18.05.2012, 00:01  

Opération séduction de Cartier

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Par SYLVIA FREDA

LES BRENETS - Mardi, la population était invitée à une séance d'information.

Aux Brenets, des couples ont cessé de parler de l'éventuelle implantation de la manufacture Cartier joaillerie dans le village. Le sujet est trop chaud, énerve, fait monter les tours, "au point que la menace de divorce pointe le bout de son nez dans certains ménages" , commente un habitant du village en ne plaisantant qu'à moitié.

Dans les discussions de café aussi, au village, le ton monte rapidement entre ceux qui sont pour la venue de Cartier et ceux qui sont contre. "Le débat est devenu émotionnel, ce qui est vraiment dommage pour le projet!" , ainsi que le faisait remarquer le conseiller général brenassier Gilbert Hirschy, lors de la séance d'information à la population mardi soir.

Esprits bouillonnants

A la salle de spectacles, ce soir-là, on compte environ deux cents personnes. Des esprits bouillonnent. Il faut dire que déjà deux référendums ont été lancés contre l'implantation de la manufacture de Cartier Joaillerie. Un contre la vente de la parcelle communale du Clos-Ferré, où son implantation est prévue, et un autre contre son dézonage pour la faire passer de zone à moyenne densité à zone industrielle. Le nombre de signatures récoltées? Top secret.

"Nous avons accepté, sur insistance du Conseil général des Brenets, ce qu'on fait très rarement, de vous présenter le projet immobilier que nous souhaitons développer dans votre village. C'est une première pour nous!" Yvan Ansermoz, en charge du développement immobilier pour le groupe Richemont auquel appartient Cartier, est conscient du gigantisme du projet avec ses 14 500 m2. Il évoque le bâtiment rectangulaire souhaité dans une esthétique architecturale simple. Aussi bien lui qu'Yves Monnot, directeur des activités de Cartier Joaillerie à La Chaux-de-Fonds (voir aussi encadré), ont énuméré toutes les précautions prises au niveau du trafic, de l'écologie et de l'atteinte au paysage.

"Il ne faut pas céder aux chants des sirènes" , a lancé ensuite David Favre, l'ancien administrateur communal des Brenets et proche voisin du projet. Pour lui et d'autres, le dézonage de la parcelle du Clos-Ferré ne passe vraiment pas. Ensemble, ils déplorent que la commune ait pu comme ça, déroger au plan directeur cantonal. "Cartier se dit soucieux d'écologie" , fait remarquer une jeune femme. "Mais pour moi, la plus belle manière de faire preuve de développement durable, c'est d'aller s'installer dans des zones prévues à cet effet par le plan directeur cantonal!" "Propriétaires, méfiez-vous, la commune peut dézoner tous azimuts!" , argumente encore une autre Brenassière.

"Bouée de sauvetage!"

"Le Conseil communal a fait une erreur de timing sur ce coup" , selon Gilbert Hirschy. "Il aurait dû d'abord informer la population, comme il l'a fait mardi soir, et ensuite soumettre le dossier au Conseil général. Cela aurait permis de désamorcer les tensions et, peut-être, de prendre d'autres dispositions profitables au projet."

Dans la salle, plusieurs ont regretté le déficit d'informations transmises à la population. Les autorités politiques se sont également vues reprocher le fait de ne pas avoir mis au courant les conseillers généraux de lettres envoyées à la commune par des Brenassiers inquiétés par la venue de Cartier, avant que leur vote ne soit sollicité le 23 avril dernier.

Pour sa part, le président de commune Philippe Rouault n'a pas caché que les Brenets vont vers des années difficiles économiquement. "La vente de la parcelle communale du Clos-Ferré et la taxe de raccordement qui va avec permettront d'engranger environ 1,7million.L'implantation de cette usine nous permettrait donc d'avoir une bouée de sauvetage. Sans celle-ci, je pense qu'on sera contraint, par exemple, d'augmenter les impôts ou de fusionner avec Le Locle. C'est une possibilité, il ne faut pas la nier."

Une entreprise soucieuse du trafic

"Côté trafic, la moitié des 370 employés qui travailleront dans la manufacture Cartier, recourront au covoiturage, aux bus privés de Cartier qui circuleront entre Morteau et Le Locle, et au train. C'est en tout 700000francs que nous coûte cette organisation des transports en commun" , lance Yves Monnot.

Cent places sur le parking des Pargots sont prévues afin de réduire le nombre d'automobilistes de la manufacture traversant le village. "Ce qui ne laisserait plus que 30 places de libres aux touristes. Impossible de faire fonctionner le tourisme dans ces conditions!" , lance Jean-Claude Durig, de la compagnie de navigation sur le lac des Brenets.

Au niveau du flux, un feu est prévu au niveau des Pargots pour réguler le va-et-vient entre le parking et la zone frontalière. "Feu, qui sera pris en charge par Cartier. Il ralentira le trafic. Pour le frontalier qui va au Locle, passer par le village des Brenets ne sera plus un raccourci" , spécifie encore Yves Monnot. Il ajoute qu'une demande sera appuyée par le groupe Richemont pour que la route cantonale soit refaite.

Le conseiller d'Etat Thierry Grosjean a appuyé fortement la venue de Cartier aux Brenets mardi soir. Sur le fait que la manufacture emploierait deux tiers de frontaliers, il souligne que, malgré un chômage d'encore 4,7% dans le canton, "il est difficile de trouver parmi les sans-emploi de Neuchâtel les personnes compétentes pour les postes pourvus par Cartier Joaillerie". Sur le dézonage de la parcelle, qui irrite au plus haut point: "Heureusement que les communes ont encore une marge de manoeuvre. Si nous l'enlevions, nous aurions des hurlements, parce qu'il n'y aurait plus de possibilité de développer des petites zones industrielles."

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