22.05.2012, 00:01  

Daniel Jeandupeux a toujours la flamme

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Par LE MANS

FOOTBALL - L'Imérien quittera son poste au Mans à la fin de la saison, mais la passion du football ne l'a pas quitté.

emile perrin

Daniel Jeandupeux (63 ans) a le football dans le sang. Ceux qui le pensaient retiré du monde du ballon rond se sont fourré le doigt dans l'oeil. "J'ai eu la chance de tomber dedans quand j'étais petit. Le football a été le fil rouge de toute ma vie" , assure l'Imérien de naissance depuis son bureau du centre d'entraînement de la Pincenardière au Mans. Mais, après huit ans de bons et loyaux services - d'abord comme entraîneur, puis en tant que conseiller du président -, l'ancien sélectionneur national quittera la Sarthe à fin juin. "Par envie de faire autre chose" , explique-t-il encore.

Daniel Jeandupeux, vous occupez le poste de conseiller du président. En quoi cela consiste-t-il?

Il s'est passé beaucoup de choses depuis mon arrivée. Il a tout d'abord fallu restructurer le club. Ensuite, j'étais en charge de trouver les entraîneurs pour la formation, de recruter les joueurs, diriger la cellule de recrutement dans son ensemble et conseiller le coach en cas de besoin.

Mis à part une pige de quelques mois en 2009, on ne vous a plus vu sur un banc de touche...

Il faut une énergie énorme pour être entraîneur. Au bout d'un moment, on ressent une certaine usure, tant physique que mentale. Comme joueur, j'étais un sprinter, comme entraîneur aussi. J'ai réussi à obtenir des résultats relativement vite, mais j'ai eu plus de mal à m'inscrire dans la durée. Durant les périodes où j'ai fait autre chose qu'entraîner, j'ai remarqué que la vie à côté du boulot d'entraîneur n'était pas si désagréable.

Qu'allez-vous faire à partir du mois de juillet?

Je suis vachement excité par l'idée de faire du consulting. L'audit existe dans beaucoup de domaines, mais pas encore dans le football. Cette nouveauté suscite mon intérêt. Par ailleurs, vu mon parcours qui m'a vu occuper tous les postes du football (joueur, entraîneur, sélectionneur, manager, directeur sportif ou encore conseiller), j'ai accumulé des compétences assez uniques. Par ailleurs, j'ai toujours été en décalage grâce à une capacité d'analyse dépourvue d'émotion.

Cela veut dire que les clubs ne sont pas bien gérés?

Cela veut dire que quand on est plongé dans quelque chose, il n'est pas facile de prendre du recul, d'avoir la lucidité nécessaire pour gérer des problèmes. Si votre collègue de bureau est un gros connard, vous faites avec. On s'habitue aux choses, mais on ne les résout pas.

Vu de l'extérieur, le football français ne jouit pas d'une grosse cote. Quelle est sa véritable valeur?

Le championnat de France est difficile, fermé et est devenu très athlétique. Il a perdu de sa créativité. Par ailleurs, il n'y a malheureusement pas le même engouement en France qu'en Allemagne ou en Angleterre par exemple.

Est-ce que, comme le championnat de Suisse, celui de France est destiné à servir de tremplin vers les quatre plus huppés?

Pas forcément, mais aujourd'hui, les droits TV ont complètement redistribué les cartes. Quand je suis arrivé en France pour jouer à Bordeaux, je gagnais la même chose qu'à Zurich. Quand le Mans était en Ligue 1, il avait un budget comparable à celui du FC Bâle. Sans être spécialement vénal, il paraît logique d'aller jouer où on peut gagner trois ou quatre fois plus. Cela veut aussi dire que le niveau sera aussi plus élevé.

Il est donc logique que les jeunes talents quittent le pays de plus en plus tôt?

Il est ridicule de croire que Shaqiri allait disputer toute sa carrière au FC Bâle. Ensuite, chaque joueur a sa démarche propre, mais tous doivent avoir l'ambition de jouer au niveau suprême. Y arriver est une autre chose.

Ce niveau suprême a été marqué par le règne de Barcelone et de l'Espagne ces dernières années. L'attaquant que vous étiez doit s'en réjouir...

Qu'est-ce que j'aurais aimé essayer de jouer dans une équipe comme celle du Barcelone de Guardiola. Avec son jeu basé sur la technique et la vitesse, il a été démontré qu'il existait une alternative au tout physique et au tout défensif. Il faut en profiter car cela ne durera pas éternellement. Les dominants s'usent, les ressources s'épuisent et une arme fatale ne l'est pas indéfiniment. On trouve toujours une parade.

La faillite était programmée

Daniel Jeandupeux avait prévu la chute et la déchéance de Neuchâtel Xamax. Dans les colonnes du "Tages Anzeiger", dans lequel il tient une chronique bimensuelle, l'ancien joueur du FCC écrivait, le 18 avril 2011, soit avant même la prise de pouvoir officielle de Bulat Chagaev: "Bien sûr, pour résoudre les problèmes quotidiens de trésorerie, chaque club rêve d'avoir son "Abramovic". Pour que l'argent coule à flot. Pour que le succès sportif s'installe. Xamax par l'entremise de Sylvio Bernasconi, son président et mécène, qui a déjà beaucoup dépensé, a eu recours au même raisonnement. Pour se soustraire à un flux ininterrompu de débours, il a voulu vendre ses actions majoritaires. Non pour gagner de l'argent. Simplement pour arrêter d'en perdre. La solution a séduit. Elle devait mener Neuchâtel au ciel, elle l'a mené en enfer. Relativement rapidement."

S'il avoue ne pas avoir d'explications quant à l'exclusivité latine des faillites en Suisse, Daniel Jeandupeux met le doigt sur un mécanisme qui s'est maintes fois répété. "Un propriétaire étranger, qui pense arriver en terrain conquis, assèche les ressources locales. Car les sponsors locaux réduisent leur apport financier pour ne pas favoriser le capitaliste exogène. Au point de disparaître avant la fin de la mésaventure. Ce qui laisse peu d'espoir de survie au moment de l'échec."

Quelques mois plus tard, le 12 septembre, il en remettait une couche: "Le Xamax tchétchène va disparaître. Rayé de la carte par faillite, dépôt de bilan, fuite ou abandon. Avant deux ans. C'est mon pronostic. Parce que les engagements financiers pris au nom du club dépassent largement les moyens financiers d'un repreneur indigène. Parce que ni les hommes, ni les contrats ne sont respectés."

Visionnaire.

Optimisme national

Daniel Jeandupeux a été sélectionneur national, entre 1986 et 1989, à une époque les élus pour les grands tournois internationaux étaient moins nombreux qu'aujourd'hui. "A cette période, comme quand je jouais, c'était un exploit de nous qualifier pour un Euro ou une Coupe du monde" , se souvient Daniel Jeandupeux, qui ne voit pas matière à l'alarmisme dans la non-qualification de notre équipe nationale pour l'Euro ukraino-polonais. "Etre sélectionneur est vraiment difficile, tant le succès dépend de la génération avec laquelle il est possible de travailler. La Suisse est actuellement entre deux, les anciens se sont retirés et les jeunes ne sont pas complètement mûrs" , analyse l'Imérien . "La non-qualification de la Suisse pour l'Euro n'est pas dramatique. Elle chatouille un peu parce que c'est le Monténégro qui a "pris" la place."

Mieux, Daniel Jeandupeux fait même d'un bel optimisme. "Il ne faut pas oublier tout le travail réalisé par la fédération au niveau de la formation. Le titre mondial des M17 est quelque chose de fabuleux, les M21 se qualifient régulièrement pour les championnats d'Europe. En 15 ans, les progrès réalisés ont été énormes. Ce travail de fond va payer" , assure-t-il. "Il est vrai que le succès chez les jeunes n'est pas assurément gage de réussite chez les adultes. L'exemple du Portugal de la génération de Figo en est un exemple, mais je pense que d'ici dix ou quinze ans, la Suisse peut gagner une compétition majeure. Peut-être pas une Coupe du monde, mais elle est tout à fait capable de remporter un Euro, comme la Grèce (2004) ou le Danemark (1992) ont réussi à le faire par le passé."


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