05.07.2012, 00:01  

Départ d'une oreille attentive

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François Brahier sur son lieu de travail actuel, avant de prendre la direction de Delémont. 
JEROME BERNHARD
Par JEROME BERNHARD

EGLISE CATHOLIQUE - L'assistant paroissial x

François Brahier aura offert un soutien moral et spirituel à des jeunes, désoeuvrés ou qui se cherchent, pendant dix ans. Puis, il aura tendu une oreille attentive aux Francs-Montagnards en détresse et leurs familles depuis 1996 à nos jours. " Des centaines par année ", calcule-t-il. Cet agent pastoral quittera son poste à la cure catholique de Saignelégier à la fin du mois.

A 53 ans, le citoyen de Lajoux s'offre un nouveau challenge professionnel. Par un jeu des chaises musicales, il remplacera, dès le 1er août, Véronique Vallat, responsable de la Pastorale oecuménique à Delémont et récemment nommée supérieure des Soeurs de Saint-Paul de Chartres pour le District de Suisse. " J'aurai affaire à des personnes touchées par un handicap, en particulier mental, et à leur famille, fonction que j'occupe déjà à 40%. J'augmenterai mon temps de travail dans ce domaine et à l'échelle du Jura et de la Berne francophone ", dit-il.

Pour lui succéder à Saignelégier, deux personnes ont été engagées: Nadine Babey et Nathalie Jolissaint, du Relais catéchétique d'Ajoie et Clos du Doubs. Ce double transfert montre " l'importance du réseau créé au sein du Jura pastoral ", souligne François Brahier. " Nous cherchons à nous réorganiser, à multiplier les synergies entre les acteurs. L'ancien modèle, basé sur le curé responsable de tout, n'est plus d'actualité. Avec huit paroisses couvrant une population de 2500 à 3000 fidèles, nous devons continuer d'assurer une proximité. Seul un réseau peut y parvenir. "

François, le "frangin"

Quand il parle de son parcours au sein de la cure - animateur jeunesse, formateur des cathéchistes, sans oublier son rôle d'assistance -, François Brahier se définit avant tout comme un " frangin " aidant les gens qui se cherchent, " pas forcément des cas sociaux ", précise-t-il. " Ceux qui ont une difficulté, voire une joie, à partager. J'essaie de rester leur frère sans devenir leur gourou. Je les aide à sortir la tête de l'eau, je les oriente vers la bonne personne, etc. "

Le natif de Delémont reconnaît que son activité peut parfois prendre le dessus sur sa vie familiale. Ce père de trois filles et un fils, qui ont entre 18 et 27 ans, tire un coup de chapeau à sa femme. " Catherine, il faudrait la canoniser! Durant toutes ces années, elle a dû supporter mes absences, mes états d'âme... " Oui, car même s'il est tenu au secret et qu'il n'en parle pas directement à ses proches, certaines rencontres ont de quoi affecter son moral. " Quand le téléphone sonne un dimanche matin, on a la boule au ventre. On pense tout de suite à un drame... Quand une personne qu'on a aidée ne trouve d'autre issue que le suicide, on culpabilise. On se remet en question. On entre, nous-mêmes, dans un processus de deuil. "

Pour contrer le spleen, François Brahier "use" de quatre exutoires: sa famille, la prière, la céramique - art qu'il pratique avec passion - et les balades à cheval. Malgré cela, il n'a pu éviter un burn out en 2006. " Mon métier me demande d'être disponible en permanence, je ne timbre pas... "

Comme un pneu dans la bourrasque

Autre souci majeur pour cet ancien mécanicien "converti" dans ce qu'il appelle une " recherche de justice ": affronter les préjugés anticléricaux, renforcés par les scandales dont le Vatican est la cible. " Je me sens un peu comme un pneu dans un port censé contenir le choc entre un bateau et le quai d'amarrage ", image-t-il en référence à son rôle de médiateur entre l'Eglise et la population. " Parfois, la bourrasque est forte et le bateau arrive très vite." Autrement dit, les critiques sont virulentes.

François Brahier se passerait bien de devoir, comme chaque membre de l'Eglise, se justifier sur ces esclandres à grande échelle, lui qui prône le soutien de proximité.


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