31.07.2012, 00:01  

Une jambe en moins, il revit

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Rinaldo Tomaselli: même amputé d'une jambe, le citoyen de Saicourt établi à Istanbul depuis 18 ans renaît à la vie. 
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Par PIERRE-ALAIN BRENZIKOFER

JURA BERNOIS - Rinaldo Tomaselli n'a pas pu échapper à l'amputation.

Il n'a pas pu sauver sa jambe, Rinaldo Tomaselli. Mais l'appel à l'aide lancé par cet enfant de Saicourt établi à Istanbul via Facebook et relayé par la presse lui a sûrement sauvé la vie. Il a ainsi pu financer l'intervention chirurgicale qui a littéralement permis d'éviter une issue fatale. Furtif rappel des faits. Etabli depuis 18 ans à Istanbul où il officie comme guide aussi cultivé que culturel, l'homme, suite à une opération au talon d'Achille mal soignée, s'était retrouvé sans assurance, mais aussi avec un pied qui lui causait des douleurs intolérables.

Corollaire: il demeurait cloîtré chez lui et dans l'impossibilité d'organiser des visites touristiques. Les antibiotiques et même la morphine ne l'empêchaient même plus de souffrir le martyre. Au point qu'il s'avoue aujourd'hui soulagé, serein et plein d'optimisme. Avec une jambe en moins...

Joint hier par téléphone à Istanbul, Rinaldo Tomaselli nous a confié qu'il était très pénible de devoir subir une amputation. "Mais quand on a littéralement connu l'enfer, on accepte cette situation. Tenez! Aujourd'hui, je me sens cent fois mieux qu'avant l'opération."

La dernière qui sonnait

Comme esquissé plus haut, il était véritablement midi moins une quand le citoyen de Saicourt est passé sur le billard: "J'étais à deux doigts de l'infection généralisée", confirme-t-il. " Vous savez, j'ai longtemps hésité à lancer cet appel. Ce n'est véritablement que quand j'ai compris que je n'avais plus d'autre solution que je m'y suis résolu. Finalement, j'en suis heureux, car les gens ont répondu tout de suite."

A l'hôpital, quand les médecins ont examiné son pied, ils lui ont fait savoir qu'il serait préférable d'amputer la jambe en dessus du genou. "Moi, je m'étais fait à l'idée de perdre uniquement mon pied. Mais on m'a dit que dans ce cas de figure, une rechute n'était pas à écarter et qu'on ne pouvait me donner aucune garantie de guérison définitive. J'ai eu deux minutes pour me décider et j'ai accepté de sacrifier ma jambe..."

Plus vite que prévu

Bref, notre interlocuteur a été opéré le 6 juillet. Aujourd'hui, il affirme se remettre très bien et bien plus vite que prévu: "J'ai une belle cicatrice et les douleurs sont désormais supportables."

Phénomène constaté chez toutes les personnes amputées, la douleur est la plus vive là où le membre n'existe plus. Rinaldo Tomaselli avait déjà entendu parler de ces "douleurs fantômes" et affirme qu'en ce qui le concerne, tel est bien le cas. On lui a toutefois assuré qu'elles finiraient par disparaître dans un délai oscillant entre six mois et une année. Il a d'ailleurs bon espoir que la pose d'une prothèse lui permette d'atténuer ses souffrances.

Une incroyable générosité

Revenant sur le mouvement de solidarité qui s'est déclenché suite à son appel à l'aide, l'homme précise qu'il a d'abord eu recours à sa propre liste d'adresses avant d'avoir recours à Facebook: "A ce moment-là, tout s'est emballé. De nombreux utilisateurs ont répercuté ce message sur leur propre compte, à tel point que j'avais déjà de l'argent sur mon compte au lendemain de l'appel. Enfin, l'article paru dans la presse régionale a permis de toucher des gens qui m'étaient inconnus. Les dons ont afflué de Bienne, de Court, du Plateau de Diesse, de Moutier et même du Jura, régions où je ne connais en effet à peu près personne. D'une manière générale, je puis désormais confirmer que les petits ruisseaux font bel et bien les grandes rivières, eu égard à la somme que j'ai reçue. J'ai vraiment été profondément touché par toutes ces marques de solidarité. Evidemment, les gens de ma famille et de mon entourage en Suisse se sont également mobilisés de façon extraordinaire."

Dans ce contexte, l'intéressé a entamé avec enthousiasme sa rééducation. Les premières séances de physio ont ainsi débuté trois jours après l'opération. Il faudra encore que le moignon se forme. Quand ce sera le cas, Rinaldo Tomaselli pourra avoir recours à une prothèse provisoire pendant trois mois.

Coûteuse prothèse

Après, il s'agira d'acquérir une prothèse définitive. Un nouvel écueil, tant il est vrai qu'un ustensile performant coûte la bagatelle de 20 000 euros, somme qu'il ne possède évidemment pas. Mais comme il n'a pas envie de boiter toute sa vie avec un modèle mécanique, il espère quand même dénicher un appareil plus sophistiqué.

"En consultant internet, j'ai constaté qu'une entreprise biennoise était considérée comme la meilleure au monde."

Rinaldo Tomaselli fait allusion à Botta Orthopédie, active dans plus de 45 pays: "Je suis entré en contact avec ses responsables et j'attends un devis. J'espère que je pourrai trouver un arrangement satisfaisant. En traitant avec eux, je pourrais séjourner chez des membres de ma famille établis dans la vallée de Tavannes, de façon à pouvoir descendre à Bienne chez Botta pour les ajustements..."

Histoire de revenir à Istanbul, notre homme compte bel et bien retrouver le terrain qu'il a dû abandonner depuis deux ans. Il dit déborder de projets pour son agence touristique. Aujourd'hui, il a déjà quitté l'hôpital et, muni de béquilles, il a procédé à la taille des arbres de son jardin: "J'ai retrouvé mes repères. Songez que pendant deux ans et demi, je n'ai plus marché, je ne suis plus sorti de chez moi et je n'ai plus vu qui que ce soit."

Alors, on comprend qu'il se réjouisse de renouer avec les visites guidées. Certes, pour sa petite entreprise, il pouvait compter sur une dizaine de guides free lance s'exprimant dans diverses langues. Mais, pour les visites pointues qu'il avait l'habitude d'assumer, il ne pouvait miser que sur un seul collègue.

"Vous savez, insiste-t-il, cette entreprise a toujours bien fonctionné. Bien sûr, je ne serai jamais millionnaire. Mais si j'ai dû me résoudre à faire appel à la générosité des gens, c'est parce que les frais médicaux étaient trop lourds à supporter."

Il faut savoir qu'en Turquie, les contrats d'assurance sont valables pour une année. Mais la sienne, qui avait beaucoup payé pour son talon d'Achille, n'a pas voulu renouveler le contrat après avoir constaté que sa plaie n'était pas guérie... L'homme a ensuite dû essuyer d'autres refus similaires, tant et si bien qu'il s'est retrouvé pris au dépourvu avec des frais d'hôpital avoisinant les 1000 euros par jour et des factures d'antibiotiques estimés à 1000 euros pour dix jours. Nul besoin d'épiloguer, donc.

"Pourtant, ce n'est que quand je me suis littéralement senti au bout du rouleau que je me suis décidé à lancer cet appel. Avant, je n'osais pas" , insiste-t-il.

Franchement, qui pourrait le lui reprocher?

Les dons peuvent être envoyés à Crédit Suisse, succursale de Tavannes, rue HF-Sandoz. Titulaire: Rinaldo Tomaselli, Saicourt. Compte 0545 990074-52. IBAN CH16 0483 5099 0074 5200 0. SWIFT: CRESCHZZ80A. Mention: SOS pied (n'oubliez pas votre nom).

Le site touristique de Rinaldo Tomaselli: http://istanbulinsolite.com/

L'appel des monts d'ici

Cela n'a pas forcément un rapport avec son amputation, mais Rinaldo Tomaselli n'envisage pas de finir sa vie en Turquie. A 48 ans et après 18 ans passés à Istanbul, où il est littéralement parti de rien, l'homme avoue que les montagnes du Jura commencent à lui manquer.

En 2007, lors de notre rencontre à Saicourt, il nous avait d'ailleurs confié qu'il se verrait bien exercer sa profession de guide culturel et touristique en Suisse. "Cela ou autre chose" , complète-t-il aujourd'hui. " Car ce ne sont surtout pas les idées qui me manquent."

Par contre, notre homme n'a aucune envie de laisser tomber tout ce qu'il a patiemment construit à Istanbul littéralement sans un sou au début de l'épopée: "Non, je ne puis abandonner mon bébé" , estime-t-il. " Mais il doit bien y avoir un moyen de maintenir cette agence en vie et de la contrôler depuis la Suisse. Cela va se faire. Mais je ne sais pas quand."

Dans quelques années? Pour l'instant, Rinaldo Tomaselli se contente de renaître à la vie. Sur ces rives du Bosphore qu'il espère bien pouvoir arpenter au plus vite!


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