14.09.2017, 00:01  

Un requérant d’asile poignardé à mort après une altercation

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La promiscuité dans les locaux des centres pour requérants d’asile débouche parfois sur des tensions incontrôlables dans les lieux mis en commun, comme dans cette image d’archives à Fontainemelon.

 14.09.2017, 00:01   Un requérant d’asile poignardé à mort après une altercation

FONTAINEMELON - Un drame incompréhensible au centre de premier accueil.

«Jules était certainement la personne la plus paisible du centre. Il était un exemple de douceur, de calme et de sérénité.» C’est un des témoignages, bouleversé, que nous avons recueillis hier, après l’annonce de la mort de ce requérant d’asile congolais âgé de 43 ans. Le drame s’est déroulé mardi soir au centre de premier accueil de Fontainemelon.

Il...

«Jules était certainement la personne la plus paisible du centre. Il était un exemple de douceur, de calme et de sérénité.» C’est un des témoignages, bouleversé, que nous avons recueillis hier, après l’annonce de la mort de ce requérant d’asile congolais âgé de 43 ans. Le drame s’est déroulé mardi soir au centre de premier accueil de Fontainemelon.

Il était 20 heures passées de quelques minutes lorsqu’un surveillant du centre a appelé la centrale neuchâteloise d’urgence pour aviser qu’une altercation au couteau venait d’avoir lieu entre deux requérants. A ce moment-là, Jules était encore en vie, selon le communiqué commun du Ministère public et de la police neuchâteloise. Arrivés rapidement sur place, les secours n’ont pas été en mesure de réanimer la victime.

Rapidement interpellé

L’auteur présumé de cet homicide volontaire est un ressortissant géorgien, lui aussi hébergé dans le centre de requérants d’asile de Fontainemelon. Cet homme de 36 ans a, selon un témoin indirect, asséné plusieurs coups de couteau dans le dos de la victime. Sitôt son forfait commis, il a fui. Mais sa cavale n’a duré que quelques minutes.

«Il ne s’est guère passé qu’une demi-heure entre les faits et l’arrestation» du meurtrier présumé, indique Jean-Daniel Bourquin. L’officier de police judiciaire précise que le suspect s’est enfui à pied et qu’il «a été retrouvé près du centre d’accueil par une patrouille, qui l’a interpellé». Quatre patrouilles avaient été dépêchées sur le terrain afin d’appréhender l’auteur de l’homicide. Des renforts avaient aussi été demandés, «mais nous avons pu les décommander compte tenu de la rapidité de l’interpellation», note encore le policier.

Promiscuité?

«Cette affaire est terrible est simple à la fois. Elle est le résultat d’une altercation qui a démarré pour des broutilles», indiquait hier matin Nicolas Feuz, sur la base des premiers éléments recueillis sur place mardi soir. Le procureur en charge de l’enquête assure qu’aucun conflit latent n’envenimait la relation entre la victime et la personne qui l’a tuée. Ni la nationalité, ni la couleur de peau, ni l’ethnie, ni même des motifs de vengeance ne sous-tendent ce geste dramatique. «Malheureusement, un couteau se trouvait au milieu d’eux.»

Pour le procureur, tout semble indiquer que la promiscuité soit à l’origine de l’altercation. Cela, quand bien même le centre de Fontainemelon est «plutôt calme puisqu’en sous-capacité», selon les termes du conseiller d’Etat Jean-Nat Karakash. De fait, sur les 76 places à disposition, une quarantaine de requérants vivent actuellement entre les murs de la ferme Matile. Nicolas Feuz fait allusion aux chambres que se partagent les requérantes ainsi qu’aux locaux communs que sont la cuisine ou le réfectoire: «Les requérants vivent pratiquement toujours en commun», résume le procureur.

Dans ces conditions, la priorité mardi soir était d’apporter un accompagnement consistant aux résidents du centre – d’autant plus important que des familles avec enfants y logent dans l’attente d’une décision –, au personnel et aux témoins de l’agression mortelle. «Tout le monde est secoué. Rien ne laissait prévoir ce drame, car les relations humaines sont très bonnes au centre de Fontainemelon. Ce qui s’est passé est un événement exceptionnel», relève Jean-Nat Karakash.

Le chef du Département de l’action sociale ne s’est pas prononcé sur une fermeture anticipée du centre de Fontainemelon. Celui-ci doit fermer ses portes à la fin de l’année, en raison du ralentissement des arrivées en Suisse de demandeurs d’asile. «Nous ne nous sommes pas posé la question à ce stade», conclut le conseiller d’Etat.

Longue procédure

Placé en détention provisoire, le ressortissant géorgien a été immédiatement entendu par la police, puis, hier après-midi par le procureur.

«Même si l’affaire paraît claire, on s’achemine vers une longue instruction», note Nicolas Feuz. L’audition des témoins prendra du temps, puisqu’il faudra faire appel à des interprètes avant d’établir formellement les faits. Pour sa part, le rapport d’autopsie tardera certainement plusieurs mois avant d’arriver sur le bureau du procureur. Nicolas Feuz, qui instruit ce cas pour meurtre, n’exclut pas qu’une expertise psychiatrique du prévenu soit nécessaire.

Plusieurs coups de couteau dans le torse

De nombreux témoins ont assisté au meurtre de Jules. Mais personne n’a, semble-t-il, compris pourquoi la dispute entre les deux requérants a débuté. «Aucun de ces témoins ne parle français, ni le géorgien», indique une source qui désire rester anonyme. «Quand la nouvelle de la mort de Jules est tombée, tout le monde a pleuré. Les enfants aussi, car Jules était apprécié au centre. Il rendait service à tout le monde; il a fait du bien en Suisse», poursuit notre interlocuteur. Heureusement, aucun des bambins hébergés au centre n’a assisté à l’homicide. «Quand les éclats ont débuté et qu’ils ont commencé à se lancer de la vaisselle à la tête, les parents sont partis dans les chambres avec les enfants.»

La tension semblait s‘être apaisée lorsque le requérant géorgien est sorti du centre pour fumer une cigarette. Mais il est revenu sur ses pas. «On m’a dit qu’il avait caché un couteau de cuisine dans une manche», reprend le témoin indirect. C’est alors qu’il se serait rué sur Jules, qui se trouvait dans un couloir entre la cuisine et le réfectoire, pour lui asséner plusieurs coups de couteau au torse.

«Maintenant les gens ont peur, plusieurs craignent pour leur sécurité et voudraient changer de centre d’accueil», précise cette personne, en concluant: «Il y avait du sang partout!»


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