18.04.2012, 00:01  

"La Migros est complice"

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Par FANNY NOGHERO

AFFAIRE MENOUD - Uniterre a manifesté hier devant l'exploitation de Môtiers.

Une trentaine de personnes ont pris part, hier après-midi, à la manifestation organisée par Uniterre à Môtiers dans le cadre de la journée des luttes paysannes. Si les sections jurassiennes et neuchâteloises ont précisément choisi le Val-de-Travers, ce n'est évidemment pas sans lien avec "l'affaire Menoud", qui secoue la région depuis plusieurs semaines.

Sous l'oeil de la police, prévenue par les fermiers qui craignaient une invasion de leur domaine, les représentants de l'association syndicale paysanne ont érigé un barrage au bas de la route qui mène à l'exploitation incriminée. Les cages métalliques étaient ornées de banderoles sur lesquelles on pouvait notamment lire: "Môtiers/s/Lisier", "Non à la production intensive", ou encore "Heidi: lait d'usine, ici 350 vaches". Ce dernier quolibet fait allusion à la campagne de pub du géant orange pour ses produits au nom de la célèbre héroïne, censés être authentiques et travaillés avec soin. Quatre grands "M" orange surplombaient le tout.

Alors que la souveraineté alimentaire était sur toutes les lèvres des représentants d'Uniterre, l'exploitation du Pré-Monsieur imageait bien selon eux l'exemple à ne pas suivre.

" Nous ne venons pas pour attaquer le producteur, mais le système mis en place par la Migros ", a lancé Philippe Reichenbach, président de la section neuchâteloise, aux badauds réunis au bas du chemin qui mène à la ferme Menoud. " La Migros est complice de ce qu'il se passe ici, c'est elle qui fait produire des quantités de lait pour en faire baisser le prix ", renchérit Charly Bringold, de la section jurassienne.

" La famille Menoud s'est laissée prendre dans un système qui lui fait croire qu'il faut s'agrandir pour vivre mieux, alors que c'est faux. Elle a fait les mauvais choix et elle va le regretter un jour. Je ne la plains pas, mais je ne la brime pas non plus ", a expliqué Philippe Reichenbach, qui a lui-même décidé de cesser de vendre son lait à Elsa, la laiterie de la Migros. Une prise de conscience à laquelle ne semble pas près d'aboutir la famille Menoud. Peu avant la manifestation, elle a remis un communiqué à la police, chargée de le transmettre, dans lequel elle défend sa vision de l'agriculture (lire encadré).

Philippe Reichenbach s'interroge aussi au sujet du financement du nouveau bâtiment. " J'aimerais savoir comment cette mégaferme a été payée alors qu'il y a des garde-fous auprès des banques. Mais ce n'est peut-être pas une banque qui a fourni les fonds. La seule société qui a quelque chose à y gagner avec ce genre de domaine, c'est l'acheteur de lait. "

Un président de la section neuchâteloise également remonté contre le canton. " L'aménagement du territoire n'a pas fait son boulot, il est largement responsable de la situation actuelle. " Uniterre aimerait également savoir pourquoi la famille touche toujours ses paiements directs, alors qu'elle ne respecte pas les règles.

Les Môtisans présents hier après-midi se sont dits ravis de l'action d'Uniterre. "Nous espérons que ça va enfin faire bouger les instances cantonales" , note René Calame, conseiller général de Val-de-Travers, dont l'épouse est à l'origine de la pétition, munie de 132 signatures, contre l'épandage excessif remise aux autorités vallonnières à la fin de l'année dernière. Le but d'Uniterre pour cette journée est atteint: maintenir la pression sur le dossier afin qu'il ne soit pas noyé.

 

LES MENOUD REAGISSENT

 

" Notre exploitation a passé du stade ancestral à celui de la ferme destinée à affronter les défis de demain ", écrivent les Menoud dans le communiqué qu'ils ont remis à la police. Ils soulignent encore que l'exploitation occupe six collaborateurs, faisant vivre trois familles, que le rural récemment construit a obtenu l'aval du canton et de la commune et que l'effectif important de bétail leur permet de couvrir leurs besoins en fumure, sans avoir recours à des engrais chimiques. Et de renchérir: " Grâce à la technologie alliée à un bâtiment conforme à la loi sur la protection des animaux, notre lait bénéficie de bonus octroyé par notre acheteur."


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