01.12.2017, 01:56

Le PDC éclaboussé par le scandale

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Le conseiller national valaisan Yannick Buttet, vice-président du PDC, fait l’objet d’une plainte pénale pour harcèlement.

 01.12.2017, 01:56 Le PDC éclaboussé par le scandale

Mauvaise passe pour le Parti démocrate-chrétien (PDC). En Valais, le conseiller national Yannick Buttet (40 ans) fait l’objet d’une plainte pénale pour harcèlement. Dans la nuit du 18 au 19 novembre, il a sonné à moult reprises à la porte d’un immeuble de Sierre, où se trouvait son ex-maîtresse. Apeurée, celle-ci a appelé la police communale, qui a...

Mauvaise passe pour le Parti démocrate-chrétien (PDC). En Valais, le conseiller national Yannick Buttet (40 ans) fait l’objet d’une plainte pénale pour harcèlement. Dans la nuit du 18 au 19 novembre, il a sonné à moult reprises à la porte d’un immeuble de Sierre, où se trouvait son ex-maîtresse. Apeurée, celle-ci a appelé la police communale, qui a interpellé le conseiller national.

Ce n’est pas tout: le comportement du Valaisan sous la Coupole fédérale laisserait à désirer. Des témoignages anonymes de journalistes et de parlementaires du Palais fédéral accusent le politicien valaisan de gestes déplacés et de «pulsions sexuelles incontrôlées», selon le site internet du «Temps», qui a révélé l’affaire mercredi soir.

Et hier matin, Yannick Buttet lui-même a proposé sa suspension de la vice-présidence au président du PDC suisse, Gerhard Pfister, qui l’a acceptée. L’heure est-elle grave pour celui qui entend briguer le Conseil des Etats en 2019? Le PDC est-il éclaboussé? Décodage.

Ce n’est pas la première fois qu’une affaire de mœurs défraie la chronique politique en Valais. L’an dernier, l’ex-président du PDC Christophe Darbellay était en pleine campagne pour le Conseil d’Etat quand il a avoué qu’il allait être le père d’un enfant né d’une relation extraconjugale. Rien à voir avec du harcèlement. Malgré ses implications politiques, il s’agissait d’une affaire privée entre adultes. Le cas de Yannick Buttet revêt une dimension différente.

Sa relation extra-conjugale a entraîné des dérapages qui justifient l’intérêt de la justice. Ils ont aussi permis de mettre en évidence des comportements inadéquats lors de soirées bernoises bien arrosées. Il reconnaît lui-même, dans une prise de position écrite, «avoir eu sous l’effet de l’alcool des gestes inappropriés qui ont pu déranger ou heurter certaines personnes».

Les pontes du PDC suisse ont passé une mauvaise nuit. Tôt hier matin, au Palais fédéral, Gerhard Pfister, président du PDC suisse, a tenu séance avec Yannick Buttet, qui a assisté par la suite aux premiers débats du Conseil national, jusque vers 10h, pour ensuite s’éclipser. Le conseiller national valaisan a refusé toutes nos demandes d’interview. «J’ai rencontré personnellement Yannick Buttet ce matin (réd: hier) et il m’a présenté sa demande de suspension de la vice-présidence du PDC suisse, que j’ai acceptée», indique Gerhard Pfister. «Toutes les prochaines étapes seront discutées au sein de la présidence du parti.»

Le président du PDC dit n’avoir pas encore arrêté de calendrier avec son comité concernant cette affaire. Il faut dire qu’il n’a été averti que mercredi soir, au moment où sortait l’information sur le site internet du «Temps». Il temporise: «C’est prématuré de dire si l’on va demander sa démission une fois la décision de justice connue. Nous allons en discuter au sein du groupe PDC.»

Gerhard Pfister juge le comportement de son vice-président inacceptable. Engendre-t-il une perte de crédibilité pour ce parti? «C’est le dérapage d’un politicien», nuance-t-il. «A mon avis, ça ne veut pas forcément dire quelque chose pour le parti.» Selon le libéral-radical valaisan Philippe Nantermod, «Yannick Buttet pourrait s’en remettre, pour autant que l’affaire n’aille pas plus loin». Et de rappeler que Christophe Darbellay a été absous par ses électeurs, qui l’ont porté sans coup férir au Conseil d’Etat. Rappelons que Yannick Buttet est pressenti pour le Conseil des Etats en 2019.

«C’est à vous, journalistes, de répondre à cette question», coupe Gerhard Pfister, mais le président du PDC le confirme sur le bout des lèvres: en cas d’écart de conduite, le «C» de PDC expose davantage le politicien que dans les autres partis. Sur son site internet personnel, Yannick Buttet défend des idées bien arrêtées: «La famille, cellule de base de la société, est le lieu de transmission des valeurs et doit permettre à chaque personne de s’y épanouir pleinement, tout en s’organisant comme elles le désirent.» Et sur son profil Twitter, le conseiller national se décrit comme «un père de famille heureux, passionné par la chose publique».

Gerhard Pfister n’a pas de mal à reconnaître que l’affaire est particulièrement problématique pour un parti qui défend des valeurs familiales traditionnelles. C’est aussi l’avis du conseiller national Claude Béglé (PDC/VD), qui note que la double morale du «faites comme je dis, pas comme je fais» n’est pas politiquement défendable quand on est le symbole de certaines valeurs. Il ajoute que tout élu incarne une certaine idée de l’Etat et qu’il est de sa responsabilité de se comporter dignement. «Comment un lieutenant-colonel peut-il être réduit à se cacher derrière des buissons pour tenter d’échapper à la police?»

Dans les autres partis, on se garde de jeter la pierre au PDC, sachant que personne n’est à l’abri d’une affaire de ce genre. On se souvient du cas de l’ancien conseiller national écologiste Geri Müller qui, en 2014, a envoyé des selfies érotiques depuis son bureau à sa partenaire de chat. Ou encore de l’UDC vaudois Claude-Alain Voiblet qui avait été pris à partie par ses ex-compagnes.

Nous avons pu recueillir le témoignage d’une politicienne qui s’est sentie très mal à l’aise avec les agissements de Yannick Buttet à Berne. «Oui, j’ai assisté à ce que j’appellerais un comportement inacceptable», explique-t-elle sous le sceau de l’anonymat. «Il ne s’agissait pas de séduction, c’était clairement au-delà. Je ne pense pas que le Parlement soit une exception pour ce genre de débordement. Dans le monde du travail, dans les entreprises, il y a aussi des problèmes de harcèlement.»

De son côté, Céline Amaudruz (UDC/GE) souligne que «le phénomène du harcèlement doit être dénoncé, quel que soit le lieu où il est commis». Et de confier qu’elle a eu affaire plusieurs fois à des gestes et des propos déplacés de parlementaires dont elle ne révèle pas le nom.

Pour le socialiste valaisan Mathias Reynard, qui est l’auteur de plusieurs interventions parlementaires contre le harcèlement sexuel, ce comportement doit être puni plus sévèrement par la justice, mais il ne doit pas donner lieu à un lynchage populaire. «Toutes les strates de la société sont touchées. Il y a donc évidemment au Parlement aussi du machisme, des remarques sexistes et des comportements qui doivent cesser. Il faut des programmes de sensibilisation, alléger le fardeau de la preuve et libérer la parole.»

Une structure d’écoute au Parlement?

Les parlementaires que nous avons interrogées sur le problème du harcèlement sont unanimes: il est difficile de dénoncer devant la justice ce genre d’infraction. «Il y a la peur de déposer plainte par crainte de vous voir attaquée en diffamation», explique l’une d’entre elles, qui ne souhaite pas être identifiée. «Comme plaignante, il faudrait alors tout expliquer: ce que l’on faisait avec tel ou tel dans un endroit pour boire des verres avec lui. Ici, c’est un peu «House of cards»: il est difficile de partager ces situations en confiance avec des collègues.»

D’où l’idée de créer une entité d’écoute neutre au Parlement fédéral pour que les victimes de harcèlement sexuel puissent se confier. «Comme cela existe dans les entreprises privées, je pense qu’il faudrait instituer un espace neutre pour que les femmes puissent avoir la parole sans crainte et être conseillées», conclut l’écologiste Lisa Mazzone (GE).

HARCÈLEMENT

Le vice-président du PDC Yannick Buttet a demandé sa suspension après des accusations à son encontre.


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