07.06.2012, 00:01  

Jean-Charles Legrix épinglé

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Par ROBERT NUSSBAUM

LA CHAUX-DE-FONDS - Le conseiller communal a fait faire des travaux chez lui par la menuiserie communale qu'il dirige. Pas illégal, mais plutôt maladroit.

"Ai-je commis une faute? Non, j'ai été naïf et maladroit. Cela ne me reprendra plus quand je vois le fromage que l'on en fait" . Le conseiller communal de La Chaux-de-Fonds Jean-Charles Legrix réagit ainsi aux remous suscités par la diffusion, mardi soir aux infos de "Couleurs locales", d'un reportage du bureau neuchâtelois de la RTS. Le conseiller communal a fait faire des travaux chez lui par la menuiserie des Travaux publics qu'il dirige.

Que dit le reportage? Qu'en octobre dernier, Jean-Charles Legrix a fait exécuter pour un peu moins de 1000 fr. de travaux chez lui, bien que le règlement communal stipule que "l'utilisation à des fins privées des équipements de la commune est interdite" . Le chef du dicastère peut l'autoriser à titre exceptionnel, ajoute la RTS. On n'est donc pas dans l'illégalité. D'autant qu'un avis de droit du Service juridique n'assimile pas un conseiller communal à un fonctionnaire quelconque. Mais l'acte, dit la RTS, soulève des questions éthiques.

Jean-Charles Legrix s'explique somme toute assez simplement. "J'ai pratiqué pour moi ce que j'autorise pour d'autres", dit-il, s'inscrivant en faux contre l'affirmation du journaliste TV affirmant que la Ville n'exécute pas de travaux pour des privés. "Entre la voirie et les ateliers, il y a pour 1,2 million de factures pour des tiers."

Les travaux faits chez Jean-Charles Legrix? En gros, des tablards ajoutés à une armoire vaudoise héritée, l'ajustement de la corniche et la réfection des clés. "Pour moi, c'était tellement une bricole que je suis allé voir à la menuiserie des Travaux publics si c'était possible de le faire." Le conseiller communal dit avoir pris garde de demander une facture au tarif plein, facture établie le 23 mai (après plusieurs rappels de sa part) "reçue le 24 et payée le 25" , précise-t-il. "Je n'ai rien fait de malhonnête et pas gagné un franc là-dessus."

En l'absence du président du Conseil communal en exercice Pierre-André Monnard, en vacances, c'est le vice-président Jean-Pierre Veya qui fait part de la réaction de l'exécutif. Une réaction officielle courte: "Pour l'instant du moins, le Conseil communal ne fait aucun commentaire là-dessus". Jean-Pierre Veya précise tout de même qu' "on ne peut en tout cas mettre en cause l'intégrité de Jean-Charles Legrix, au pire il s'agit d'une maladresse". Si Jean-Charles Legrix avait informé ses collègues de l'exécutif, le problème aurait pu être évité, estime encore Jean-Pierre .

Un coup de sonde dans le cénacle politique local ne suscite pas énormément d'échos. Au PLR, le président de section Sébastien Mojon avoue ne pas être au courant, tout en estimant qu'il y a des questions autrement plus importantes à l'actualité, comme le RER. Pour la cheffe du groupe PLR Sylvia Morel, qui n'avait pas non plus vu le sujet RTS, les accusations contre Jean-Charles Legrix lui paraissent "des broutilles" .

La gauche est davantage interpellée. Laurent Duding, président du PS des Montagnes, reste dubitatif devant cette "erreur" ou "maladresse" , d'autant plus venant de quelqu'un de droite qui devrait défendre les petites et moyennes entreprises plutôt que de confier ses travaux à son propre service. Au POP, Pascale Gazareth craint que le geste de Jean-Charles Legrix ne révèle un manque de conscience de l'éthique qu'implique un poste de conseiller communal. "Dans de tels cas, il est difficile de savoir si le subalterne exécute les travaux demandés de plein gré, pour rendre service ou pour se faire bien voir. Cela me paraît, quoi qu'il en soit, une relation un peu malsaine."

"Il faut arrêter de voir le monde en noir" , réagit Jean-Charles Legrix. "J'ai simplement demandé si c'était possible de faire ça et on m'a répondu que oui, comme à quelqu'un d'autre." Le conseiller communal UDC pense qu'on cherche à lui nuire et que cela tourne à l'acharnement. Du côté des politiques sondés, cela ne semble pas être le cas. Aucun ne prévoit, en l'état, de porter "l'affaire" devant le nouveau Conseil général, une fois qu'il sera constitué.


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