07.07.2012, 00:01  

Un sondage donne le RER gagnant

chargement
Opposants et partisans du projet vont mettre les bouchées doubles pour séduire les indécis d'ici au 23
septembre. 
RICHARD LEUENBERGER
Par DELPHINE WILLEMIN

CANTON DE NEUCHATEL - A en croire l'enquête menée début mai auprès d'un millier de personnes, le réseau de transports publics séduit une majorité de la population. Mais il y a beaucoup d'indécis.

Si les Neuchâtelois avaient dû se prononcer début mai sur le projet de RER-Transrun, le oui l'aurait emporté, à en croire le sondage commandé par la Ville de la Chaux-de-Fonds et dont les résultats ont été publiés hier. Sur le millier de personnes interrogées, toutes en âge de voter et disséminées dans l'ensemble du canton, 43,2% auraient accepté le projet à ce moment-là, tandis que 38,4% auraient voté non. La proportion d'indécis est élevée, elle regroupe près d'un sondé sur cinq (18,1%). Partisans et opposants vont tout faire pour les séduire jusqu'au scrutin du 23 septembre.

Selon l'enquête menée par l'institut Mis Trend, c'est surtout l'amélioration de la liaison Neuchâtel - La Chaux-de-Fonds qui séduit les personnes favorables au projet. A l'inverse, dans le camp du non, c'est le coût du projet - 919 millions de francs au total, dont 559 millions à charge des collectivités publiques neuchâteloises - qui fait peur. La marge d'erreur est de plus ou moins trois pour cent.

Sans surprise, le RER passerait facilement la rampe dans les districts de la Chaux-de-Fonds et du Locle. Il serait en revanche rejeté dans le Val-de-Travers et le Val-de-Ruz, ainsi que dans le district de Boudry. A Neuchâtel, le résultat est extrêmement serré (123 oui contre 121 non).

Quant au profil politique des votants, le non l'emporterait dans les milieux de droite, où l'on constate le plus de doutes financiers. Les personnes à sensibilité de gauche se prononcent assez nettement pour le projet.

Courte campagne

Les adeptes du projet ne fanfaronnent pas, même si cette prise de température les donne gagnants. Laurent Kurth prend des pincettes: " Je suis partagé entre un sentiment pas trop défavorable et une inquiétude. " Aux yeux du conseiller communal chaux-de-fonnier, le fait que le oui domine avant les débats au Grand Conseil et les précisions apportées par le Conseil d'Etat est de bon augure. Mais il craint que la campagne soit trop courte pour convaincre de nouveaux citoyens. Il estime qu'il faudra concentrer les efforts sur les jeunes, peu intéressés par le projet. Et faire passer le message que le projet ne se limite pas à la liaison ferroviaire Haut-Bas. " Il permettra une meilleure connexion du canton vers l'extérieur, avec l'amélioration de la ligne du Pied du Jura. "

Du côté des opposants, on se prépare à mener campagne tambour battant dès la mi-août, une fois les vacances passées. " Ça nous laissera un bon moispour convaincre les indécis ", note Raymond Clottu, membre du comité "Transrun non" en cours de constitution (notre édition d'hier). Il ne se dit pas surpris par le résultat du sondage. " Selon ce que j'entends sur le terrain, je pense que c'est 50-50 à ce jour, et qu'il y a encore plus d'indécis. A nous d'être efficaces pour leur expliquer qu'on ne peut pas se payer ce projet, puisqu'on n'a déjà pas les moyens d'entretenir nos routes. "

Si les responsables du RER-Transrun avaient mal perçu le lancement de ce sondage avant la campagne officielle, le conseiller d'Etat Claude Nicati est satisfait que les résultats ne soient publiés que maintenant. " Nous sommes dans la phase citoyenne, je tenais à ce que les votes du Grand Conseil ne soient pas influencés. "

Les Neuchâtelois appelés aux urnes

Les citoyens neuchâtelois sont désormais "convoqués": dans la "Feuille officielle" qui a paru hier, la chancellerie d'Etat a fait paraître l'arrêté de convocation des électrices et électeurs pour les votations fédérales et cantonale du 23 septembre. La votation cantonale porte sur le décret du 26 juin 2012 "portant modification de la constitution cantonale". Autrement dit le décret prévoyant la réalisation du RER-Transrun et l'équilibre du budget cantonal tout au long des 25 ans durant lesquels le canton procédera au remboursement de l'emprunt nécessaire à la construction du nouveau réseau ferroviaire et du tunnel entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel.

En d'autres temps (à l'époque où existait encore le référendum financier obligatoire), il n'aurait pas été nécessaire de modifier la constitution cantonale. Si les autorités cantonales ont choisi de le faire, c'est parce que toute modification de la constitution est soumise au peuple. Au vu de l'importance du projet, le Conseil d'Etat et le Grand Conseil ont en effet souhaité que la décision finale soit prise par l'ensemble des citoyens.

Si les autorités cantonales avaient choisi de ne pas modifier la constitution, il y aurait eu votation tout de même: le décret aurait très probablement été combattu par référendum. Mais dans ce cas, les Neuchâtelois se seraient prononcés à l'issue d'un processus d'"opposition", alors que les autorités voulaient que ce processus soit "ouvert": oui ou non au projet, tout simplement.

La convocation des électeurs marque la première étape au cours de laquelle ceux qui estiment que la votation du 23 septembre ne respecte pas l'unité de matière ont la possibilité de faire recours (notre édition d'hier). L'UDC, majoritairement opposée au projet, a déjà annoncé qu'elle utiliserait cette éventuelle faille juridique pour le faire avorter. PHO

  Vous devez être identifié pour consulter cet article

Top