fut le calvaire: jamais dans le coup, elle a fini 40e à 6'49.

 

Iwan Schuwey: "Nos athlètes ont la rage de vaincre"
 
Marc Biver et Iwan Schuwey, respectivement président et coach national de Swiss Triathlon, ont accueilli avec une grande satisfaction mais sans réelle surprise le succès de Nicola Spirig.
 
"Elle avait remporté ses neuf dernières courses, elle partait favorite", selon Biver. Les deux hommes décortiquent les raisons de cette victoire.
 
Marc Biver, quelle est la contribution de Swiss Triathlon dans cette médaille d'or?
 
M.B.: "La Fédération a mis en place les infrastructures nécessaires pour permettre à Nicola et aux autres de bénéficier de conditions optimales, au niveau du logement et de la nourriture.
 
Nous avions dépêché expressément un cuisinier (ndlr: le chef Bruno Rossignol, spécialement détaché de l'Ecole hôtelière de Lausanne), et nos triathlètes disposaient de logements à part, au Collège Impérial situé à 5 minutes du lieu de la compétition.
 
C'est un environnement familier, idéal pour s'entraîner, dans lequel nous étions déjà venus pour le triathlon de Londres l'an dernier. Swiss Triathlon organise aussi des stages d'entraînement (Tenero, Davos, Lanzarote...) et finance les voyages sur le circuit. Mais le mérite revient d'abord à Nicola Spirig..."
 
Quels sont les moyens dont bénéficie la Fédération suisse pour aider ses athlètes?
 
M.B.: "Nous n'avons pas les moyens dont disposent les sports majeurs. Nous aimerions bien offrir plus, aux jeunes notamment, mais c'est une question de finances. Notre budget est de 1,8 million de francs par an.
 
Nous versons des primes de performance, pas de somme fixe. Nous devons donc laisser de la liberté à nos athlètes au niveau de l'exploitation des droits de marketing et de l'entraînement.
 
Parmi les jeunes talentueux, nous avons les frères Salvisberg (Andrea, Florin, Lukas), qui étudient à côté car ils ne peuvent pas vivre du triathlon. Ce succès de Nicola Spirig est important dans l'optique des subsides que nous verse Swiss Olympic."
 
Iwan Schuwey, comment expliquer les nombreux bons résultats internationaux des triathlètes suisses depuis douze ans? Y a-t-il un "Swiss Made" particulier en la matière?
 
I.S.: "Il n'existe pas d'école de triathlon en Suisse. Le nombre de licenciés est minime (sic), autour des 4000, et ces victoires sont d'abord individuelles.
 
Nous avons des athlètes avec une rage de vaincre, qui ne se contentent pas de participer mais qui veulent gagner. Ils s'engagent à 100 %, comme l'a expliqué Nicola elle-même. Elle n'a pas hésité à tout miser sur le sport et à déménager à Leysin (auprès de son coach australien Brett Sutton) pour s'entraîner.
 
Le triathlon exige de gros sacrifices, avec d'importants volumes d'entraînement: 3800 à 4000 km de course à pied par année, 1200 km de natation et 10'000 - 12'000 km à vélo, sur cinquante semaines.
 
Nicola effectue un gros travail avec Sutton. Le niveau monte sans cesse, car depuis le lancement de la Série mondiale en 2008, il y a de l'argent à gagner dans le triathlon."
 
Marc Biver, que peut-on attendre de Sven Riederer dans la course masculine jeudi prochain?
 
M.B.: "Riederer aime les challenges, il est capable de tout. Les frères Brownlee (Alistair et Jonathan, les Britanniques) partent largement favoris mais je vois bien Riederer terminer dans le top 6."

Source: SI



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