Nathalie Randin, journaliste et présidente du NIFFF, écrit à nos aînés

Chaque jour, «ArcInfo», ses partenaires médias et les EMS proposent une lettre adressée aux personnes les plus concernées par le Covid-19. Nathalie Randin, journaliste et présidente du NIFFF, s'adresse en particulier à son arrière-grand-tante Rose.
18 avr. 2020, 05:30
/ Màj. le 18 avr. 2020 à 05:30
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Neuchâtel, 18 avril 2020

Chers aînés,

Dans ce monde plein d’incertitudes, j’aimerais partager avec vous une histoire qui m’est chère. Car j’en suis sûre, vous vous souvenez de ce dring-dring magique: la sonnerie du téléphone d’antan. Comme moi, vous avez certainement passé des centaines d’heures la cornette vissée à l’oreille, étalée en étoile sur votre lit. Quel délice de raconter ses secrets en regardant le plafond. Le fil du téléphone était toujours trop court!

Les bouleversements actuels me rappellent une figure familiale attachante: ma tante Rose, mon arrière-grand-tante. Indépendante et cultivée, elle avait l’aura des fortes personnalités. Tante Rose n’était pas maîtresse d’école ou secrétaire. Elle était téléphoniste, l’une des premières du canton de Neuchâtel. Elle travaillait au Château et gérait 70 abonnés, dont elle connaissait tous les numéros par cœur.

Je l’ai toujours imaginée jonglant avec des cordons emmêlés, commutant des boutons sur son pupitre. Elle devait passer ses journées dans un tourbillon sonore de transactions financières, règlements de compte colériques et soupirs amoureux. «Attendez, je vous passe Wall Street. Monsieur, on vous appelle de Paris.».

A l’époque, on ne voyageait pas. Un appel longue distance valait un vol transatlantique. Téléphoniste, un métier sublimement moderne et valorisant. J’avoue que je garde un souvenir ému de mon héroïne, merveilleuse tante Rose, car j’ai toujours appliqué à la lettre l’un de ses adages. Un conseil murmuré au creux de l’oreille de mère en fille: «Ne sois jamais l’esclave de ton ménage!». 

Chers aînés, vous qui avez traversé tant de cataclysmes, vous devez vous sentir bien déboussolés. Car même les dames du téléphone ont changé. Elles sont devenues ces mystérieux correspondants qui nous harcèlent à l’autre bout de la planète pour nous vendre des assurances inutiles.

Mais miracle! La crise a aussi terrassé les call-center. Les appels commerciaux et intempestifs se sont tus. Dans ce monde figé, on n’entend plus que des voix chaleureuses et réconfortantes au bout du fil. Prodigieux compagnon, le téléphone est redevenu le meilleur moyen de garder contact avec nos proches.

J’aimerais terminer cette lettre par Rose, ma tante disparue, la magicienne des voix. Et je viens de réaliser que c’est aussi le nom de l’héroïne du film Titanic. Souvenez-vous, lors de ce naufrage historique, Rose traverse toutes les épreuves et s’en sort. Soyons confiants, nous nous en sortirons aussi.




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Ces lettres sont lues dans l’émission de la RTS «Porte-Plume» diffusée du lundi au vendredi de 11h à 11h30. Une opération en partenariat avec «Le Nouvelliste», «Le Quotidien jurassien», «Le Journal du Jura», «La Liberté», «La Côte» et le mensuel «Générations».

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