17.02.2017, 00:01  

Meurtre confirmé pour le septuagénaire

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Le mari jaloux s’était rendu au domicile de l’amant de sa femme avec un pistolet muni d’une charge  de cinq cartouches et il disposait d’une charge de réserve.

COUR PÉNALE - Il avait écopé de dix ans ferme pour avoir tiré sur son épouse qui se trouvait chez son amant. En appel, il a en vain plaidé le crime passionnel, qui aurait réduit sa peine.

Il a fondu en larmes à quelques reprises en évoquant cette dramatique soirée du 18 septembre 2015 au cours de laquelle, armé d’un pistolet, il a tiré sur son épouse, de vingt ans sa cadette, qui se trouvait à Boudry chez son amant (notre édition du 28 octobre 2016). Hier, ce septuagénaire a comparu, en appel, devant la Cour pénale de Neuchâtel. Il avait recouru contre le verdict du Tribunal criminel qui l’avait condamné à dix ans de réclusion pour meurtre en octobre dernier. L’enjeu? Faire passer son acte pour un crime passionnel. Prévention pour laquelle son avocat demandait une peine privative de liberté de quatre ans au lieu des dix infligées en première instance. Cela en plaidant un état «de grand désarroi». Aucun des deux plaignants (l’amant et l’un de ses deux fils, représenté par son avocate) n’assistait à l’audience.

Longuement questionné par le juge rapporteur Pierre Cornu, le mari trompé a à nouveau dû passer par toutes les étapes et détails l’ayant mené à commettre ce crime. Quand bien même les précédentes déclarations contenaient passablement d’éléments, hier, le meurtrier ne se souvenait plus de grand-chose. Tout semblait flou. Stratégie de défense ou déni? On ne le saura jamais.

Quoi qu’il en soit, il s’agissait, pour la Cour, de déterminer si l’homme avait agi dans un état de profond désarroi et si son acte pouvait être, ou non, excusable au sens de la loi. Son avocat, David Erard, a avancé que les mots prononcés par son épouse alors qu’il l’avait trouvée chez son amant et lui avait demandé de rentrer à la maison («J’ai le droit de boire un verre»), l’avaient mis «dans un état de désarroi». Car «ils signifiaient qu’elle ne le suivrait pas». Un pseudo-motif de désarroi que n’a pas reconnu le procureur, qui a relevé que ce motif devait s’accompagner d’un effet «de surprise». La Cour ne l’a pas reconnu non plus. Elle a estimé qu’il n’y avait eu aucune surprise: le mari n’avait pas même découvert son épouse dans une posture équivoque, mais en train de discuter..

Orgueil et jalousie

L’avocat a encore tenté: «Il a perdu celle qu’il aimait. Son rapport avec ses enfants ne sera plus jamais le même. Son troisième fils est récemment mort d’un cancer. Il a 72 ans et des problèmes de santé.» Ces arguments n’ont pas convaincu.

Le procureur Nicolas Feuz s’est d’abord insurgé que l’on puisse imaginer une peine «de quatre ans seulement pour la perte d’une vie.» Il avait, en première instance, requis onze ans de prison. Après avoir évoqué quelques cas de jurisprudence, il a conclu que l’acte commis était le fruit «de la seule jalousie, qui n ‘est pas excusable pénalement». Une issue dramatique peut potentiellement se révéler excusable si «l’auteur n’a plus aucune autre solution. Ce qui n’est pas le cas dans cette affaire.»

Les juges ont abondé dans ce sens. Pierre Cornu a même parlé d’un «acte d’une gravité exceptionnelle». Il a relevé «le sang-froid» dont avait fait preuve le meurtrier, «qui, en tant que tireur sportif, a visé de telle manière qu’il savait très bien qu’il n’allait pas manquer sa cible». Et de poursuivre. «Il n’a pas donné l’image d’une personne désemparée. Il s’est juste trouvé dans la même situation que toute personne quittée ou trompée. Pourtant, quand il vivait avec sa première épouse il collectionnait les conquêtes. Il aurait donc pu prendre son parti de cette situation ou quitter sa femme.»

Peine maintenue

La Cour a estimé qu’agissant sous l’empire de la seule jalousie, l’homme avait commis «un acte d’orgueil égoïste, ne pouvant être considéré comme un acte désespéré». Le juge rapporteur a encore souligné le fait qu’en agissant de la sorte, l’époux «n’avait en aucun cas tenu compte de la souffrance qu’il causerait à ses enfants en tuant leur mère». La lecture de l’homme, en larmes, en appelant à la clémence de ses enfants n’y a rien changé.

La qualification de meurtre a été retenue. Et, conformément au tribunal de première instance, la Cour a maintenu une peine de dix ans de réclusion. «Vous avez de la chance d’être jugé selon le droit suisse. En France, vous auriez été condamné pour assassinat», a clamé le procureur Nicolas Feuz.

crime excusable, si....

Les articles 111 et 113 du code pénal suisse déterminent les nuances entre meurtre et meurtre passionnel. Le premier concerne celui qui aura intentionnellement tué une personne et est passible d’une peine privative de liberté de cinq à vingt ans. Cependant, si le meurtrier a tué alors qu’il était en proie à une émotion violente que les circonstances rendaient excusable, ou qu’il était, au moment de l’acte, dans un état de profond désarroi, il s’agira d’un meurtre passionnel, puni d’une peine privative de liberté d’un à dix ans.

L’issue fatale d’un drame de la jalousie

Le refus de son épouse d’entretenir des relations intimes depuis 2013 fait office de base à la discorde du couple. De même que le comportement méprisant de l’épouse, puis la découverte d’une relation extra-conjugale qu’elle entretenait mais à laquelle elle était censée avoir mis terme (notre éditon du 28 octobre 2016). Méfiant, le mari avait caché une balise GPS sous le châssis de la voiture de sa femme, afin de pouvoir déterminer sa position géographique depuis son smartphone. Le soir du drame,l’épouse se rend chez une amie, à Neuchâtel. Mais à un moment donné, le GPS indique la direction de Boudry, où habitait celui que le mari soupçonnait d’être l’amant de sa femme. Tireur sportif, ledit mari possède armes et munitions. Il prend alors un Smith & Wesson 38, remplit le chargeur de cinq cartouches et en fait de même avec un chargeur supplémentaire. Direction Boudry. Arrivé sur place, il voit la voiture de son épouse et prend soin d’enlever la balise GPS afin qu’elle ne la découvre pas. Par une fenêtre d’appartement, il aperçoit sa femme et son amant en train de discuter. S’ensuivent de brefs échanges verbaux, puis le mari éconduit tire à une distance de 1m50 en direction des parties vitales de son épouse, qui tombe au sol. Il tente de forcer la porte fermée puis commence à menacer l’amant caché derrière un canapé, avant d’appeler la police.


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