04.08.2012, 00:01  

Des lames de rasoir aux prothèses

chargement
Des lames de rasoir aux prothèses
Par JACQUES GIRARD

LE LANDERON - Depuis la taxe au sac, la station d'épuration croule sous les déchets.

Il n'aura pas fallu longtemps pour mesurer les effets indésirables de l'introduction, le 1er janvier, de la taxe au sac sur la station d'épuration du Landeron (Step). Celle-ci recueille les eaux usées de la localité, mais aussi celles de la Neuveville, de l'établissement pénitentiaire de Saint-Jean, de Lignières, de Nods et du foyer d'éducation de Prêles, soit un potentiel de 16 000 équivalents-habitants. Tous les dix jours en effet, un peu plus d'une tonne de déchets supplémentaires aboutissent dans les grilles d'entrée, confirme Jean-Claude Girard, le chef de la station. "Après sept mois, on peut affirmer que cette tendance est installée. Si cela ne pose pas de problèmes supplémentaires sur le plan de la pollution, c'est une augmentation de près de 25% du volume des déchets que nous devons évacuer." Lorsque les localités raccordées à la Step disposent de systèmes de pompage, une partie des déchets sont déchiquetés avant de parvenir à la Step, ce qui allège la charge. Par contre, lorsque les eaux arrivent par gravité, ce n'est pas le cas. En cas de fortes pluies par exemple, le courant amène parfois de grosses quantités de déchets déposés dans les canalisations et soulevés par le courant, par un effet d'autocurage. "Il faut donc rester d'autant plus attentifs à l'augmentation du volume des déchets" , explique Jean-Claude Girard.

De grosses boules d'huile de friture retirées à la main

Et lorsque le chef de la station ouvre les portes du dégrilleur - le dispositif installé à l'entrée de la Step et destiné précisément à retenir les déchets pour empêcher qu'ils n'entrent dans le cycle d'épuration - c'est un véritable capharnaüm, peu ragoûtant, qui se dévoile. Des sacs en plastique aux bandes hygiéniques, des sous-vêtements aux chiffons, des serviettes humides aux restes de repas: rien n'y manque. "Il y a des produits qui nous posent problème", poursuit Jean-Claude Girard. "Nous constatons la présence d'huiles minérales, qu'il faudrait bien sûr amener à la déchetterie. Mais ces huiles se dissolvent assez facilement. Par contre, les huiles de friture, surtout en fin d'année avec la multiplication des fondues bourguignonnes, c'est l'enfer. Ces graisses forment de grosses boules qu'il faut éliminer à la main pour empêcher qu'elles n'engorgent les pompes, ce qui nous oblige à des nettoyages plus fréquents."

Mais la liste est loin d'être complète. Certains habitants des localités desservies n'hésitent pas à faire passer dans leurs toilettes de petites bouteilles en plastique ou d'autres objets plutôt inhabituels. "Mais ceux-là pourraient bien se punir eux-mêmes", avertit Jean-Claude Girard. "Ils risquent de voir leurs conduites se boucher. Et les réparations seront à leur frais."

Un recyclage efficace

La Step intercommunale du Landeron a un débit journalier moyen de 7000 m3, qui peut aller jusqu'à 25 000 m3 en cas fortes pluies.

Avant l'introduction de la taxe au sac, près de 53 tonnes de déchets étaient extraits des grilles d'entrée. A quoi il faut naturellement ajouter un surplus de 25% de ces quantités depuis janvier 2012. Près de 3000 m3 de boues et 40 m3 de sable et graviers parviennent encore à la station chaque année.

Grâce à des installations perfectionnées comprenant décanteurs, bassins d'aération, digesteurs et gazomètre, les boues servent à produire du gaz (110 000 m3 par an). Ce gaz est lui-même utilisé, par l'intermédiaire d'un couplage chaleur-force, pour produire du courant électrique (170 000 kWh par année) et de la chaleur.

Un inventaire sidérant, mais pas de trésor

Les bâtonnets ouatés, les lames de rasoir, les mégots, les tampons et serviettes hygiéniques, les litières pour chats, les matières plastiques, les préservatifs, les graisses, les restes de repas, les chiffons, les sous-vêtements usagés, rien de tout cela - et la liste est loin d'être exhaustive - ne devrait être introduit dans le circuit d'épuration par les lavabos ou les cuvettes des toilettes. Or, c'est précisément cet inventaire hétéroclite que l'on découvre dans les dégrilleurs des stations d'épuration, accompagnés d'autres objets encore plus insolites comme des prothèses dentaires. Pire, certains introduisent dans les canalisations, par les bouches d'égout, des objets plus encombrants encore, des chutes de bois, des pneus ou des cônes de circulation, ce qui rend le curage des fosses beaucoup plus délicat.

Et ce n'est pas fini. "Nous recevons régulièrement des appels téléphoniques de personnes qui ont perdu des bijoux. Dans ce cas, je leur conseille d'abord de vérifier leurs siphons, c'est d'abord là qu'ils pourraient se trouver s'il y a bien eu perte", ajoute en souriant Jean-Claude Girard, qui n'a encore trouvé aucun trésor dans ses installations.

Le prochain gros défi de la Step du Landeron, comme de toutes les autres installations d'épuration de Suisse, c'est la réduction des micropolluants, soit les médicaments et produits chimiques dissous dans les eaux. Un enjeu majeur pour préserver les ressources en eau potable, la faune et la flore aquatiques. Le financement de ces mesures, dont le montant n'est pas encore déterminé, sera assuré selon le principe du pollueur-payeur sous l'égide de la Confédération.

Les investissements de départ seront financés par un fonds spécial créé pour une période de vingt ans, ce qui exige de modifier la loi sur la protection des eaux. Le Conseil fédéral a ouvert, en avril, une procédure de consultation à ce propos.

  Vous devez être identifié pour consulter cet article

Top