06.03.2017, 00:01  

Le hasard fait une percée démocratique

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Florian Candelieri et Solange Thiémard militent pour Génération Nomination, qui invite le sort à désigner le nom des élus.

 06.03.2017, 00:01   Le hasard fait une percée démocratique

LA CHAUX-DE-FONDS - Lors d’un café citoyen, deux jeunes, rattachés au mouvement GéNomi, présenteront la possibilité de désigner les députés par simple tirage au sort.

Les Chaux-de-Fonniers Solange Thiémard, 20 ans, apprentie horlogère, et Florian Candelieri, 34 ans, impliqué dans de multiples activités alternatives dans le canton, ne veulent pas être élus.

En voilà une campagne électorale contre-productive! ça nous change de tous ceux qui tiennent au contraire à être plébiscités et préparent leurs alliances, s’entendent avec leur parti, copains et entourage! «Et cela...

Les Chaux-de-Fonniers Solange Thiémard, 20 ans, apprentie horlogère, et Florian Candelieri, 34 ans, impliqué dans de multiples activités alternatives dans le canton, ne veulent pas être élus.

En voilà une campagne électorale contre-productive! ça nous change de tous ceux qui tiennent au contraire à être plébiscités et préparent leurs alliances, s’entendent avec leur parti, copains et entourage! «Et cela dans un cercle, souvent toujours identique, restreint, élitiste, compétitif, protecteur de pôles d’intérêts économiques, financiers, pharmaceutiques ou autres encore», expliquent-ils. «Nous préférerions en fait que les citoyens destinés à remplir des tâches politiques, aux niveaux législatifs, soient tirés au sort. Ainsi, on donnerait toutes leurs chances à des personnes issues des diverses couches sociales de la population. Ce processus, tourné vers le bien commun et non vers la promotion de lobbies quels qu’ils soient, serait plus démocratique.»

Donc,côte à côte, ils se mobilisent à La Chaux-de-Fonds, pour faire connaître ce principe. Un café citoyen y sera consacré le 14 mars prochain (voir ci-dessous). «Avec d’autres qui nous y rejoindront, nous évoquerons ce système à travers les propositions et questions de chacun. Car au premier abord, celui-ci peut paraître complètement hurluberlu et déstabilisant par rapport à la méthode classique.»

Solange Thiémard et Florian Candelieri n’avancent pas sur la voie choisie en cavaliers seuls et en utopistes inconscients. Ils s’appuient solidement sur une organisation qui réfléchit depuis plusieurs années sur le sujet. «Le thème devient urgent, vu notre peine à recruter de nouveaux responsables politiques, et le faible taux de participation au moment de voter. La chose publique échappe tellement au peuple que ce dernier lui tourne le dos.»

Contact avec les Verts

Leur action rejoint les buts visés par l’organisation non gouvernementale Génération Nomination. Appellation raccourcie: GéNomi. Pensé et concocté depuis 2013, le mouvement a été lancé publiquement en été 2015, et il est piloté par un comité composé d’universitaires, scientifiques, politiciens et journalistes. Sa vision s’inspire grandement de la proposition faite en France par la fondation Sciences citoyennes, fondée par le biologiste et critique de science Jacques Testart. «Conflits d’intérêts, élitisme et ploutocratie prennent le pouvoir dans nos sociétés réputées démocratiques. Le tirage au sort des représentants de la population est une mesure d’intérêt général à adopter au plus vite», à ses yeux.

Sur l’échiquier politique régional, Solange Thiémard et Florian Candelieri ont-ils des alliés les aidant à promouvoir la cause de GéNomi? Ils ont été approchés par les Verts des Montagnes. Notamment par Pierre-Yves Blanc, coprésident de la section. «Quand j’ai monté la liste des candidats pour le Grand Conseil, j’ai contacté de nombreuses personnes, dont Solange et Florian», raconte le chef de groupe. «Les deux étaient d’accord, mais voulaient qu’on sache qu’ils militent pour GéNomi. J’ai posé la question lors d’une assemblée générale.» Il n’y a eu aucune opposition à ce qu’on inclue des jeunes, porteurs de nouvelles idées. «Sans un débat à l’interne du parti, le comité cantonal n’a cependant pas voulu de leur photo avec l’inscription GéNomi.»

Solange Thiémard et Florian Candelieri sont du coup en lice pour le législatif cantonal sur la liste verte, mais sans leur projet GéNomi. Par contre, les Verts des Montagnes les soutiennent dans la mise en place de leur café citoyen et participent aux frais d’impression de leurs affichettes. «Et en cas d’élection, ils auront à se définir sur la manière de mettre en place ce nouveau mode de désignation de citoyen (ne) s en charge de la cité», précise Pierre-Yves Blanc.

«En amont, je leur ai de toute façon proposé que nous ouvrions une discussion sur leur démarche lors d’une assemblée générale des Verts au niveau cantonal. Afin d’envisager si elle aurait un avenir dans nos rangs.» Car Pierre-Yves Blanc souhaite que l’on se demande si réellement la Suisse pratique la meilleure démocratie du monde. «Car elle peine à intéresser et à déplacer des citoyens jusqu’aux urnes. Peut-être le tirage au sort est-il une idée à retenir.»

INFO +

Café citoyen du mardi 14 mars: A 19h30, au café Cercle de l’Union, rue de la Serre 64, La Chaux-de-Fonds.

Lire aussi l’interview sur Arcinfo.ch. Plus d’infos sur www.genomi.ch

Comme en Grèce antique

En Suisse, GéNomi a entamé sa récolte de fonds, ainsi qu’une campagne d’information, d’où l’étape, qui passera par la Métropole horlogère dans une huitaine. «Il s’agira ensuite de lancer une initiative sur le plan national, puisqu’on ambitionne de placer des hommes et des femmes tirés au sort au sein du Conseil national», explique le Fribourgeois Charly Pache. Coordinateur au sein de GéNomi, il sera par ailleurs présent au café citoyen du 14 mars.

«Dans la Grèce antique, qui a connu une période de tyrannie et d’oligarchie, les fondateurs de la démocratie ont inventé ce système, pour que chacun puisse y participer.» Ils voulaient ainsi éviter la mainmise d’un microcosme sur le pouvoir. «On procédait par conséquent régulièrement au tirage au sort parmi les citoyens pour des mandats assez courts. Puis cette façon de procéder s’est complètement oubliée. Quand on parle aux gens de cette époque, ils tombent des nues.»


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