#1 Les métiers qui font nos médias - Anabelle et Vicky, journalistes, racontent l'après-«A+»

CHRONIQUES DU CHANGEMENT - Elles étaient les visages de l’hebdomadaire gratuit «A+»: Vicky Huguelet et Anabelle Bourquin racontent leurs nouvelles aventures journalistiques à la rédaction de «L’Express», «L’Impartial» et ArcInfo.
07 nov. 2017, 17:33
/ Màj. le 27 nov. 2017 à 15:41
Anabelle Bourquin (à gauche) et Vicky Huguelet à la rédaction de L'Express, L'Impartial et ArcInfo, à Neuchâtel, le 7 novembre 2017.

Beaucoup de lecteurs voyaient votre nom et votre visage dans les pages d'«A+», mais on en sait peu sur votre parcours. Pouvez-vous vous présenter?

Vicky Huguelet: J’ai toujours été passionnée par l’écriture. Quand j'étais petite, je faisais des revues de presse avec mes magazines de stars. C'est par la suite que je me suis tournée vers le journalisme.

Vers la fin du lycée, j’ai pris la décision de me lancer dans le métier. J’ai fait mon premier stage à «L’Express», vers 17-18 ans, et, depuis, je suis restée dans ce milieu-là.

Ce qui me plaît vraiment, c'est de rencontrer les gens, qu’ils me racontent leur vie, ce qui les passionne, ce qui les énerve. J’aime être dehors, voir du monde, bouger et tout comprendre de ce qui m’entoure.

Anabelle Bourquin: Je viens de La Chaux-de-Fonds. Je suis mariée et j'ai deux enfants, de 8 et 6 ans, qui sont mon petit bonheur. Le journalisme s'est présenté à moi un peu comme une révélation. J’ai été d'abord musicienne, je jouais du piano, mais je n'ai pas pu continuer pour des raisons de santé.

C'est en faisant un stage d'observation, d'abord à la télévision, puis à la radio que le puzzle s'est complété dans ma tête. Le premier jour de mon stage, à midi, j’appelais mes parents pour leur dire : «C’est ça que je veux faire comme métier: journaliste.»

En y repensant, c'est vrai que j’ai toujours vécu avec la radio. Mon réveil, quand j'étais petite, c’était la matinale de Georges Pop. J’ai toujours eu besoin de savoir ce qui se passe.

J'ai fait un premier stage à Radio Lac (station de la Radio suisse romande) puis complété ma formation à la radio locale RTN. Neuf ans après, j'ai rejoint l'équipe d'«A+», et maintenant celle de «L'Express», «L'Impartial» et ArcInfo.

Ce qui me plaît particulièrement dans ce métier, c’est l’imprévu. Ne pas savoir de quoi va être faite ma journée. Et le journalisme force à s'intéresser à tout. Ce qui me correspond bien, parce que je m'intéresse à beaucoup de domaines et que je n'avais pas envie de me restreindre.

 

Vicky (à gauche) et Anabelle travaillent dans une nouvelle rédaction, mais elles sont toujours aussi facétieuses: elles se sont amusées à monter dans une benne devant l'objectif de Lucas Vuitel...

Qu’est-ce qui était important pour vous dans «A+», qui a cessé de paraître le 28 septembre dernier?

AB: La liberté! Je crois qu’on est d’accord avec Vicky. La liberté du choix des sujets, la liberté de ton, la liberté d'organiser son planning, vraiment la liberté totale.

VH: Même si on avait des formats établis, on pouvait tout modifier. On pouvait bricoler avec les pages.

AB: Et puis aussi, on rigolait. On avait une séance le mardi matin avec le rédacteur en chef Patrick Di Lenardo et les deux personnes qui s'ocupent de la mise en page et je savais qu’on allait se marrer.

On définissait un sujet, on définissait l’angle. C'était une demi-heure de travail super intense et après ça dérapait (rires). C’était vraiment cool.

VH: On a eu de la chance d’être une petite équipe, en fait. Tout le monde s'entendait vraiment bien. On connaissait le caractère de chacun et comment il fallait s'y prendre.

AB: On s’écrivait beaucoup en dehors du travail aussi. C’était un peu une deuxième famille.

 

Et maintenant, quel est votre quotidien?

VH: Je travaille à la rubrique locale, pour l’agglomération de Neuchâtel. Ce qui est assez logique si on considère ce que je faisais avant. Comme c’est du quotidien, je n’ai plus du tout le même rythme qu’avec «A+».

Je dois m’intéresser à plus de domaines différents, comme l’économie et la politique. Je n’en faisais pas du tout pour «A+», maintenant je dois apprendre. Et c’est parfois assez douloureux (rires).

AB: Je m’occupe des enquêtes et des portraits. J'en faisais déjà, mais pas de la même manière. Aujourd'hui, j’ai l’impression de disposer d’une infrastructure pour m'entourer, avec mes collègues et la logistique.

Les papiers sont relus plusieurs fois, je peux poser une question ou obtenir un avis facilement. Avec «A+», c'était un peu plus compliqué parce qu'on travaillait comme des indépendants.

VH: On peut moins faire comme on veut, mais on se sent plus soutenues.

 

Que retrouvez-vous d’A+ dans votre travail actuel?

VH: La région! (rires)

AB: Oui, le lieu bien sûr. Les enquêtes, les portraits, ça oui. Mais je ne pourrais pas écrire avec le même ton que celui utilisé pour «A+». Je me permettais d'être plus acerbe, parce que le support s’y prêtait.

VH: Je ne me permettrais pas d'écrire comme je le faisais avant. Dans «A+», le format et les thèmes traités étaient compatibles avec un ton plus fun, plus jeune. Dans un quotidien, il faut tenir compte du contexte, des autres sujets parfois lourds. Il faut s'adapter.

AB: Mais les quotidiens «L'Express» et «L'Impartial» se sont ouverts à d'autres formes d'écriture, tant dans le contenu que dans la mise en page. Je retrouve certains côtés d'«A+».

 

Dans la nouvelle formule qui sortira en 2018, qu’est-ce que vous aimeriez apporter?

AB: J'aimerais renforcer la proximité. Montrer aux gens que ce qu’il y a dans le journal les concerne et leur expliquer pourquoi. J’aimerais que les Neuchâtelois puissent s’identifier à leur journal.

VH: J’aimerais aussi pouvoir m'éloigner autant que possible de ce que l’on appelle les «agendas». Le défi, c'est de trouver davantage de sujets forts qui nous sont propres, en plus de ceux qui sont liés aux programmes des politiques ou des associations.

C’est ce qu’on réussissait à apporter avec «A+», grâce au rythme hebdomadaire. Mais c’est difficile, il faut prendre le temps d’aller chercher autre chose. En tout cas, on se réjouit de voir ce que ça va donner.

Propos recueillis par Bastien Lance.
Photos: Lucas Vuitel.

par Bastien Lance