09.02.2017, 00:01  

Le NUC au pays des Chypriotes

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VOLLEYBALL - L’aventure des Neuchâteloises à Limassol s’apparente à une odyssée.

«Comme toujours, nous avons préparé minutieusement notre programme, tout en sachant que cette fois, rien ne se passera vraiment comme nous l’avons prévu.» Silvan Zindel et le NUC ont beau dire qu’ils restent focalisés sur le huitième de finale retour de la Challenge Cup ce soir contre l’AEL Limassol, ils ne peuvent faire abstraction du contexte. Et comment pourraient-ils faire autrement?

Public surchauffé, salle aux configurations asphyxiantes, collaboration difficile avec le club chypriote et précautions d’usage sont quelques-uns des paramètres, et autant d’incertitudes à apprivoiser. «Un bus qui part en retard (réd: parce que le chauffeur papote ou s’allume une cigarette) ou une salle d’entraînement qui n’est pas prête au moment où elle devrait l’être font partie de l’aventure. Et nous devons bien nous en accommoder», soupire le Saint-Gallois, d’habitude réglé comme une horloge suisse.

L’entraîneur du NUC n’est pourtant pas à son coup d’essai en matière de destinations exotiques. En 2015, les pensionnaires de la Riveraine s’étaient déplacés à Istanbul. «Mais là, c’est encore différent», poursuit-il. «Par rapport à Galatasaray, Limassol survole un championnat déséquilibré, où le niveau de certaines formations équivaut à la LNB, voire la première ligue. Pour eux, cette rencontre est donc l’événement de la saison. A mon avis, ils vont tout faire pour que ce soit une réussite.»

«On ne s’entendait pas»

Peu importe le sport, la réputation des supporters du monde hellénique est (re)connue à travers le monde. Aujourd’hui, ils devraient être plus d’un millier à soutenir leurs «reines» dans la salle LTV, à Limassol. «Le public est très proche du terrain et le plafond plutôt bas, ce qui peut rendre l’atmosphère irrespirable», convient le team manager du NUC, Philippe Enkerli, sans aucune allusion aux volutes de fumée des cigarettes. «Le public ne me fait pas peur. Certaines de mes joueuses ont déjà vécu ce genre d’ambiance», affirme Silvan Zindel.

Entraîneur des Neuchâteloises à l’époque, Philipp Schütz se souvient du voyage à Athènes en janvier 2012. «Il y avait tellement de bruit dans la salle qu’on ne s’entendait pas durant les temps morts», sourit-il. «Je me rappelle aussi du dispositif de sécurité à l’intérieur pour protéger les quelques fans de Suisse. C’était inhabituellement impressionnant.»

Question de mentalité

Pour les membres du staff neuchâtelois, dire qu’il s’agit de roublardises peu fair-play pour les déstabiliser est un pas qu’ils ne sauraient franchir. Pour eux, il s’agit avant tout d’une affaire de mentalité, et de protocoles de la fédération européenne pas toujours appliqués à la lettre. «Nous avons dû faire appel à la CEV durant la semaine, car les Chypriotes avaient déplacé l’heure d’un entraînement (20h au lieu de 17h30) sans respecter les règlements», peste Philippe Enkerli. «Il faut constamment courir après les responsables du club, alors que normalement, le club hôte est censé accueillir ses invités.»

A peine débarquées, déjà en retard. Au lieu de se rendre à leur hôtel comme prévu, les Neuchâteloises ont directement mis le cap sur la salle pour un entraînement. «Ne buvez pas l’eau du robinet», lâche la présidente Jo Gutknecht, prudente.

Vaudrait mieux éviter une intoxication ou autre infection...

«J’avais l’impression qu’on me tordait l’estomac»

Lors de la saison 2014-2015, le NUC s’était rendu sur l’île de Naxos pour y disputer un seizième de finale aller de Challenge Cup. Une aventure qui n’a pas laissé de souvenirs impérissables à l’entraîneur de l’époque, Luiz Souza. Et pas seulement à cause de la correction (3-0) que ses filles avaient reçue en terre hellénique. «Marisa Field, le statisticien et moi-même avions été intoxiqués en mangeant lors du dîner précédant la rencontre. Nous le pensons, même si nous n’en sommes pas certains», se rappelle le Brésilien.

Le soir, la Canadienne avait pu tenir sa place sur le terrain – «Je ne sais d’ailleurs toujours pas comment elle a fait» – mais les deux hommes, eux, étaient en piteux état. «Nous avions dû emmener le ‘scout’ à l’hôpital pour un contrôle à la fin du premier set. Quant à moi, les douleurs étaient devenues insoutenables dès le début de la deuxième manche. J’avais l’impression qu’on me tordait l’estomac», conclut Luiz Souza. On vous laisse imaginer le retour en bateau jusqu’à Athènes…

Vers un deuxième quart de finale en Coupe d’Europe après six ans d’attente

Ce soir, le NUC a l’opportunité d’écrire une énième belle ligne dans son livre d’or européen. En cas de succès – ou de défaite avant le golden set (lire ci-dessus) –, les Neuchâteloises se hisseront pour la deuxième fois de leur histoire en quart de finale de Coupe d’Europe. «C’est un match important et notre objectif est, bien évidemment, de passer ce troisième tour», convient Silvan Zindel.

La première fois que le NUC était arrivé à ce stade de la compétition, c’était lors de son baptême continental en 2010-2011. Cette saison-là, Philipp Schütz et sa bande avaient réussi l’exploit d’éliminer Kamnik en huitièmes de finale de la CEV Cup avant de tomber contre les Russes de Krasnodar.

Séché par VFM 3-0 dimanche, le NUC compte bien profiter de son périple en Méditerranée pour refaire le plein de confiance avant la rencontre de championnat samedi à Cheseaux et son déplacement à Volero le lendemain en demi-finale de Coupe de Suisse. «Nous sortons de grosses semaines où nous avons enchaîné les entraînements et les matches sans avoir la possibilité de nous retrouver véritablement. Ce type d’aventure contribue à souder davantage encore un groupe et peut lancer une nouvelle dynamique positive», espère Silvan Zindel, conscient que son équipe alterne le chaud et le froid depuis début janvier.

Longtemps blessée, alignée quelques fois au service à l’aller et titulaire vendredi à Köniz, Ségolène Girard pourrait figurer dans le six de base. «Oui, c’est une option. Mais nous en avons d’autres à disposition», lâche le Saint-Gallois, qui n’entend pas dévoiler son jeu. Pour cette deuxième confrontation, le coach de Sargans pourra compter sur un effectif au complet. Avec un petit bémol tout de même: l’Américaine Elizabeth Campbell souffre toujours de son majeur gauche fracturé. «Heureusement, étant droitière, cela ne me handicape pas trop (en reproduisant le geste d’une manchette)», rassure-t-elle. On lui fait confiance.

A la Riveraine, les «reines» de Chypre avaient présenté deux visages, l’un coriace et l’autre résigné. Lors des deux premiers sets, elles avaient mené la vie dure aux Neuchâteloises avant de baisser les bras lors des deux autres manches. «Je m’attends à ce qu’elles soient encore plus agressives qu’à l’aller. Cette fois, elles seront portées par leur public», prévient Silvan Zindel.

Contrairement au NUC, l’AEL cumule les victoires depuis le revers subi dans le premier acte il y a quinze jours. «Nous avons vite digéré cette défaite et sommes actuellement sur une bonne dynamique», lance le coach de Limassol, Stergios Frangeskou. Qui croit dur comme fer aux chances de qualification de son équipe. «Nous avons certes perdu, mais en montrant que nous étions capables de les dominer (réd: à l’aller, les Chypriotes ont remporté le premier set). Avec notre public, ce sera une tout autre histoire.»

au filet

Qualifié si… Vainqueur 3-1 à l’aller, le NUC accédera aux quarts de finale de la Challenge Cup s’il remporte au moins deux sets à Limassol. Une défaite au tie-break qualifierait donc les Neuchâteloises. En cas de succès 3-0 ou 3-1 des Chypriotes, les équipes disputeront un golden set décisif.

à bon port Partie en train de Neuchâtel hier à 7h27, la formation du NUC est arrivée à l’aéroport de Larnaca, à Chypre, aux alentours de 16h, via un vol depuis Zurich. Les filles de la Riveraine (photo Laurent Merlet) ont tout de suite rejoint la salle LTV pour une séance d’entraînement avant de regagner leur hôtel. Avant la rencontre, les Neuchâteloises auront un programme relativement chargé avec une séance vidéo après le déjeuner, suivie d’un dernier entraînement. Petit lunch dès 14h avant de se reposer l’après-midi.


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