14.10.2016, 00:01  

La dernière carte de Baptiste Rollier

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Baptiste Rollier mettra fin, ce week-end, à 14 années passées au plus haut niveau.

 14.10.2016, 00:01   La dernière carte de Baptiste Rollier

COURSE D’ORIENTATION Le Vaudruzien tire sa révérence ce week-end aux finales d’Aarau.

Pendant quatorze ans, Baptiste Rollier a tracé son parcours sur les cartes des plus grandes épreuves de course d’orientation. Ce week-end à Aarau, lors des finales de la Coupe du monde, son traceur GPS arrivera en bout de ligne.

A l’heure de ranger sa boussole, l’orienteur de Boudevilliers veut juste «se faire plaisir. J’en aurai eu jusqu’au bout», assure le...

Pendant quatorze ans, Baptiste Rollier a tracé son parcours sur les cartes des plus grandes épreuves de course d’orientation. Ce week-end à Aarau, lors des finales de la Coupe du monde, son traceur GPS arrivera en bout de ligne.

A l’heure de ranger sa boussole, l’orienteur de Boudevilliers veut juste «se faire plaisir. J’en aurai eu jusqu’au bout», assure le Neuchâtelois de 34 ans. Le jeune papa – son fils n’a pas encore 2 ans – ne veut pas s’accrocher indéfiniment à sa branche, il connaît trop les exigences de la forêt pour tomber dans le piège. Le titre de champion d’Europe par équipes qu’il a décroché en mai à Jesenik, en République tchèque, ne changera rien à la décision qu’il a mûrie depuis le début de saison.

Drôle de titre mondial

Le sympathique Vaudruzien nous pardonnera de revenir sur ce titre de champion du monde par équipes, en 2009. La plus belle ligne de son palmarès, mais un souvenir beaucoup plus contrasté que la joie intense ressentie ce printemps avec ses deux jeunes coéquipiers de l’équipe de Suisse. Il y a sept ans, «nous avions gagné car le leader, un Suédois, s’était planté une branche dans la cuisse en chutant et ses poursuivants immédiats l’avaient aidé à sortir de la forêt. Notre relayeur était passé après ce groupe, sans le voir», raconte l’international suisse.

En individuel, Baptiste Rollier a couru après la perfection. Et c’est peut-être pour cette raison qu’il est resté à quelques petits pas des plus beaux podiums: «Vouloir gagner à tout prix, ce n’est pas dans ma mentalité. Je crois que j’arrive mieux à me pousser pour les autres, en équipe. Si j’ai un regret, c’est peut-être de n’avoir pas su me ménager assez de récupération en début de carrière. J’étais souvent fatigué.»

La fatigue s’est envolée. Pas de trace non plus de lassitude. Il ne faut pas beaucoup pousser Baptiste Rollier pour qu’il nous montre ses cartes. Celles de ses courses, il les a toutes gardées. «Ça pouvait servir. Je vais les conserver comme souvenir. C’est un peu comme un album photo: de temps en temps, j’ai un flash et j’ai plaisir à rouvrir le classeur. Les cartes des grands rendez-vous, on les a scrutées pendant des mois en essayant de deviner par où on allait nous faire passer.»

Baptiste Rollier a les yeux malicieux d’un gamin: «La course d’orientation, c’est un peu comme une chasse aux trésors» en terres inconnues. Le Neuchâtelois se replonge dans «la zone de quarantaine (c’est-à-dire sans téléphone portable) juste avant le départ. En course, le plus beau, c’est être dans le ‘flow’, dans cette dynamique prospective, avec cette impression d’avoir deviné le terrain et l’avenir immédiat. Dans ces moments-là, on continue de lire la carte très souvent, mais dans des temps très courts.»

Et les plantées? «Ce ne sont pas forcément les plus grosses dont on se souvient, mais celles qui ont coûté le plus cher. Aux derniers championnats d’Europe, en individuel, j’ai pris la mauvaise option en fin de course. J’ai perdu moins de deux minutes et fini cinquième, alors que j’étais au contact pour la médaille d’argent...»

Relève assurée

Le dernier Romand de l’équipe de Suisse part sans se perdre dans la polémique. Ce n’est pas son style. Il a digéré son éviction des Mondiaux de l’an dernier, une décision très alémanique. D’ailleurs, les Vaudruziens ne sont pas près de laisser la forêt aux Alémaniques. Pascal Buchs, des Hauts-Geneveys – avec qui Baptiste Rollier s’entraîne de temps en temps –, semble mûr pour prendre la relève. «Il est très fort physiquement, ce qui m’a un peu manqué», reconnaît le futur retraité. «Et il a beaucoup progressé sur le plan technique ces derniers mois.»

Longtemps, Baptiste Rollier a posé aux côtés de Marc Lauenstein sur la photo de l’équipe de Suisse. Les deux amis d’enfance sont restés très proches: «Nous sommes témoins de mariage mutuels. On a passé toute notre jeunesse ensemble. En hiver, la maman de Marc nous amenait sans arrêt à La Vue-des-Alpes avec nos skis. Et aujourd’hui, on se voit encore deux fois par semaine. Comme il se lève tôt le matin pour aller courir avant le travail, je le rejoins, on fait la Tourne et moi je retourne me coucher», sourit l’habitant de Boudevilliers. Qui rappelle que Marc et lui n’ont jamais eu la chance d’être alignés ensemble en relais, dans les grandes compétitions.

Durant sa carrière, Baptiste Rollier s’était exilé à Kristiansand, en Norvège. Longtemps revendeur de Trimtex à temps partiel, le Vaudruzien va s’engager à 100% pour l’équipementier norvégien. «Je pourrai me donner à fond pour les clients tout en gardant des horaires souples qui me permettront de continuer à m’entraîner.»

Baptiste Rollier a plein de courses en tête. Des «trails», des «skyrunning». Il devrait pouvoir convaincre sa femme, une orienteuse tchèque. «C’est agréable de découvrir d’autres milieux, d’autres gens.» On lui lance un défi: organiser une course dans le coin avec son pote Lauenstein. «Marc est très occupé, mais pourquoi pas, dans dix ans peut-être!» Patience...


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