03.07.2012, 00:01  

Federer appelle le soigneur avant de monter en quart

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Par LONDRES PIERRE SALINAS

TENNIS - Le Bâlois recourt à des anti-inflammatoires pour soigner ses douleurs dorsales.

Roger Federer prend appui sur sa raquette comme un vieillard a besoin de sa canne pour ne pas tomber. Il se plie sur ses jambes, les mains sur les genoux, pour récupérer sa serviette, et s'assied avec une précaution suspecte. Sa posture anormalement droite suggère cette question goguenarde: a-t-il seulement enlevé le cintre sur lequel était suspendue sa chemisette? Sur le court, rien de très rassurant non plus. Le sextuple vainqueur de Wimbledon sert à 170 km/h et semble éviter tous déplacements incongrus, quitte à ne pas jouer certains points. Bizarre. Bref, le Centre Court chuchote son étonnement quand, à 4-3 dans la première manche, le soigneur déboule. Temps mort médical. Le Bâlois quitte l'arène pour n'y revenir que cinq minutes plus tard. "Breaké" à 5-5, il recolle aussitôt et s'adjuge le jeu décisif 7-1. Un miracle. "Je n'aurais jamais dû gagner ce premier set" , soufflera-t-il en conférence de presse. "Je n'aurais jamais dû perdre ce premier set" , rétorquera Xavier Malisse (ATP 75), battu 7-6 6-1 4-6 6-3, en conférence de presse...

"Oulà, oulà"

Federer a mal au dos et ce n'est pas nouveau. A Doha déjà, en début d'année, il avait dû renoncer à disputer la demi-finale. Hier, "c'est venu tout d'un coup, en une minute" , explique-t-il. "Je me suis dit: oulà, oulà, il y a un grand spasme qui arrive et j'ai senti mes muscles se contracter. J'ai eu peur, mais je n'ai pas paniqué, car ce n'est pas la première fois que je joue avec le dos bloqué. Quand j'ai demandé à sortir du terrain, je me suis fait masser avec une crème chaude et j'ai pris des anti-inflammatoires. Ce n'était pas facile pour autant, notamment pour la tête. Car si tu sais que la douleur va diminuer progressivement, tu ne sais pas quand tu retrouveras toutes tes facultés. Chaque dix minutes, c'était mieux, mais ce n'est qu'au quatrième set que j'ai essayé de servir à fond."

Le Bâlois se raconte: le sujet n'est plus tabou. Traité de "drama queen" (comédien) par Virginia Wade, une Britannique comme lui, durant Roland-Garros, Murray n'a eu d'autre choix que d'avouer avoir subi huit injections en un jour pour un problème similaire. A ses débuts, Djokovic souffrait des sinus, raison pour laquelle il prenait parfois plus de temps qu'il n'en faut entre deux échanges. Les genoux rafistolés de Nadal? Une histoire connue. Federer, lui, s'est toujours montré discret. "Certains appellent le docteur pour n'importe quel bobo. Moi, j'évite, car c'est montrer à ton adversaire que tu ne vas pas bien et le rendre, à quelque part, plus fort" , a-t-il révélé un jour. Hier, dans le froid et sous une bruine persistante, le No 3 mondial s'est vu contraint de faire une entorse grave à ses principes, signe que l'inquiétude était grande. "Les Grand Chelem se jouent au meilleur de cinq sets" , reprend-il. "Même si tu ne te sens pas bien au début, tu dois continuer et mettre toutes les chances de ton côté, car cela peut tourner rapidement. En plus, tu as un jour de repos entre chacun de tes matches, ce qui est généralement suffisant pour te soigner."

En 2003 déjà

Le Bâlois, qui affrontera le Russe Mikhail Youzhny (ATP 33) demain en quart de finale, assure ne pas être préoccupé. "Souvent, ce mal de dos part aussi vite qu'il arrive. Je vais pouvoir dormir deux nuits (sic) dessus. Je devrais être prêt." En 2003, à Wimbledon déjà et au même stade de la compétition, Federer avait connu pareille mésaventure, face à l'Espagnol Feliciano Lopez. Ce qui ne l'avait pas empêché de remporter, six jours plus tard, le premier tournoi majeur de sa carrière.

LE PEUPLE DE L'HERBE

YOUZHNY N'Y CROIT PAS Eclat de rire. A la question: "Il semblerait que Federer ne fasse plus aussi peur qu'avant, qu'en pensez-vous?" , Mikhail Youzhny a d'abord répondu par un éclat de rire. "J'ai perdu 13 fois en autant de confrontations face à Roger, alors je ne suis pas la bonne personne pour parler de ça." Et le Russe de reprendre ses esprits. "Je vais tout essayer, lui faire des grands sourires, des grimaces ou l'agresser sur chaque coup. On verra, mais je ne donne pas cher de mes chances." Les deux hommes se sont déjà affrontés à cinq reprises sur gazon. La dernière fois, c'était à Halle, il y a un peu plus de deux semaines (6-1 6-4). L'an passé, Youzhny avait déjà brillé à Wimbledon, en atteignant les huitièmes de finale, seulement battu par... Federer, qui avait tout de même lâché un set.

"LA FAUTE A PAS DE CHANCE"

Un lundi pourri à Wimbledon. A cause de la pluie qui s'est mise à tomber dru dès le milieu d'après-midi, tous les matches n'ont pas pu aller à leur terme ou même commencer. Murray et Tsonga, pour ne citer que deux joueurs parmi les favoris du tournoi, devront revenir aujourd'hui. Comme Djokovic, toujours aussi impressionnant. Federer, lui, est passé entre les gouttes. Mais le froid n'a-t-il pas favorisé ses maux de dos? "Je le pense. A Doha déjà, lorsque j'ai dû abandonner, les conditions étaient les mêmes. Si ce n'est pas ça, alors c'est juste la faute à pas de chance, car je me suis échauffé normalement. Ce n'est pas lors d'un tournoi du Grand Chelem que je vais commencer à faire des choses stupides ou nouvelles!"

Pas de doublé pour Sharapova

Maria Sharapova (No 1) ne réalisera pas le doublé Roland-Garros-Wimbledon. Sacrée à Paris, la Russe a été éliminée en huitième de finale à Londres, battue 6-4 6-3 par l'Allemande Sabine Lisicki (No 15). Ejectée d'un tournoi dont elle était la grande favorite, Maria Sharapova va également perdre sa première place mondiale. La Biélorusse Victoria Azarenka (No 2) et la Polonaise Agnieska Radwanska (No 3) peuvent toutes deux espérer monter sur le trône, elles qui ont respectivement évincé la Serbe Ana Ivanovic (No 14) et l'Italienne Camila Giorgi (WTA 145) en huitième de finale.

Victoria Azarenka a fait fort: elle a écrasé Ana Ivanovic en 62', armant 19 coups gagnants tout en ne commettant que six fautes directes. La gagnante du dernier Open d'Australie, qui avait cédé la première place mondiale à Maria Sharapova après Roland-Garros, se mesurera aujourd'hui à l'Autrichienne Tamira Paszek.

Contre Sabine Lisicki, Maria Sharapova s'est montrée peu inspirée. A la décharge de la Russe, Sabine Lisicki n'est pas la première venue à Wimbledon. Quart de finaliste en 2009, la joueuse de 22 ans avait atteint le dernier carré l'an dernier, où elle s'était inclinée contre... Maria Sharapova. "C'est fantastique! C'est la quatrième fois que je la rencontrais, et c'est ma première victoire, c'est fou" , a lâché Sabine Lisicki, qui accueillait dans sa loge Dirk Nowitzki. La star du basketball allemand a aussi pu applaudir les exploits d'une autre compatriote: Angelique Kerber (No 8). La gauchère de Brême a fait forte impression en écrasant Kim Clijsters (WTA 47) 6-1 6-1.

Le grand choc des quarts de finale mettra aux prises la tenante du titre Petra Kvitova (No 4) à Serena Williams (No 6). La Tchèque a eu besoin de trois sets (4-6 7-5 6-1) pour se débarrasser de Francesca Schiavone (No 24), tandis que la cadette des Williams a également tremblé face à la Kazakhe Yaroslava Shvedova (6-1 2-6 7-5).

Djokovic déroule toujours

De son côté, Novak Djokovic (No 1) n'a pas connu la moindre difficulté pour atteindre les quarts de finale. Le tenant du trophée a écrasé Viktor Troicki (ATP 34) 6-3 6-1 6-3 en 90'. "Je m'attendais à un combat difficile, car tout le monde est dangereux à ce stade de la compétition. Je suis donc resté concentré du premier au dernier point" , a pourtant expliqué le No 1 mondial. SI


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