27.07.2012, 00:01  

"C'est comme si c'était la guerre!"

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L'image de cet avion qui se détache sur un paysage estival est plutôt belle pour les yeux, mais la réalité est moins agréable pour les oreilles des habitants. 
FORCES AERIENNES
Par KATY ROMY

CHASSERAL - La mairesse de Lamboing Monique Courbat propose de lancer une initiative populaire contre les bruyants PC-21. Pour l'armée, la zone d'exercice ne peut être abandonnée.

"C'est un bruit de sirènes de guerre." La mairesse de Lamboing, Monique Courbat, décrit ainsi les nuisances sonores provoquées par les survols du Chasseral par les élèves de l'école de pilotes des Forces aériennes à bord de leurs PC-21. Irritée, elle a demandé à la Conférences des maires du Jura bernois (CMJB) de préparer une initiative populaire pour "éradiquer ce problème" . Les Forces aériennes se bornent toutefois à répéter que cette zone aérienne militaire ne peut être abandonnée et que le bruit est donc un mal nécessaire.

Monique Courbat monte au créneau pour combattre les nuisances sonores engendrées par les entraînements des apprentis pilotes de l'armée suisse pour deux raisons principales. D'une part, elle affirme que le bruit des aéronefs dérange. D'autre part, elle craint que le tourisme n'en pâtisse. "Dans le parc Chasseral, nous attirons des touristes qui viennent en famille pour se reposer. Si ces désagréments continuent, ils vont fuir" , craint-elle.

La mairesse de la petite commune considère qu'une initiative aurait l'avantage d'impliquer les citoyens, car l'action des acteurs politiques ne lui paraît pas suffisante. La CMJB ne semble toutefois pas croire à cette solution. "Nous allons en discuter à la prochaine séance du comité mais nous ne nous lancerons probablement pas dans cette action" , commente le secrétaire de la CMJB André Rothenbühler, sceptique quant à l'efficacité de cette mesure.

"Les PC-21 produisent un son aigu qui peut être dérangeant" , reconnaît Laurent Savary, suppléant du chef de la communication des Forces aériennes. Toutefois, il rappelle que la Confédération confie aux Forces aériennes la mission d'assurer la sécurité de l'espace aérien suisse. "Pour assumer ce rôle, nous devons former des pilotes qui doivent s'entraîner quelque part au-dessus de notre pays", commente-t-il.

Certes, l'entraînement des pilotes est nécessaire, mais Monique Courbat aimerait qu'ils aillent voler ailleurs. "Je pense que l'armée choisit notre région car il n'y a pas les riches touristes de Gstaad et ses environs" , postule-t-elle. Une idée dénuée de fondement, selon Laurent Savary: "Le tourisme n'est pas du tout un critère. La Suisse est tellement concentrée qu'il y a des touristes partout. Si nous utilisons cette zone, c'est que nous en avons besoin." Il précise que l'organisation complexe de l'espace aérien suisse n'offre pas d'autres alternatives. "Si nous étions au bord de la mer, nous ferions ces vols au-dessus de l'eau pour ne déranger personne" , assure-t-il.

Un long combat

La guerre contre les cris stridents des PC-11 est déclarée depuis leur introduction, en juillet 2008. "Les plaintes ont augmenté à ce moment-là" , indique Laurent Savary. Cet avion turbopropulsé (à hélice) est utilisé pour la formation avancée des pilotes d'avions de combat, avant leur passage sur F /A-18. Il a remplacé dans cette fonction le jet de combat F-5 Tiger. Comme l'explique Laurent Savary, la tonalité du bruit émis par les nouveaux engins est plus aiguë et donc plus désagréable que celle qu'émettent les anciens.

En effet, ce n'est pas la première fois que Monique Courbat s'insurge contre le bruit des avions et elle n'est de loin pas la seule à s'en indigner. En 2011, elle avait adressé une lettre à Ueli Maurer, chef du Département fédéral de la défense, pour lui exposer la situation. "D'autres communes l'ont également fait mais nous avons tous reçu la même réponse bidon" , déplore la professeure de français au gymnase de Bienne. Dans sa réponse, le conseiller fédéral avait expliqué que trois secteurs d'utilisation du PC-21 sont délimités. "Les Forces aériennes essaient, dans la mesure du possible, de voler au-dessus de zones moins habitées, d'éviter les zones protégées, mais la petite taille de l'espace aérien empêche souvent de le réaliser", écrivait Ueli Maurer.

À La Neuveville, les nuisances sonores provoquées par les avions de combat avaient donné lieu à une motion. Déposée par la conseillère générale Anne-Claude Christen, elle priait l'exécutif d'intervenir auprès des autorités compétentes pour "demander que l'espace réservé aux acrobaties aériennes soit déplacé en d'autres lieux." Cette action n'avait néanmoins pas eu plus de succès que les autres.

Il semblerait que ceux qui souffrent du bruit auront du mal à déplacer un espace aérien en place depuis 40 ans .


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