04.07.2012, 00:01  

"Ras-le-bol que nos bêtes soient contrôlées à double!"

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Entre Provence et La Brévine, les paysans sont contrôlés à la fois du côté vaudois et du côté neuchâtelois. 
KEYSTONE
Par SYLVIA FREDA

TRIBUNAL - Une famille de paysans, dont le domaine est à la fois sur les cantons de Vaud et de Neuchâtel, sur le banc des prévenus à La Chaux-de-Fonds.

Aucun jugement n'a été prononcé, hier, à la fin de l'audience au Tribunal de police de La Chaux-de-Fonds, par la juge Claire-Lise Mayor-Aubert. Elle en énoncera un prochainement seulement après avoir interpellé les services agricoles et vétérinaires vaudois et neuchâtelois.

Entre Vaud et Neuchâtel

Car il y avait un problème avec les paysans, tous de la famille Jeanmonod, assis sur le banc des prévenus pour menaces et violences contre les autorités et les fonctionnaires, ainsi que pour infraction à la loi fédérale sur les épizooties (réd: épidémies qui frappent les animaux). Ils travaillent à la production de lait et à l'élevage de vaches sur un domaine sis entre le canton de Vaud et celui de Neuchâtel, plus exactement entre Provence et La Brévine, et ne savent plus à quelle administration se vouer, celle neuchâteloise ou celle vaudoise!

D'où leur énervement contre les fonctionnaires, d'abord, et leurs démêlés, ensuite, avec la justice du fait qu'ils n'ont pas enregistré leurs bêtes selon les exigences de la législation neuchâteloise, ce qui rendrait le traçage des animaux contaminés difficile en cas de maladie contagieuse. Verdict sollicité par les paysans: l'acquittement. Car quand ils pensent dépendre complètement de l'administration vaudoise, voilà qu'ils se retrouvent avec, en plus, des contrôles du Service cantonal vétérinaire neuchâtelois (Scav). Contrôles desquels ils ressortent pénalisés parce qu'ils tiennent leurs registres et numérotent leur bétail en ne respectant pas la façon de procéder de Neuchâtel, qui exige qu'il y ait un nouveau numéro d'exploitation dès lors qu'une bête séjourne à plus de trois kilomètres.

"Métier dangereux"

Armand Jeanmonod, qui gère avec son frère, son père et son oncle, le domaine à cheval entre Provence et La Brévine, est ressorti de l'un de ces contrôles avec une amende de 315 francs. La contravention l'a bien contrarié et lui a fait dire, fâché, lors d'un appel au secrétariat du Scav, qu'il allait descendre avec une masse. "Mais tout le monde sait bien que je n'allais me mettre à exécution et aggraver mon cas!" , expliquait-il hier à la juge.

Le contrôle en question avait été mené par une employée du Service vétérinaire cantonal neuchâtelois le 18 août 2011. Suite à son passage au domaine des Jeanmonod, celle-ci a déposé une dénonciation. Car ce jour-là, elle s'est sentie menacée par l'oncle d'Armand et Eusebio, à savoir José Jeanmonod. "Il m'a lancé à un moment que j'avais 5 minutes pour examiner l'écurie, que je faisais un métier dangereux, alors que j'étais seule avec lui et Armand Jeanmonod. J'ai eu peur."

Elle a ajouté qu'en ce qui concerne l'amende de 315 francs reçue par Armand Jeanmonod, elle n'y était pour rien. "Chez ces paysans, j'aiprocédé à mon contrôle en examinant les registres concernant les bêtes qui doivent avoir un numéro différent à Provence et à La Brévine. Puis j'ai envoyé mon dossier au Scav. Le service a ensuite pris une décision, qui n'était pas de mon fait! Le genre d'inspection que j'ai effectuée chez les Jeanmonod permet de mettre le doigt sur des non-conformités dangereuses en cas d'épizootie. Une bonne tenue des registres aide à suivre le bétail et en particulier les animaux malades et de savoir quelles autres bêtes les ont côtoyés."

"J'étais énervé"

José Jeanmonod s'est défendu devant le tribunal en disant que le contrôle tombait mal, que la vétérinaire du Scav est arrivée en retard. "On l'attendait à 9h, elle est arrivée à 9h15. On avait une montagne de travail. Il fallait sortir les bêtes, le temps menaçait et on avait du regain à rentrer! Et je le répète, nous sommes excédés d'être contrôlés à double par Vaud et par Neuchâtel! Je ne cache pas que j'étais énervé. Mais je n'allais pas m'armer d'une fourche contre elle!"


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