18.04.2017, 00:01  

Qui veut sauver Le Mag à Zaza?

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Isabelle Hugi  derrière la vitrine du magasin sur laquelle on peut lire «Tous ensemble: sauvons Le Mag à Zaza». Elle innove en voulant introduire  de la vente en vrac, financée par un appel au financement participatif.

 18.04.2017, 00:01   Qui veut sauver Le Mag à Zaza?

LA SAGNE - A la peine, l’épicerie du village se lance dans le vrac via un crowdfunding.

«A la fin de l’année passée, mon mari et moi avions le moral dans les chaussettes. Notre magasin péclote et ça nous fiche les chocottes. Je serais tellement malheureuse de devoir fermer.»

Isabelle Hugi tient à bout bras depuis cinq ans l’épicerie plus que centenaire de La Sagne, qu’elle a rebaptisée Le Mag à Zaza, au cœur du...

«A la fin de l’année passée, mon mari et moi avions le moral dans les chaussettes. Notre magasin péclote et ça nous fiche les chocottes. Je serais tellement malheureuse de devoir fermer.»

Isabelle Hugi tient à bout bras depuis cinq ans l’épicerie plus que centenaire de La Sagne, qu’elle a rebaptisée Le Mag à Zaza, au cœur du village. En face de la fontaine, près du boulanger et de l’hôtel von Bergen et pas loin de La Poste. Malgré une clientèle fidèle, les temps sont durs pour l’épicerie et la patronne ne veut pas s’enfoncer. Alors, en dernier ressort, elle a décidé d’innover, avec de la vente en vrac. Et pour financer ce changement, elle a fait appel à la plate-forme de financement participatif Wemakeit. Son pari : récolter 25 000 francs jusqu’au 25 mai.

Un village dortoir?

«J’aime mon métier, j’adore le contact avec mes clients, je me lance», s’était déjà dit Isabelle Hugi à la reprise. Le commerce, elle le connaissait bien, puisqu’elle y travaille depuis 20 ans. L’épicerie vend de tout: fruits, légumes, viande et fromage, cosmétiques. Elle propose aussi des paniers artisanaux, des fleurs le samedi et livre à domicile. Ses prix ne sont pas tellement plus élevés qu’ailleurs, et peut-être même plus bas pour des fruits et légumes souvent directement du producteur en saison. Isabelle et son mari Christian sont enfants d’agriculteurs et leurs deux fils retournent à la terre.

Mais où le bât blesse-t-il? «J’ai de la chance d’être soutenue par les sociétés locales et une clientèle d’un certain âge, mais je dois dire que je ne vois jamais la moitié du village, qui vit au village comme dans une cité-dortoir», remarque d’abord Isabelle Hugi. A quoi elle ajoute deux changements notables qui la pénalisent. L’ouverture en ville des grands magasins le lundi matin. Et la baisse de l’euro, qui attire le chaland de l’autre côté de la frontière.

Du coup, Le Mag à Zaza péclote comme elle dit. La patronne ne s’est jamais versé de salaire («heureusement que mon mari a un bon travail», note-t-elle). Elle paie sa collègue vendeuse Béatrice mais peine à régler ses factures.

Le fil d’une solution

Alors? Baisser les bras pour de bon? «Je ne me fais pas trop de souci pour moi, mais je me dis qu’on n’a pas le droit de laisser disparaître l’épicerie pour la vie du village, déjà que La Poste est menacée et que la fromagerie déménage à Sagne-Eglise», réagit Isabelle Hugi. C’est sa nièce Cindy qui lui a donné le fil d’une solution. Elle lui a parlé du succès de la vente en vrac à Fribourg où elle habite et lui a glissé l’idée d’un financement participatif. Et c’est une autre nièce, Wendy, qui l’a aidée à présenter le projet sur internet.

Le pari est de «booster» le magasin de dépannage d’aujourd’hui en offrant fromage du cru à la coupe ainsi que produits régionaux et bio dans un esprit proche du zéro déchet. Les 25 000 francs fixés comme but du «crowdfunding» doivent servir à monter un coin régional avec récipients, silos, boîtes, étagères, balance et décoration. Le propriétaire des murs donne un coup de main pour la rénovation des installations. «On tient vraiment à travailler avec les gens d’ici autour», ajoute une Isabelle Hugi, pleine d’espoir.

Plus d’informations sur https://wemaketit.com/projects/sauvons-le-mag-a-zaza

La Sagne souffre, Les Ponts moins

La Sagne est-elle en voie de désertification? L’administrateur de la commune Christian Musy n’élude pas la question. «C’est sûr qu’il y a un risque que les activités commerciales se réduisent comme peau de chagrin», dit-il en signalant que le Conseil communal a envoyé un tous-ménages en début d’année pour soutenir l’épicerie d’Isabelle Hugi. Qui, d’après elle, n’a guère eu d’effet. La banque Raiffeisen a fermé jusqu’à son bancomat il y a deux ans. Même si elle continuera de vendre à ses clients, la fromagerie à Sagne-Eglise n’aura plus de magasin.

La Poste? Elle menace comme à peu près partout de fermer (notre édition du 3 mars). Pour l’instant, Isabelle Hugi n’est pas chaude pour accueillir une agence postale dans son magasin qui ne lui rapporterait pas grand-chose. Si l’épicerie devait fermer ses portes, il ne resterait plus que la boulangerie. Et pour combien de temps?

Etonnamment, le commerce dans la commune-soeur des Ponts-de-Martel se porte lui plutôt bien, confirme l’administrateur Ulrich Kämpf. On y compte trois boucheries (dont une sans magasin), une épicerie, une boulangerie et un kiosque, si l’on s’arrête aux magasins de bouche. La banque Raiffeisen est toujours là et la BCN a un bancomat.

Au-delà de leurs populations (1300 habitants aux Ponts, 950 à La Sagne), comment expliquer la différence entre les deux grands villages de la même vallée? «Je ne sais pas si l’on peut parler de solidarité, mais la population ponlière essaie de faire attention à ses commerces, c’est ancré dans la mentalité», ébauche Ulrich Kämpf. Il n’empêche que le Conseil communal des Ponts-de-Martel va lui aussi distribuer un tous-ménages, en particulier pour enjoindre les nouveaux habitants de soutenir le magasin d’alimentation. Comme à La Sagne.

Crowdfunding pourquoi?

Pour sauver un petit commerce, la seule solution passe-t-elle aujourd’hui par le crowdfunding? En d’autres termes, pour faire tourner une épicerie comme Le Mag à Zaza, faut-il que les Sagnards et leur diaspora paient les étagères de l’échoppe en plus de ce qu’il y a dessus? «Nous avons déjà demandé un prêt bancaire au début. Nous ne voulons pas nous mettre plus de dettes sur le dos», répond Isabelle Hugi, pour qui la survie voire le développement dans une optique de proximité de son commerce, mais aussi le maintien de la vie sociale au village, est un peu (beaucoup, passionnément) l’affaire de tous. Du côté de la plate-forme de financement participatif Wemakeit (qui prend 10% de la somme récoltée si elle est atteinte) à laquelle s’est adressée Isabelle Hugi, on nous répond qu’en effet «un nombre croissant de start-up ou petites entreprises utilisent Wemakeit et le crowdfunding, soit pour le financement, soit pour la communication et pour agrandir leur communauté». La plate-forme soutient déjà quantités de projets de vente en vrac.


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