Eclairage: «Les inégalités scolaires et l’école à la maison font-elles bon ménage?»

Des universitaires et des spécialistes nous éclairent sur des sujets d’actualité, de société ou de recherche. Aujourd’hui, Kilian Winz-Wirth, assistant doctorant à l’Université de Genève, évoque l’école à la maison et les inégalités scolaires.
11 mai 2020, 17:00
/ Màj. le 26 août 2020 à 09:48
«Comme l’école à la maison, l’école à l’école n’est-elle pas vectrice d’inégalités scolaires tout aussi dévastatrices?», interroge Kilian Winz-Wirth.

Parmi les mesures de déconfinement décidées par les politiques, l’une d’entre elles n’a pas manqué de soulever
un débat passionné: le retour des élèves à l’école. Enseignants, syndicats, parents, élèves, politiques, et bien d’autres encore, ont mobilisé une argumentation pour justifier leur point de vue bien à eux. Arrêtons-nous quelques instants sur certains propos tenus par de nombreuses personnalités politiques.

«Il faut impérativement reprendre l’école, car les inégalités scolaires se creusent»; «Reprenons l’école pour éviter un accroissement trop grand des inégalités sociales». Sans vouloir entrer dans le débat d’un retour dans les collèges pour sauver l’économie, il convient de mettre en perspective la fréquentation de l’école et les inégalités scolaires.

Car, en utilisant ces termes, nos élus peuvent laisser entendre que la fréquentation de l’école ne contribue pas à un fort accroissement des inégalités. Or, dans la littérature scientifique existe un large consensus qui permet d’affirmer que l’école participe à l’accentuation des inégalités, et ce, malgré un processus de démocratisation scolaire.

Connaissant déjà la réponse, travaillons à proposer des solutions.

Ces observations ne sont pas récentes. Au milieu du siècle passé, les sociologues avaient déjà fait le constat d’inégalités sociales légitimées par le système scolaire au travers de divers leviers: inégalités d’orientation, inégalités de diplôme ou encore inégalités d’acquisitions. Ce sont précisément ces dernières qui inquiètent le plus nos politiques: la crainte de voir des élèves progresser à un rythme qui dépendrait du statut social de leurs parents.

N’est-ce pas là l’occasion de s’interroger sur la capacité du système scolaire à réellement permettre la progression de tous les élèves, indépendamment du statut social des parents? Comme l’école à la maison, l’école à l’école n’est-elle pas vectrice d’inégalités scolaires tout aussi dévastatrices?

En préambule, nous nous demandions si les inégalités scolaires et l’école à la maison font bon ménage en temps de Covid-19. Si répondre par l’affirmative convient de l’évidence, efforçons-nous de progresser dans la réflexion en nous posant cette question: les inégalités scolaires et l’école font-elles bon ménage hors temps de crise? Connaissant déjà la réponse, travaillons à proposer des solutions.