24.05.2012, 00:01  

Nouveaux cas d'OGM sauvages

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Des militants de Greenpeace lors de leur action hier à Bâle. 
SP-GREENPEACE (OLIVIA HEUSSLER)
Par YANN HULMANN

BALE - Du colza génétiquement modifié a été découvert par Greenpeace en zone portuaire. Nous l'annoncions hier en primeur sur notre site internet.

Le colza OGM est-il réellement interdit en Suisse? A en juger par la trentaine de plants transgéniques découverts début mai dans la région bâloise par le biologiste Luigi D'Andrea, mandaté par Greenpeace, on peut en douter. C'est effectivement la deuxième fois en moins d'une année que le chercheur jurassien du bureau Biome met la main sur du colza GT 73 produit par la firme Monsanto. Une variété tolérante au glyphosate, un herbicide, et surtout interdite à la culture en Suisse et dans l'Union européenne.

A la fin de l'été dernier, c'est en gare de Lugano que Luigi D'Andrea et son collègue tessinois Nicola Schoenenberger avaient mis la main sur des plants de colza transgénique. Une information rendue publique quelques mois plus tard (notre édition du 17.12.2011). L'Office fédéral de l'environnement (l'Ofev) qualifiait alors la découverte d'OGM le long d'un axe de transport de "sans grande surprise" .

Axe Muttenz-Sankt Johann

"Ces découvertes montrent que le système de monitoring prévu est approprié pour détecter les plantes transgéniques dans l'environnement" , déclarait même l'Ofev. Alors que c'étaient bien les deux chercheurs indépendants, ne participant pas au monitoring fédéral, qui avaient alerté l'Ofev. Que dire dès lors de la découverte de plants transgéniques au port bâlois de Kleinhüningen, en gare de Sankt Johann, mais aussi sur un quai de chargement à Muttenz? Le monitoring "prévu" ne serait-il pas si "approprié" que cela?

"Il est en développement et doit être prêt pour 2013. Je ne connais par leur méthode, mais sur la base des résultats elle ne me semble pas être au point aujourd'hui" , estime Luigi D'Andrea. "Comme à Lugano l'an dernier, l'axe Muttenz-Sankt Johann ainsi que l'autre site en question à Muttenz avait fait l'objet de prélèvements par le bureau mandaté par la Confédération avant notre passage" , s'étonne le biologiste. Mais dans les deux cas, aucune présence suspecte n'avait été mise au jour.

Des responsables

Les plants analysés en gare de Sankt Johann pour le compte de Greenpeace n'ont pourtant rien de populations toutes récentes. "Nous avons au moins affaire à une deuxième génération" , confirme Luigi D'Andrea.

D ans une réponse à la conseillère nationale Maya Graf (Les Verts, BL), le Conseil fédéral assurait pourtant encore en février dernier que "le volet analytique du système de monitoring fonctionne correctement et constitue une mesure judicieuse pour déceler précocement toute dissémination d'OGM dans l'environnement et contrer efficacement une propagation incontrôlée."

"Cela n'a rien de négligeable de révéler la présence d'OGM interdits sur notre sol, mais il faudrait maintenant déterminer qui sont les responsables" , tonne Luigi D'Andrea. "Les coûts engagés pour maintenir un environnement sans OGM sont supportés par toute la collectivité" , abonde Greenpeace. "Et cela alors qu'une large majorité de la population s'oppose fermement à toute production transgénique, comme des sondages et des votations l'ont montré à maintes reprises. En fin de compte, le responsable de tous les cas de contamination avec du colza transgénique dans le monde est le producteur du colza GT 73, c'est-à-dire Monsanto."

A Bâle, ces graines ont probablement été introduites lors du déchargement de bateaux ou de trains de marchandises. Et une nouvelle fois donc, après Lugano, le long ou à proximité d'un axe de transport. "Ce qui ne signifie pas qu'il n'y en a pas ailleurs" , complète le biologiste tessinois Nicola Schoenenberger. "La "facilité" avec laquelle ces OGM ont été mis en évidence laisse ouverte la possibilité que l'on en trouve ailleurs dans le pays."

Une graine, dix ans

"Les transports de graines se font aussi par camion" , abonde Luigi D'Andrea. Et de rappeler les propos q u'il tenait dans ces mêmes colonnes en décembre dernier: "La graine et le pollen sont les moyens de dispersion sélectionnés au cours de dizaines de milliers d'années d'évolution pour permettre aux plantes à fleur de disperser leurs gènes. Il est simpliste de croire que l'on puisse les confiner, c'est-à-dire empêcher les plantes de se croiser et/ou de disperser leurs graines. Ce serait faire fi d'une réalité biologique importante."

Afin de marquer les esprits dans un style qui est propre à l'ONG, six militants de Greenpeace ont récolté hier quelques plantes génétiquement modifiées au port de Kleinhüningen et les ont remises aux organismes responsables des questions de biosécurité. "A savoir le laboratoire cantonal de Bâle-Ville et le service d'inspection de la sécurité de Bâle-Campagne" , dixit Greenpeace. Tout comme cela avait été le cas au Tessin, un arrachage et une incinération des plants OGM sont attendus. Sans parler d'autres contrôles potentiels et du suivi qui devra être mis en place.

"A Lugano, d'autres plants ont dû être arrachés encore ce printemps" , rappelle Nicola Schoenenberger. "Moins que la première fois c'est vrai. Mais, si pour l'instant, aucun nouveau plant n'est à signaler, les autorités maintiennent un contrôle" , ajoute le biologiste. Car comme l'illustre Luigi D'Andrea, "chaque graine qui tombe.. C'est dix ans". Les graines de colza pouvant germer des années après avoir été introduites.

La Confédération se dit "préoccupée"

L'Office fédéral de l'environnement (Ofev) se dit "préoccupé" par la découverte de Greenpeace "en raison du nombre de plantes et parce que ce sont trois lieux différents qui sont concernés" . Selon sa porte-parole Elisabeth Maret, l'Ofev avait "procédé à des contrôles en dehors de la zone portuaire en 2011. Ceux-ci s'étaient révélés négatifs."

"Les cantons n'ont pas le devoir de rechercher activement des plants OGM s'il n'y a pas d'indications faisant état de contamination" ajoute Elisabeth Maret. "Cependant, avec cette découverte, les deux cantons, Bâle-Ville et Bâle-Campagne, vont devoir contrôler si d'autres plants OGM sont présents dans la zone concernée. Et si c'est le cas, les arracher et les détruire. Un suivi devra aussi être mis en place, les graines pouvant germer plusieurs années après leur arrivée dans le sol."

"Nous sommes ici probablement face à des graines d'OGM provenant du transport des produits alimentaires ou de fourrages" , poursuit Elisabeth Maret. "La Suisse tolère effectivement la présence d'OGM à l'état de traces dans ces produits."

Points d'entrée les plus visibles

Quant à savoir si le monitoring de l'Ofev est efficient, Elisabeth Maret souligne qu'il "est actuellement en phase de développement. Jusqu'en 2014, nous allons mettre au point un monitoring complet prenant en compte l'ensemble du territoire, et pas uniquement les points d'entrée les plus prévisibles que sont les voies de transport des marchandises ou les ports et aussi les laboratoires de recherche utilisant des OGM."

La porte-parole ajoute encore qu' "en plus de ce monitoring, l'Ofev s'appuie depuis plusieurs années sur un système d'observation des pollens dans deux zones frontalières, Genève et Schaffhouse. Par le biais des abeilles, l'Ofev peut détecter une possible contamination des plantes de colza et de maïs indigènes par le pollen des plantes transgéniques. Aucune contamination n'a été détectée ces dernières années."

4 CLEFS POUR COMPRENDRE

1 Glyphosate Cet herbicide inhibe la production de l'enzyme EPSP actif dans le processus conduisant à la synthèse de certains acides aminés. La société Monsanto lancera son premier herbicide employant le glyphosate en 1974 sous le nom de Roundup.

2 Polémique Monsanto a perdu plusieurs procès pour avoir présenté le Roundup comme dégradable ou biodégradable. Les méthodes actuelles d'analyse montrent que bien que dégradable, le glyphosate, comme de nombreux herbicides et insecticides, se retrouve très souvent dans les eaux et les sols. Il présente une toxicité forte pour la faune et l'être humain.

3 Moratoire Les Suisses ont voté en 2005 la mise en place d'un moratoire de cinq ans, (prolongé jusqu'en 2013) sur la culture des variétés végétales d'organismes génétiquement modifiés à des fins commerciales.

4 Culture Elle est donc interdite en Suisse. Cependant, des seuils de tolérance (entre 0,5 et 0,9% selon les variétés) existent pour l'importation de fourrage animal ou pour les lots de semences conventionnelles. "C'est ainsi que l'on peut trouver des graines transgéniques même en Suisse", note Luigi D'Andrea.


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