19.05.2017, 00:01  

L’éminence grise des espaces verts

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Après 22 ans d’enseignement à la Haute école spécialisée de Genève, Vincent Desprez a été nommé chef des Parcs et promenades.

NEUCHÂTEL - Architecte-paysagiste et aménagiste du territoire, Vincent Desprez dirige depuis neuf mois le service des Parcs et promenades de la ville.

Dans le bureau de Vincent Desprez, un peu perdue au milieu des innombrables rayonnages de livres et des anciennes cartes de la ville affichées au mur, figure une petite affiche sur laquelle on peut lire: «Le bon Dieu seul sait comment rendre la terre fertile et il a confié son secret aux vers de terre.» S’il laisse donc la fertilité du sol aux lombrics, le chef des Parcs et promenades de la ville de Neuchâtel a fort à faire sur de nombreux autres fronts. Nommé en septembre 2016 à la tête d’une équipe de septante personnes, il est l’éminence grise des espaces verts.

«On n’est pas là uniquement pour planter de jolies petites fleurs mais pour apporter du plaisir aux gens», explique le Neuchâtelois d’adoption, qui avait déjà officié durant quatre ans comme chef adjoint dans le service qu’il dirige aujourd’hui, avant de se tourner vers l’enseignement.

Après 22 ans à la tête de la filière des ingénieurs-paysagistes à la HES de Genève, Vincent Desprez, qui se dit «plus rural qu’urbain», a donc eu envie «de remettre la main à la pâte. Je ne voulais pas devenir un vieux prof aigri. Et la formation, c’est un peu frustrant, on ne voit pas le fruit de son travail». Il a pris plaisir à retrouver Neuchâtel, «une ville à dimension humaine, avec les avantages de la ville sans les inconvénients».

Dans son travail, ce spécialiste en aménagement du territoire est attaché à ce qu’il appelle «les trames vertes» et «les trames bleues», soit des zones continues de végétation ou d’eau. «C’est important de développer des secteurs où la faune peut être un peu protégée.» Pour autant, il n’hésite pas à se montrer critique envers la notion de «nature en ville», «parfois utilisée pour se donner bonne conscience». Car partout dans l’espace urbain, et même en dehors, l’homme a remodelé l’environnement selon ses besoins. «Il n’y a presque plus de nature, même les forêts sont jardinées et les montagnes truffées de bunkers, d’antennes et de conduites.»

Cacao au Jardin anglais

Pour marquer l’élection, cette année, de Neuchâtel comme Ville du goût, les Parcs et promenades s’apprêtent à planter des plantes comestibles dans plusieurs endroits de la cité. «Il y aura des cosses de cacao au Jardin anglais.» Et le tout garanti bio: depuis deux ans, le service a renoncé aux engrais ou autres pesticides de synthèse. Avec une règle simple: «Pour qu’elles survivent sans trop de traitement, le meilleur moyen, c’est de mettre des plantes adaptées au milieu au bon endroit.»

Des moutons pour faucher les talus

Les Neuchâtelois devraient voir cet été déjà certains talus de la ville fauchés non par des machines mais par... des moutons. «Un de nos collaborateurs a des moutons, et ça entre dans le cadre d’une gestion différenciée», explique le chef des Parcs et promenades, Vincent Desprez. En plus de moins polluer, cela permet de valoriser l’herbe sur place: plus besoin de l’emmener dans une usine de compostage. De plus, cette méthode permet de ménager les forces des collaborateurs du service, tant il n’est pas aisé de travailler avec une lourde machine sur des talus très pentus. Enfin, «cela permet une meilleure qualité paysagère, car les moutons trient ce qu’ils mangent».

De ce retour de certaines méthodes de nos grands-parents, doit-on déduire que c’était mieux avant? «Il existe un bon sens terrien que les jardiniers avaient peut-être un peu perdu», estime Vincent Desprez. Qui tempère: «Il y a à la fois une évolution des connaissances, qui nous permet de faire des choix plus adaptés, et le retour à certaines pratiques ancestrales».

Mais pour éviter «de confondre vitesse et précipitation», ce type de tonte sera pour l’instant menée uniquement dans des zones périphériques de la ville. «Ce n’est pas cette année que vous verrez des moutons au Jardin anglais», précise Vincent Desprez. Avant d’ajouter avec un sourire: «Quoique...»

Bio express

1963 Naissance de Vincent Desprez à Paris.

1964 Sa famille déménage à Leysin, dans les montagnes vaudoises.

1987 Il obtient son diplôme d’architecte-paysagiste à Genève. Il poursuit avec une licence en aménagement du territoire, qu’il passe à l’Université de Strasbourg.

1989 Sa licence en poche, il est nommé en décembre adjoint au chef du service des Parcs et promenades de Neuchâtel, où il développe notamment le bureau technique. Il y reste jusqu’en 1994.

1994 Vincent Desprez reprend la filière de formation des architectes-paysagistes à la Haute Ecole spécialisée de Genève.

2016 Apprenant par hasard que la Ville de Neuchâtel met au concours le poste de chef du service des Parcs et promenades, il postule et est engagé. Il commence en septembre, tout en gardant une demi-journée hebdomadaire d’enseignement à Genève.


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