12.07.2012, 00:01  

Renaître en devenant une femme

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Diane Tripet, de son nom d'artiste NicoDiane, vernira le 11 août prochain son premier CD, après avoir vécu une véritable renaissance en passant de l'identité masculine à la féminine. 
RICHARD LEUENBERGER
Par FANNY NOGHERO

VAL-DE-TRAVERS - L'ancien administrateur de Boveresse a changé de sexe.

Manucure parfaite, trait d'eye-liner soulignant son regard, Diane Tripet troque ses sandales d'intérieur contre une jolie paire de sandalettes pour nous recevoir. La coquetterie, ça ne s'invente pas. Et pourtant, il y a quatre ans, cette quinquagénaire avait plutôt tendance à porter une barbe de quelques jours pour faire plaisir à sa mère.

Car avant de renaître en femme, Diane Tripet, a vécu entre 1954 et 2008 sous l'identité de Nicolas Tripet, administrateur de Boveresse durant près de dix-neuf ans. Depuis son coming out en 2009, elle suit un traitement aux hormones et tirera définitivement un trait sur ses attributs masculins en septembre prochain, après une lourde intervention au CHUV. Une opération qui lui offrira enfin le corps auquel elle s'est toujours identifiée et lui permettra de retourner à la piscine, ce qu'elle ne fait plus depuis qu'elle est Diane.

" Depuis tout petit, je me suis senti différent des autres garçons ", souligne Diane, qui lorsqu'elle évoque son passé, parle d'elle au masculin. " Je n'aimais pas le foot, ni grimper aux arbres, mais je ne voulais pas être pris pour une fille, je refoulais sans le savoir quelque chose qui était profondément inscrit en moi ." Il se souvient avoir à 12 ans demandé à sa mère s'il pouvait essayer un de ses ensembles en cuir rouge. " Mon père s'est fichu de moi, et m'a appelé Nicole, ça a créé un véritable blocage ." Ce qui ne l'empêche pas, durant son adolescence, de passer les vêtements de sa mère en cachette.

Si la vie sentimentale des ados est souvent compliquée, celle de Nicolas l'était d'autant plus. " J'aimais beaucoup les filles, mais ça ne marchait pas. Jusqu'à ce jour j'ai eu une vie sentimentale et sexuelle catastrophique. " Cherchant à tout prix à être comme les autres, Nicolas se marie à 32 ans. " J'ai rapidement avoué à mon épouse que j'aimais m'habiller en femme, mais je lui ai promis de ne plus le faire. Je pensais que j'étais malade et que j'allais guérir. "

Toutefois, après quinze années d'union - de laquelle sont nées deux filles aujourd'hui âgées de 21 et 23 ans -, son couple s'effrite et le divorce est prononcé. " Sitôt après notre séparation, j'ai récupéré tous les habits dont elle voulait se débarrasser et le soir je fermais les volets et les portais. Cela me procurait un indescriptible bien-être. Mais en même temps j'ai plongé dans un véritable enfer entre2002 et2008. J'étais au bord du suicide, je culpabilisais d'être comme ça. J'avais peur de basculer dans la folie. "

Son salut viendra d'une thérapie chez une psychiatre genevoise spécialisée dans les problèmes d'identité et de sa foi. " Le jour où j'ai accepté qui j'étais, cela a été une véritable libération. Un pur bonheur. J'ai été envahie d'une véritable paix intérieure. " Sa première expérience publique en tant que Diane s'est déroulée à Paris, peu avant le passage de la nouvelle année, en 2008. " Pour ma première sortie, j'étais accompagnée par une transsexuelle qui aide et entoure les gens lors de leur comingout. Je me suis très vite sentie à l'aise et dès le surlendemain je me suis promenée seule dans les rues de Paris, sans me formaliser des moqueries. "

Il lui a ensuite fallu quelques mois avant de faire ses premières apparitions au Val-de-Travers. " Durant l'été 2009 je sortais discrètement de la maison, ou je me changeais ailleurs. Le 29octobre je me suis décidée à faire le grand saut au Vallon. D'être enfin une femme, c'est une véritable renaissance pour moi, je redécouvre la vie. "

 

Un CD testament

 

Nicolas Tripet s'est essayé à la guitare en étant gamin, puis n'y a plus touché. Au début des années 2000, il s'adonne assidument au karaoké et décide de prendre des cours de chanson française. En parallèle, il se décharge de son mal-être en composant paroles et musique. " Ça me venait tout seul, alors j'ai repris ma guitare pour accompagner mes compositions. Je ne chantais que pour les amis et puis en 2004, pour mes 50 ans, j'ai voulu monter sur scène. " Il joue alors quatre morceaux à La Grange au Locle lors d'une soirée animée par Les Peutch. " La musique m'a aidée à survivre. " Nicolas Tripet est depuis monté sur plusieurs scènes du canton, mais également dans des cafés parisiens. Son changement d'identité n'a, à son grand bonheur, pas modifié sa voix. Poussé par son entourage, NicoDiane, son nom d'artiste, vient d'achever son premier CD qui sera verni le 11 août, à 18h30, au restaurant du Centre sportif de Couvet. " Cet album se veut le testament de Nico le chanteur du pays de l'absinthe et marque sa transformation en NicoDiane. "

 

REACTIONS ET ATTENTES

 

Avant d'oser faire son coming-out, Nicolas Tripet a beaucoup fréquenté sur internet les forums destinés aux transsexuels afin d'y chercher des réponses à ses nombreuses interrogations. Nombre d'entre eux sont devenus ses amis. Si ses connaissances et les gens du Vallon ont plutôt bien réagi à sa transformation, cela s'est évidemment avéré plus compliqué avec sa famille. Ses filles ont mis un peu de temps à accepter cette métamorphose, de même que ses parents. " Mais les choses ont bien évolué, je suis désormais plus proche de mes filles et ma mère vient même faire du shopping avec moi. Elle s'efforce de m'appelle Diane. Pour mon père c'est plus compliqué, je demeure Nicolas. " La seule chose que Diane espère encore trouver, c'est le prince charmant. " Je crois encore à l'amour, même si je sais que les hommes sont très réticents à entreprendre une relation avec une transsexuelle ", explique celle qui précise n'avoir jamais eu de penchants homosexuels lorsqu'elle était homme. " C'est avec les hormones que mon désir pour les hommes est né. "


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