Luminesys à nouveau dans la lumière

Finaliste malheureux il y a un an et demi, la medtech Luminesys tente à nouveau sa chance avec ses supports d’analyse nanotechnologiques. Qu’est-ce qui a changé pour eux depuis?
27 oct. 2021, 05:30
/ Màj. le 27 oct. 2021 à 05:30
Raphaël Barbey et Nicolas Descharmes, fondateurs de Luminesys. La start-up s'était déjà présentée l'an dernier au Prix BCN Innovation.

«Nous ne sommes pas des bêtes de concours, soulignent d’emblée les cofondateurs de Luminesys, Raphaël Barbey et Nicolas Descharmes. Mais le Prix BCN Innovation a une saveur particulière pour nous, car notre technologie a été développée à Neuchâtel (réd: entre l’antenne neuchâteloise de l’EPFL et le CSEM). Notre vie et nos soutiens sont ici. En plus, nous suivons la compétition depuis sa création ou presque.»

Ce n’est pourtant pas la nostalgie qui les a poussés à se représenter une deuxième fois. «L’an dernier, on a reçu de très bons feedbacks du jury pour notre produit, se souvient Nicolas Descharmes. Il nous a surtout fait remarquer que nous devions travailler notre modèle d’affaires.»

Penser au marché

Le binôme a suivi ce conseil; une démarche à l’opposé de leurs habitudes. «Il a fallu transformer les deux scientifiques que nous sommes en entrepreneurs», glisse Raphaël Barbey. «Ça a été une métamorphose compliquée, enchaîne son acolyte. Par essence, un chercheur doute, tandis qu’un homme d’affaires ne doit pas douter. Il nous a été difficile d’affirmer des convictions dans un business plan, par exemple.»

Un défaut que rencontre la majorité des start-upers issus du monde académique. Beaucoup de jeunes pousses développent un produit innovant qui fonctionne et délaissent le marché potentiel, considérant qu’il va de facto accueillir leur proposition. Or, l’un ne va pas sans l’autre. Manquer d’intérêt pour sa cible est risqué, de plus celle-ci évolue souvent avec les besoins du marché lui-même. Rien que pour ça, le parcours de Luminesys a valeur d’exemple pour d’autres.

Cap sur les microarray

Les docteurs ont ainsi appris et ne sont pas restés les bras croisés depuis 16 mois. Outre la création d’un site web et de documentations marketing, ils ont accueilli une collaboratrice et déposé un deuxième brevet pour leur technologie. Mais surtout, la medtech neuchâteloise a mieux identifié son marché potentiel.

Grâce au programme Venture Kick, Luminesys a compris que son produit est prêt pour le domaine des microarray, ou biopuces – un outil de dépistage de plusieurs maladies sur une seule lame placée dans un scanner et non sous un microscope. «Plutôt que d’effectuer plusieurs centaines d’analyses séparées, on peut les faire ensemble, sur une seule de nos lames de verre qui utilise la lumière pour donner un meilleur résultat», vulgarise Raphaël Barbey.

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Pour rappel, leur technologie IPD (Increased Photon Density) augmente l’intensité de la lumière, permettant une lisibilité jusqu’à 25 fois supérieure lors d’analyses médicales.

Le spin-off de l’EPFL s’oriente donc vers les leaders mondiaux du diagnostic médical et des sciences de la vie. Dans le viseur: le marché des analyses génétiques pré- et post-natales, le sous-typage de cancers ou encore le séquençage ADN à haut débit pour détecter des populations à risque.

«Nous avons opéré un pivot dans notre marché en raison du prix de production de nos lames. Elles sont actuellement moins attractives pour des hôpitaux ou des laboratoires standards peu habitués à payer un certain montant pour un porte échantillon», soulignent les spécialistes du signal à haut débit.

Bientôt chez vous?

Un autre marché se dessine également dans un deuxième temps: celui des «point of care tests (POCT)», ciblant le suivi des patients à la maison. «Le potentiel est plus grand encore, mais nous préférons commencer par un marché traditionnel, sans s’attaquer directement aux microlaboratoires, observent-ils. Nous avons déjà des retours positifs de leaders des analyses moléculaires en Allemagne et aux Etats-Unis. Sans changer leur processus, ni leur machine, ils espèrent détecter désormais des maladies graves plus facilement et/ou plus rapidement grâce à notre lame dorée.»

La métamorphose des deux scientifiques de l’EPFL est en bonne voie. Leur motivation est intacte et ils multiplient les contacts auprès d’investisseurs. Une priorité à l’heure actuelle pour poursuivre leur développement.

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Point étonnant, ils n’ont toujours pas officiellement créé la société. Ils s’en expliquent: «Certains programmes de financement ou de soutien ne seraient alors plus accessibles si nous étions une société, observe Nicolas Descharmes. Nous allons le faire prochainement, mais il nous semblait aussi bizarre d’établir une structure juridique sans clients.» On retrouve là leur perpétuel esprit d’analyse.

La technologie en bref
Maîtriser la lumière lors d’analyses médicales, telle est la préoccupation de Luminesys depuis 2015. Cela fait 200 ans que les laboratoires utilisent des lames de verre traditionnelles qui perdent jusqu’à 70% du rayonnement lors de leur utilisation avec un microscope. Les chercheurs Nicolas Descharmes et Raphaël Barbey proposent de voir plus loin.
Grâce à un traitement de surface nanotechnologique du porte échantillon, ou lame de verre, Luminesys amplifie la quantité de photons émis par les molécules à détecter. «Si l’on compare cela aux différents tests Covid, on connaît tous le test PCR qui est plus sensible qu’un test rapide antigénique. L’un utilise un mécanisme d’amplification, l’autre pas; d’où la différence de qualité des tests», note Nicolas Descharmes.
Cette sensibilité accrue des lames de verre dorées de Luminesys permet de détecter précocement des maladies graves, mais également de démultiplier les analyses sur un seul porte échantillon.
 Grâce à un traitement de surface nanotechnologique de la lame de verre, Luminesys amplifie la quantité de photons émis par les molécules à détecter. LUCAS VUITEL 


Une distinction unique en Suisse

L’un des buts de la Banque cantonale neuchâteloise est de maintenir un tissu économique dynamique tourné vers l’avenir. C’est dans cet esprit qu’en 2008, pour accroître son soutien au développement du canton, elle crée le Prix BCN Innovation. Cette distinction se veut un tremplin pour les projets innovants de la place, afin qu’ils puissent s’épanouir et contribuer à leur tour au cercle vertueux de la création d’idées, de valeur et d’emplois.
Par sa dotation unique de 150 000 francs, le Prix BCN Innovation constitue l’une des plus importantes récompenses de Suisse. Partenaire de l’événement, «ArcInfo» est allé à la rencontre des trois finalistes 2021: DIXI Polytool, Fragment Audio et Luminesys. D’ici au 28 octobre, date de la proclamation du lauréat, votre quotidien propose les portraits de cette PME et ces deux start-up, actives respectivement dans la micromécanique, l’industrie de la musique et la medtech, comme autant d’aventures humaines et technologiques.

par Tiphaine Bühler