26.05.2012, 00:01  

Le Jura face à la pénurie de soignants

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Par DELPHINE WILLEMIN

PLANIFICATION - Pour trouver les bons remèdes au manque annoncé en personnel de la santé, un groupe de travail a dressé un état des lieux. Les premières pistes pour l'avenir se dessinent.

Le constat est sans appel: il manquera 600 personnes qualifiées dans le domaine des soins d'ici dix ans dans le Jura. Pour anticiper cette pénurie annoncée, le canton a mandaté un groupe de travail transversal impliquant tous les milieux de la santé, mais aussi le secteur de la formation. Une étude préliminaire vient d'être déposée. Premières mesures concrètes: l'ouverture prochaine de deux nouvelles filières de formation.

" Les professions de la santé ne bénéficient plus de l'aura qu'elles pouvaient avoir quand on lisait ''Martine l'infirmière'' ", a imagé hier le ministre jurassien de la santé, Michel Thentz.

Hausse des besoins en soins

Le manque d'intérêt des jeunes pour ces professions et une certaine lassitude chez ceux qui l'exercent ne sont pas les seules causes de la pénurie à venir. Comme l'indique l'étude préliminaire présentée hier, la hausse des besoins en soins est une explication majeure du phénomène. D'une part en raison du vieillissement de la population, qui a besoin de soins plus lourds, plus longtemps. Ensuite parce que les gens ont toujours plus d'exigences. " Les besoins ne sont plus les mêmes que dans les années 1960-70 ", remarque Michel Thentz. Mais aussi à cause d'un essoufflement de l'encadrement familial.

Pour trouver les bons remèdes à ces causes multiples, le canton du Jura a choisi une démarche pluridisciplinaire et participative. " C'est ça qui est réellement innovant, inédit au niveau romand, voire national ", s'est vanté le ministre de la Santé. Le pôle de mandataires chargés de dresser l'état des lieux et d'évaluer les besoins à venir implique les Départements de la santé et de la formation, les hôpitaux, les EMS, les syndicats et l'Organisation du monde du travail.

Selon les premiers chiffres de l'étude, on dénombre actuellement 1150 postes équivalent plein-temps dans les soins et l'accompagnement, soit 1600 personnes. Ces données comprennent les infirmiers, les aides-soignants ou les aides-familiales, mais pas les médecins, ni les professions hôtelières ou administratives. Dans le seul domaine des soins, l'étude annonce un manque de 440 employés d'ici à 2022, soit 50% de l'effectif actuel. Si l'on ajoute à cela les départs à la retraite, il faudra former quelque 600 personnes ces dix prochaines années pour répondre aux besoins.

La stratégie pour y parvenir doit être définie d'ici à 2013, via un rapport de synthèse qui donnera mandat au gouvernement jurassien d'appliquer certaines mesures. Ce que l'on peut écrire à ce stade, c'est qu'il faudra mieux utiliser les compétences du personnel, redistribuer les profils de manière optimale. Il s'agira aussi de déterminer les taux d'activités idéaux. " On pourrait par exemple imaginer que les taux d'occupation diminuent avec l'âge, vu la pénibilité de ces métiers ", avance Michel Thentz.

Valoriser la formation

En termes de formation, une filière d'aide en soins et accompagnement (ASA) en formation duale - alternance entre entreprise et école - s'ouvrira à la rentrée 2012. Une autre classe duale d'Assistant en soins et santé communautaire (ASSC) s'ouvrira à la rentrée 2013. " Il faudra valoriser les titres, réfléchir à l'attractivité de ces professions ", signale la ministre de la Formation Elisabeth Baume-Schneider. " Aujourd'hui, c'est à 14-15 ans que l'on choisit ces métiers, alors qu'avant la décision était prise plus tard." L'un des défis est ainsi de rendre l'environnement de travail motivant pour les plus jeunes. A noter que l'ouverture de filières ES (école spécialisée) n'est pas à l'ordre du jour.

Des coûts et des économies

COUTS

Le prix à payer par le canton du Jura pour cette nouvelle stratégie n'a pas encore été évalué. " Il faut d'abord que l'on identifie ce que l'on veut en termes de profils d'équipes ", signale Nicolas Pétremand, chef du Service de la santé. Il faut s'attendre à une hausse des coûts en formation et en salaires, mais à des gains en efficacité.

FRONTALIERS

" Est-ce que le système fonctionnerait sans les frontaliers? " La question est analysée par l'étude. " Ce qui est sûr, c'est qu'il fonctionne notamment grâce à eux ", salue Nicolas Pétremand. Les frontaliers constituent un tiers des employés en soins.


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