04.10.2017, 00:01  

Ils veulent abattre l’expérimentation

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Les initiants appellent à un «changement de paradigme» concernant l’expérimentation animale.

 04.10.2017, 00:01   Ils veulent abattre l’expérimentation

Par et philippe boeglin

Une grande offensive est en marche contre les expérimentations scientifiques sur les animaux et les humains. Une initiative populaire fédérale a été lancée hier par un comité de Suisse orientale, porteur de l’intitulé «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine – Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès».

«L’expérimentation animale et l’expérimentation humaine...

Une grande offensive est en marche contre les expérimentations scientifiques sur les animaux et les humains. Une initiative populaire fédérale a été lancée hier par un comité de Suisse orientale, porteur de l’intitulé «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine – Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès».

«L’expérimentation animale et l’expérimentation humaine sont interdites.» La première phrase de l’initiative populaire annonce la couleur.

Elle est ensuite nuancée. «Une première utilisation n’est admise que si elle est dans l’intérêt global et prépondérant du sujet (animal ou humain) concerné.» Elle devrait en outre être prometteuse et effectuée sous contrôle et avec prudence. L’interdiction des tests entraînerait celle du commerce, de l’importation et de l’exportation de produits en découlant.

«Pensez donc à votre chien ou à votre chat: les souris souffrent tout autant des expérimentations scientifiques.» Les initiants ne se sont pas montrés avares en images. Composé de politiciens locaux, et de personnalités sans-parti, ce comité souhaite un «changement de paradigme», appelle Simon Kälin-Werth. «Tout être, humain ou animal, a un droit inconditionnel à l’existence», ajoute Werner Klee. «Ces expérimentations sont des crimes, car les animaux ressentent ce qui leur arrive», poursuit Susi Kreis.

Outre ces arguments éthiques, les initiants ont cité des éléments scientifiques. «Les expérimentations animales conduisent souvent à des conclusions erronées», fustige le médecin Renato Werndli. Dans leur brochure explicative, les auteurs relèvent que «seules dix produits sont mis en vente sur 100 substances testées et approuvées suite à des expérimentations animales».

Ils insistent donc pour investir dans les méthodes de recherche alternatives, comme les organoïdes, ces organes miniatures «cultivés» à base de cellules-souches et non de cellules animales.

Ne bénéficiant pas du soutien d’un grand parti ou organisation, le comité d’initiative ne roule pas sur l’or. Un appui de taille pourrait donc l’aider dans sa quête des 100 000 signatures. «Nous avons des contacts avec d’autres partis, nous verrons si certains se rallieront, à présent que le lancement officiel a eu lieu», avance l’initiante Luzia Osterwalder.

Sur le fond, les Verts pourraient être intéressés. Mais ils se situent pour l’heure en position d’observateur. «Nous n’avons pas été contactés directement par les initiants pour participer au lancement officiel», informe sa vice-présidente et conseillère nationale Lisa Mazzone (GE).

Comme les Verts, les Vert’libéraux n’ont pas été contactés en amont par les initiants. «C’est dommage, car nous aurions éventuellement pu nous concerter», réagit la conseillère nationale vaudoise Isabelle Chevalley. «Interdire toutes les expérimentations me paraît quand même bien radical. Prenez les expérimentations humaines: les gens sont conscients et volontaires. Et puis, toutes les expériences sur les animaux ne sont pas forcément à jeter; les chirurgiens ont notamment besoin de s’entraîner.» La Vert’libérale miserait sur d’autres variantes. «Il faut surtout travailler à développer des procédés de recherche alternatifs. Ce n’est que comme cela que nous pourrons limiter les expérimentations animales.»

Le monde académique ne paraît pas surpris par cette levée de boucliers. «Ce sont des phénomènes cycliques», observe Eric Rouiller, professeur de neurophysiologie à l’Université de Fribourg. Le scientifique rappelle qu’une initiative visant à interdire ces pratiques a été rejetée à près de 70% en 1985. Même sort en 1992, puis en 1993 pour des textes allant dans le même sens. «L’expérimentation animale est un sujet extrêmement sensible et il est nécessaire de mener régulièrement un débat national sur la question», estime-t-il.

«Et les gens comprennent, sinon il n’y aurait tout simplement plus d’expérimentations animales», abonde Denis Duboule, professeur à l’EPFL et à l’Université de Genève. Et d’ajouter que les chercheurs ne travaillent pas avec des bêtes par plaisir. «C’est un vrai cauchemar, cela coûte extrêmement cher, et la législation est très stricte», avance-t-il. Dès lors, pourquoi continuer? Selon Denis Duboule, si l’on veut toujours mieux soigner, découvrir comment un virus infecte un corps, mieux comprendre comment une tumeur se développe, on ne peut le faire qu’en le testant sur l’animal.

«La fin de l’expérimentation animale aurait des conséquences assez dramatiques pour le monde académique, pour l’industrie pharmaceutique et pour l’économie. Perte de savoir-faire, réduction des possibilités de développement et chute de l’attractivité auprès des chercheurs étrangers qui utilisent des modèles vivants», affirme Eric Rouiller.

Les effectifs des expérimentations animales restent stables depuis 2000

Le recours aux expérimentations animales a considérablement diminué depuis la fin du 20e siècle. De 2 millions en 1983, le nombre de sujets a chuté à moins de 600 000 en 2000. Depuis, les effectifs restent plus ou moins stables, d’après les statistiques que publie chaque année l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (Osav). L’an dernier, 629 773 cobayes ont servi la science, majoritairement au sein des hautes écoles et de l’industrie, pour la recherche biologique fondamentale (64%) et la recherche, développement et contrôle qualité (19%). Les animaux les plus sollicités sont les souris (deux tiers des sujets). Suivent les rats, les oiseaux et les poissons. Mais c’est peut-être le recours aux singes qui choque le plus. Pourtant, leur utilisation est minime: 198 en 2016.

Un chiffre qui devrait encore baisser, selon Eric Rouiller, professeur de neurophysiologie à l’Université de Fribourg. «Le nombre de singes va diminuer dans l’industrie pharmaceutique, qui utilise aujourd’hui 2/3 des singes. Novartis et Roche ferment leur département de primates non humains. Resteront les universités (réd: comme Zurich et Fribourg) qui ne devraient plus travailler qu’avec une soixantaine de singes», explique le scientifique. cwi

éthique animale

Lancée hier par un comité indépendant, une initiative populaire fédérale veut interdire les expérimentations faites sur les animaux et les humains. La communauté scientifique monte au front pour se défendre.


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