26.07.2012, 00:01  

Un Loclois en avance sur son temps

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Par ROMEO PARIS

RONDE D'ETE - C ap sur la manufacture Zenith, fondée par Georges Favre-Jacot, visionnaire. Il avait commencé, à 13 ans, sur un vieux volet en guise d'établi.

Rendez-vous dans une prochaine édition rue des Tourelles, dans le manoir qui abrite depuis 1999 la section horlogerie du prestigieux groupe hambourgeois Montblanc.

Plus de renseignements sur:

Visites guidées du périmètre horloger loclois: à pied, tous les samedis jusqu'à fin novembre, départ à 10h devant l'hôtel de ville. En petit train touristique, départ les jeudis, place du Marché, à 14h-15h-16h. Les dimanches, à 13h30 et 15h.

032 889 68 95

En activité depuis près de 150 ans, l'entreprise horlogère Zenith a marqué de son empreinte la rue des Billodes au Locle où la marque siège depuis sa création. La manufacture constitue un véritable petit quartier. On compte près de vingt bâtiments autour de la vieille usine construite en 1905, où on peut lire les initiales de Georges Favre-Jacot (1843-1917), visionnaire à la personnalité hors du commun, fondateur de l'entreprise.

Indépendant à treize ans

Décidé à devenir horloger, à seulement neuf ans, Georges Favre-Jacot quitte l'école pour se lancer dans un apprentissage. Suite à un conflit avec son maître, son esprit d'entreprise le conduit très vite à devenir horloger indépendant. Il n'a que treize ans lorsqu'il commence à travailler seul, sur un vieux volet soutenu par des tréteaux en guise d'établi. Il quitte ce premier atelier après son mariage avec Louise Jacquot-Descombes dont la dot, combinée à quelques économies, va lui donner les moyens de construire sa propre usine en 1865, rue des Billodes.

Georges Favre-Jacot espère créer de meilleurs mouvements d'horlogerie en changeant la manière dont on les produit. Inspirée par le modèle de production nord-américain, découvert lors d'une visite aux Etats-Unis avec son neveu Jämes Favre, sa méthode s'oppose à l'établissage: la manufacture des Billodes doit réunir tous les savoir-faire nécessaires à la réalisation d'une montre sous un même toit, de la création des pièces à l'assemblage final.

A la fin du 19e siècle un nouveau bâtiment témoigne de la bonne santé de l'entreprise qui emploie 2000 personnes au Locle. L'exportation de la production horlogère régionale est facilitée par la présence des chemins de fer au Locle depuis 1857, Georges Favre-Jacot se fait notamment une place sur les marchés russes et... chinois. Très vite les productions rejoignent celles de Lecoultre dans le prestigieux catalogue d'Heinrich Moser, fournisseur de la cour du Tsar.

Le nom de Zenith est déposé en 1911, une promenade sous les étoiles aurait inspiré Georges Favre-Jacot alors qu'il cherchait un nom pour son meilleur calibre. Celui qui permit à la marque de concurrencer de grands adversaires comme Omega ou Longines. Moins cher à produire que les autres et pourtant une merveille de précision, le calibre "Zenith" sera primé à l'Exposition universelle de Paris en 1900 devenant un des premiers grands succès mondiaux de la marque.

Visionnaire à plus d'un titre, Georges Favre-Jacot fourmille d'idées pour développer son entreprise. Méfiant quant à la fiabilité des constructions du centre-ville sur pilotis, il érige sa fabrique à flanc de coteau... Il fabrique ensuite des immeubles locatifs au lieu dit la Molière et dans le quartier des Eroges, afin d'assurer de bonnes conditions de vie à ses employés. Dès 1917, l'identité visuelle de Zenith est confiée aux soins d'Alphonse Laverrière, un architecte lausannois renommé qui créé les publicités, des écrins, le design de certaines boutiques Zenith mais élabore également de nombreuses réflexions sur le site d'exploitation du Locle. Cette collaboration permet aussi à Georges Favre-Jacot d'être un des précurseurs du Werkbund dans la région, un style architectural qui cherche à harmoniser le développement industriel à l'urbanisme déjà présent.

Depuis l'atelier de l'entreprise, dont on peut encore apprécier le parquet et les fenêtres d'origine, on distingue la villa la Forêt construite sur les hauts de la ville par Le Corbusier pour Georges Favre-Jacot. Un projet architectural moderne pour l'époque mais aussi un moyen de garder un oeil sur les ateliers pour le "patron", toujours prêt à partir débusquer à cheval ses ouvriers tire-au-flanc quand la manufacture était vidée par les lundis bleus. Ses cendres reposent aujourd'hui à l'entrée de l'entreprise.

La désobéissance héroïque

Après l'âge d'or, la crise du quartz a été terrible pour Zenith. Le mouvement El Primero, le calibre de série qui affiche la plus grande précision, concentré de technicité édité en 1969, aurait pu être détruit en 1975 par la Zenith Radio Corporation, convaincue que la montre mécanique n'avait plus d'avenir. Ordre fut donné de fondre toute la production pour récupérer la matière première.

Jacques Vermot, né en 1930, alors simple employé de la marque, est indigné. Il adresse une lettre au siège américain de l'entreprise dans le but de sauvegarder le patrimoine de Zenith, en vain. Face à l'immobilisme des dirigeants il décide alors, au risque de perdre son emploi, de soigneusement cacher diverses pièces, outils, machines, et aussi processus de fabrication, dans le grenier de l'entreprise.

Quand le marché de l'horlogerie mécanique repart dans le courant des années 1980, le geste rebelle de Jacques Vermot est vivement salué. Il permet à Zenith de relancer la production d'El Primero - le meilleur mouvement chronographe sur le marché - et de retrouver la place qui lui revient dans l'horlogerie. Une édition sera dédiée à Jacques Vermot, aujourd'hui décédé.

Plus de 2300 prix

Fort d'un solide réseau commercial, Zenith traverse le XXe siècle tranquillement et réalise notamment des compteurs de bord pour les marines anglaise et italienne. Après la sévère crise du quartz, elle reste toujours parmi les grands noms de l'horlogerie.

Propriété de LVMH depuis 1999, la marque conserve son attachement au Locle où son site de production compte 250 salariés. C'est une manufacture au sens littéral du terme, capable de développer un mouvement de la première à la dernière étape. Des ateliers où on invente les outils de demain et où on galbe toujours les aiguilles à la main. Neuf mois de travail sont nécessaires pour assembler les quelque 800 composants d'un garde-temps. Soit 2000 opérations effectuées par 300 mains différentes. Environ 600 variations de mouvements sont répertoriées dans les ateliers. Avec 2333 prix, Zenith est la marque la plus titrée dans des concours d'horlogerie et représente un modèle de régularité et de performance dans le domaine.

VOYAGE AU LOCLE

C'est sans aucun doute l'un des plus beaux parcs industriels du monde. Constitué d'usines aux allures de manoirs et de maisons de maître entourées de parcs et de bassins, le périmètre horloger du Locle est le sujet de notre série d'été. Aujourd'hui, visite de la manufacture Zenith, première du genre au 19e siècle.


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