10.02.2012, 00:01  

John Isner, la "montagne" que Roger Federer doit gravir

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Par FRIBOURG PIERRE SALINAS

TENNIS - Le match de Coupe Davis entre la Suisse et les Etats-Unis commence aujourd'hui.

Effectué hier par la main innocente de Slava Bykov, le tirage au sort a rendu son verdict. Pour la septième fois de sa carrière en Coupe Davis, Stanislas Wawrinka ouvrira les feux, cet après-midi sur le court en terre battue de Forum Fribourg. Ce sera face à Mardy Fish, le No 1 américain. Roger Federer et John Isner leur emboîteront le pas. L'ordre importe peu. Il ne contrarie ni ne réjouit le Bâlois qui, quatre jours durant, a tenu un discours résolument prudent: attention, danger!

Pour avoir battu Isner lors de leurs deux premières confrontations, Federer n'ignore rien de la montagne qu'il aura à gravir. "John (Isner) est sans aucun doute l'un des joueurs les plus désagréables à affronter." Le compliment est directement lié à la taille du Floridien d'adoption. Du haut de ses 2m06, Isner frappe aces sur aces, le plus souvent à plus de 220 km/h. De quoi frustrer jusqu'au "retourneur" le plus expérimenté. "Il fait partie des quatre meilleurs serveurs du monde, avec Andy Roddick, Jo-Wilfried Tsonga et Ivo Karlovic" , estime Federer.

Un potentiel Top 10

Isner (2m06) - Karlovic (2m08): la comparaison entre les double-mètres les plus célèbres du Circuit à la vie dure. "Isner est 17e mondial et possède le potentiel pour entrer dans le Top 10" , reprend Federer. " Sa première balle est monstrueuse, mais sa deuxième aussi. Bien sûr, son jeu de jambes n'est pas particulièrement rapide mais, en fond de court, il peut être très dangereux. Car quand Karlovic se contente de remettre avec un revers d'attente, Isner prend beaucoup de risques avec son coup droit." Aussi complet soit-il, le No 2 américain reste un attaquant pur et dur. "Peu importe la surface, je dois raccourcir les échanges au maximum" , martèle-t-il. Le public est prévenu. De longs rallyes, il n'y aura point.

A l'évocation de son premier adversaire, Federer bombe d'autant moins le torse - ce n'est de toute façon pas le genre de la maison - que la terre battue n'est pas aussi lente qu'il l'espérait. La faute au toit qui recouvre Forum Fribourg. La faute, encore, à la situation géographique de Granges-Paccot qui, perché à 650 m au-dessus du niveau de la mer, est considéré par les joueurs de tennis professionnels, sensibles aux moindres détails ou autres changements climatiques, comme un "village d'altitude". "Avec l'altitude, les balles volent un peu et les rebonds sont assez hauts" , analyse le Bâlois. "Les conditions sont plutôt rapides" , confirme Ryan Harrison. Celui qui incarne le futur du tennis US s'est entraîné avec Isner jeudi soir. Selon un spectateur averti, Harrison s'est pris "une dérouillée"...

Wimbledon 2010

Tel le Federer des premières années, Isner a pris l'habitude de faire rebondir la balle entre les deux baguettes chinoises qui lui servent de jambes avant de servir. Un tic, presqu'un toc, qu'il répète habilement jeu à après jeu, set après set, match après match... Des matches qui, paradoxalement, tirent fréquemment en longueur. Attention! Ne pas se fier à son ventre mou - on est loin des tablettes de chocolat de Nadal ou de Djokovic - ou à ses pectoraux inexistants: le géant américain est du genre robuste et endurant. Il l'a encore prouvé au 2e tour du dernier Open d'Australie, après avoir battu l'Argentin David Nalbandian 10-8 au 5e set.

Isner, c'est aussi un nom qui trône en première page du grand livre des records. N'a-t-il pas remporté, il y a deux ans à Wimbledon face au Français Nicolas Mahut, la partie de tennis la plus longue de tous les temps? 11 heures et 5 minutes, réparties sur trois jours, de services, de coups droits et d'allers-retours vers le filet, ça vous brise une épaule mais vous forge un sacré caractère aussi!

"On me rappelle sans arrêt cette histoire, mais cela ne me gêne pas. Au contraire, elle fait partie de ma carrière, et j'en serai fier toute ma vie" . Federer est-il prêt à batailler jusqu'au bout de la nuit? John Isner, lui, l'est.

Capitaine helvétique, Lüthi est le "fou du roi"

Sur la chaise américaine, Jim Courier, ancien No 1 mondial, quadruple vainqueur en grand chelem. Un rouquin souriant, volontiers chambreur - surtout avec ses propres joueurs - et qui s'excuse de parler français "comme une vache espagnole."

Capitaine de l'équipe de France, qui pourrait être le prochain adversaire de la Suisse? Guy Forget, un garçon poli et volubile, qui aurait pu souffrir de l'ombre de Yannick Noah, son illustre prédécesseur. Mais qui, au contraire, s'en est très vite accommodée. Courier, Forget, autant de leaders charismatiques qui vibrent pour la Coupe Davis. Et dont les personnalités contrastent avec la fadeur de Severin Lüthi, notre capitaine à nous, ou en tout cas celui qu'un certain Roger Federer, son ami, a choisi.

Qui est Severin Lüthi? A quoi sert-il? Des questions qui agitent les neurones à chaque fois que la Coupe Davis s'arrête en Suisse ou que la bouille de "Droopy", le chien triste de Tex Avery, apparaît sur un écran de télévision. Lüthi est un Bernois de 36 ans plus déprimant que déprimé, qui cache une profonde cicatrice: il n'a pas fait la carrière de joueur qu'il espérait. Son meilleur classement? 622e mondial, avant qu'une blessure n'entrave sa progression, prétend-il. "Lüthi possédait un bon toucher de balle, mais n'avait pas de vitesse de bras ni de jambes" , se souvient Patrick Minster, qui fut son coéquipier au Sporting Berne au début des années nonante. "S'il n'était pas très talentueux, il était en revanche facile à entraîner. Bien sûr, il n'était pas toujours très très enthousiaste, mais il ne tirait pas tout le temps la tronche non plus" , reprend celui qui est entraîneur au TC Marly, près de Fribourg.

De ses années d'insouciance à écumer les courts du pays - il a notamment été pensionnaire au centre national de tennis à Ecublens - Lüthi gardera une solide amitié: celle qu'il a nouée avec un Bâlois au nez proéminent et à l'indissociable bandana, dont il deviendra bientôt le confident. Puis l'entraîneur.

Août 2005. Pour couper court à la polémique née de l'éviction de Marc Rosset quelques semaines plus tôt, Federer lui-même intronise officiellement son pote sur la chaise - qui deviendra un fauteuil tout confort - de l'équipe de Suisse de Coupe Davis. "Au début de ma carrière, j'ai vu défiler beaucoup de capitaines. C'était n'importe quoi!" , s'insurgeait le No 3 mondial mardi encore. "Pour être un bon capitaine, il ne faut pas seulement être choisi par ta Fédération. Tous les joueurs doivent te vouloir. Et Severin fait l'unanimité. Il apporte de la stabilité."

Les autres qualités de Lüthi? " Il est très intelligent. Et son tempérament, calme et posé, passe bien avec tout le monde" , remarque le Gruérien Pierre-Alain Morard, ancien chef de la formation à Swiss Tennis. "Ce n'est un secret pour personne, Severin ne serait pas là où il est s'il n'entretenait pas des liens étroits avec Federer. Mais il a prouvé, lorsque la Suisse est remontée dans le groupe mondial sans Federer, qu'il avait une influence sur l'équipe quand même."

Lundgren, Roche, Cahill, Higueras ou encore Annacone... Les entraîneurs de renom passent, mais Severin Lüthi est encore et toujours en place. Preuve de l'utilité du Thounois auprès de Federer. Plus qu'un coach à proprement parler, il a une fonction d'intendant, qui s'occupe de réserver les terrains d'entraînement et veille à ce que Monsieur ait toujours une balle de réserve dans sa poche.

"Son rôle est assez flou" , concède Patrick Minster. " Parce qu'une fois que Federer est sur le court, Lüthi ne sert plus à rien. Je le vois plutôt comme le fou du roi, qui remonte le moral et va boire une bière avec Federer les jours où ça va un peu moins bien. Attention, ce que je dis n'est pas péjoratif! Beaucoup de joueurs de caractère ont des entraîneurs qui ne servent à rien mais à qui ils peuvent parler en cas de coup dur. Lüthi est un petit chien, mais un petit chien important." PSA


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