Fragment Audio augmente le son

La start-up spécialisée dans les échantillons sonores pour la création de musique souhaite développer une plateforme multiservicielle accessible sur abonnement. Le but: créer un écosystème pour faciliter la vie des artistes.
26 oct. 2021, 05:30
/ Màj. le 26 oct. 2021 à 05:30
Stéphane Poggi (tout à gauche) et Bastien Droz, les deux membres du jury du Prix BCN Innovation, écoutent les arguments des cofondateurs de Fragment Audio, Marcello Bragadin et Filipe Santos (tout à droite).

«Nous voulons démocratiser la production musicale, donner la possibilité à tout un chacun de faire de la musique sans devoir acheter un synthétiseur coûteux.» Filipe Santos et Marcello Bragadin ont la ferme intention de secouer l’industrie du son. Après avoir fondé Fragment Audio, un site d’e-commerce qui offre quelque 100 000 échantillons sonores destinés à la création de musique, les deux associés s’apprêtent à passer à l’étape suivante: le développent d’une plateforme multiservicielle accessible sur abonnement.

 Celle-ci proposera plusieurs innovations: en plus d’une vaste bibliothèque d’instruments (réels ou virtuels), elle comprendra aussi des formations et du coaching sous forme de tutos, ainsi qu’un outil digital d’analyse de musique, utilisant l’intelligence artificielle. «Ce que nous créons, c’est un écosystème regroupant tous les besoins fondamentaux des musiciennes et des musiciens», souligne Filipe Santos. C’est la première fois que le Prix BCN Innovation retient un projet associant culture et technologie. 

Former une communauté

Artiste indépendant durant 15 ans en Belgique et aux Pays-Bas, Marcello Bragadin a très vite cherché à obtenir des sons spécifiques à sa musique électronique. Issus d’instruments classiques, entièrement synthétisés ou mixtes, ceux-ci n’étaient pas évidents à trouver au milieu des années 2000. «C’est comme ça qu’est née l’idée de Fragment Audio», explique Filipe Santos, en charge du marketing et sound designer (créateur de sons). 

Fondé en 2017, le site propose donc des milliers de sons, directement créés à l’interne ou fournis par une communauté d’artistes. «Beaucoup de musiciens font ça pour le plaisir et ne pensent pas à vendre leur production», constate Filipe Santos, qui s’emploie à récupérer ces nouvelles sonorités. «C’est d’autant plus intéressant que le phénomène s’est accéléré avec la crise sanitaire.»

A lire aussi: Dixi Polytool vous passe la bague au doigt

Depuis 4 ans, Fragment Audio a ainsi vendu plus de 100 000 contenus sonores – des sons à l’unité ou réunis au sein de collections – à quelque 20 000 artistes, producteurs ou simples amateurs, partout dans le monde. Des clients également friands des contenus éditoriaux disponibles sur le site, essentiellement des tutos. «Il y a de nombreuses opportunités de développement sur notre marché pour améliorer le quotidien des musiciens, et nous pouvons leur apporter de nombreuses solutions.»

 Imaginé comme un test grandeur nature de ce marché, Fragment Audio doit cependant évoluer. Pour aller plus loin, les deux associés doivent transformer leur modèle d’affaires vers un système d’abonnements. Pour se faire, la start-up doit développer une plateforme Saas, «un modèle d’exploitation commerciale des logiciels dans lequel ceux-ci sont installés sur des serveurs distants (cloud) plutôt que sur la machine de l’utilisateur», explique Wikipédia.

 Une IA au service de l’artiste

C’est là que le projet devient véritablement innovant: en plus des bibliothèques de sons haute qualité et des e-formations de plus en plus fournies – techniques de production musicale, marketing artistique, master class avec des musiciens internationaux – le portail baptisé Producer Pass propose également un outil d’analyse et de prédiction: «L’utilisateur pourra générer son morceau ou son extrait en format mp3, et le faire écouter par une intelligence artificielle (IA), précise Filipe Santos. Celle-ci en examinera les caractéristiques musicales en le comparant à plus de 27 000 chansons du Billboard Hot 100, classement hebdomadaire des productions les plus populaires aux Etats-Unis. Le but est de prédire les chances de succès du morceau sur le marché et de lister les points à améliorer.»

A lire aussi: Luminesys à nouveau dans la lumière

 Autre particularité: afin d’améliorer l’efficience et le confort d’utilisation de la plateforme, les deux associés comptent l’équiper d’un moteur de recherche intelligent basé sur le machine learning. Un profil utilisateur ou un style de musique identifié par exemple, permettra ainsi d’accélérer les recherches. «Dans chaque création, il y a un momentum, insiste le sound designer. Si l’artiste doit s’arrêter une heure parce qu’il ne trouve pas le bon son, ça ne va pas.»

Confiante, la start-up se voit déjà impacter toute l’industrie musicale. À terme, Producer Pass prévoit d’étoffer son écosystème en proposant du coaching personnalisé avec des artistes internationaux, des services de mixage et de mastering, des offres exclusives sur du matériel de studio ou encore un espace social pour échanger. La plateforme pourra même être adaptée à d’autres industries, comme la vidéo ou la photographie.


Une industrie en plein renouveau
L’industrie musicale a le vent en poupe: dans son dernier rapport annuel «Music In The Air», la banque américaine Goldman Sachs prévoit que les revenus de la musique vont plus que doubler au niveau mondial, pour atteindre environ 131 milliards de dollars d’ici à 2030.
Ce succès, le secteur le doit essentiellement à la popularité croissante du streaming, technologie proposée par des plateformes comme Spotify, Amazon ou encore Apple Music, lesquelles enregistrent un nombre record d’abonnements.
En 20 ans, l’industrie du disque a passablement souffert, avant de connaître le renouveau actuel. En 2001, les formats physiques, principalement les CD, représentaient plus de 97% du chiffre d’affaires mondial de l’industrie musicale. Puis le marché s’est effondré avec la première technologie digitale, celle du téléchargement et son flot de piratage.
Aujourd’hui, grâce à des nouveaux moyens de paiement et des technologies de plus en plus performantes (smartphones, internet mobile), le streaming s’est imposé comme l’une des manières les plus populaires de consommer la musique.
Dans ce contexte, Fragment Audio vise les 4 millions d’utilisateurs de sa plateforme Producer Pass d’ici à 2025, sur les 42 millions d’auteurs enregistrés dans le monde.
Producer Pass, la plateforme de Fragment Audio, est prévue pour offrir un écosystème facilitant la vie des artistes et compositeurs. DR


Une distinction unique en Suisse

L’un des buts de la Banque cantonale neuchâteloise est de maintenir un tissu économique dynamique tourné vers l’avenir. C’est dans cet esprit qu’en 2008, pour accroître son soutien au développement du canton, elle crée le Prix BCN Innovation. Cette distinction se veut un tremplin pour les projets innovants de la place, afin qu’ils puissent s’épanouir et contribuer à leur tour au cercle vertueux de la création d’idées, de valeur et d’emplois.
Par sa dotation unique de 150 000 francs, le Prix BCN Innovation constitue l’une des plus importantes récompenses de Suisse. Partenaire de l’événement, «ArcInfo» est allé à la rencontre des trois finalistes 2021: DIXI Polytool, Fragment Audio et Luminesys. D’ici au 28 octobre, date de la proclamation du lauréat, votre quotidien propose les portraits de cette PME et ces deux start-up, actives respectivement dans la micromécanique, l’industrie de la musique et la medtech, comme autant d’aventures humaines et technologiques.

par Fabrice Eschmann