01.12.2017, 11:08

Un Neuchâtelois a pu voyager en Corée du Nord, il témoigne

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Le Neuchâtelois montre l’écriteau sur lequel il est noté «visite du général Kim Jong II le 12 décembre 2004». «Ce soir là, nous avions dormi dans la chambre où le général avait séjourné durant une nuit.»

 01.12.2017, 11:08 Un Neuchâtelois a pu voyager en Corée du Nord, il témoigne

Corée du Nord Le Neuchâtelois Clément Chèvre, 32 ans, a passé dix jours, en compagnie de Grégory Jaquet, dans le pays dirigé d'une main de fer par Kim Jong-un. Un voyage pas banal dans un pays qui ne l’est pas moins. Il en retient avant tout l’extrême gentillesse des gens.

«C’est le dernier bastion du communisme, dont on parle beaucoup actuellement. C’est intéressant d’avoir un autre point de vue, de voir ce pays de l’intérieur», raconte le Neuchâtelois.

«J’ai voyagé comme un touriste. Je ne peux pas prétendre que je connais la Corée du Nord», précise Clément Chèvre (à gauche sur la photo en compagnie de Grégory Jaquet)....

«C’est le dernier bastion du communisme, dont on parle beaucoup actuellement. C’est intéressant d’avoir un autre point de vue, de voir ce pays de l’intérieur», raconte le Neuchâtelois.

«J’ai voyagé comme un touriste. Je ne peux pas prétendre que je connais la Corée du Nord», précise Clément Chèvre (à gauche sur la photo en compagnie de Grégory Jaquet). «Les gens pourraient dire qu’on finance un régime totalitaire en allant là-bas. Moi, je pense plutôt avoir planté une petite graine dans la tête des habitants.» 

«Truman Show»

Les camps de concentration, la famine des années 1990, Clément Chèvre n’est pas dupe. Pour lui, le pouvoir est à blâmer. «La population est en complet décalage avec le reste du monde. A l’école, ils n’apprennent que l’histoire des Kim. C’est un peu le Truman Show», dit-il en référence au film de Peter Weir. Jim Carrey y interprète un personnage, qui vit une téléréalité à son insu depuis sa naissance.

«Les gens sont extrêmement gentils. Ils ne comprennent pas ce qui se passe», constate-t-il. «En Occident, on parle d’un pays belliqueux. Les dirigeants nord-coréens brandissent l’arme nucléaire comme une protection. Mais les sanctions contre le pays touchent d’abord la population. Kim Jong-un n’en a rien à faire. Le peuple est malheureusement pris dans un mensonge.»

>> A voir: la bande annonce du film The Truman Show

Arrivée

Pour rejoindre la Corée du Nord, les Neuchâtelois transitent par la Chine. L’agence de voyages spécialisée (lire ci-dessous) s’est occupée des visas pour le royaume ermite. Depuis Pékin, ils prennent le train qui les amène en 26 heures à la frontière nord de la Corée. Les pays sont séparés par une rivière. «D’un côté la ville chinoise illuminée, de l’autre la nuit noire.» Le passage de la frontière est prévu le lendemain.
Les garde-frontière chinois sont tendus. Pyongyang vient d’effectuer un nouvel essai nucléaire. «Nous traversons un pont à pied derrière un soldat chinois.» 

Au bout, un comité d’accueil nord-coréen attend les touristes, qui sont fouillés. Un inventaire de leurs appareils électroniques est dressé. Pas question en effet de laisser le moindre appareil entre les mains d’un habitant avant de quitter la Corée du Nord. Le tout prend deux heures et demie. Qu’importe! «Nous avons ressenti une certaine euphorie en entrant dans le pays», relève Clément Chèvre.

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Surveillance

Les Neuchâtelois voyagent en compagnie de sept autres touristes, des Canadiens, des Allemands, des Néerlandais. «Pour notre groupe, il y a un représentant de l’agence de voyages, deux guides, un guide pour surveiller, un chauffeur et, dans chaque lieu, un guide spécialisé, souvent une militaire. A Pyongyang, c’était deux femmes en civil», explique le Vallonnier. Les guides parlent anglais. 

Les contacts? «Nous avons pris une bouteille d’absinthe. La magie de ce liquide, qui se trouble dans l’eau, a joué. Les langues se sont déliées. Nous avons vraiment vu le décalage. Ils n’ont aucune idée de ce qui se passe dans le monde.» 

La nourriture, durant le périple, a toujours été abondante. «Des soupes, de la viande. Beaucoup de bière. De l’alcool, on en trouve partout, aussi de l’alcool distillé.» Les touristes n’ont pas trop de problèmes pour prendre des photos. «Avant tout, les guides ne veulent pas qu’on montre la pauvreté du pays.» 

Le nord

Les voyageurs passent les cinq premiers jours dans le nord. Le voyage se fait en bus privé. «Le premier jour, nous n’avons pas croisé une seule voiture. Ce n’est pas conventionnel, beaucoup plus authentique que la capitale», relève Clément Chèvre. «Nous voyons des chars à bœufs pour transporter la paille. Les paysans vivent comme au début du 20e siècle.» 

Une nuit, les Vallonniers dorment dans une petite maison. «Une famille de niveau social plus élevé. Nous avons très peu parlé, car ils ne savent pas l’anglais. Mais ils sont très accueillants. Il y a toujours un premier abord sérieux, puis un sourire chaleureux.» Du maïs sèche sur le sol, il y a un jardin potager. «Pas d’eau courante, mais du chauffage.»

Après ces cinq jours, les Neuchâtelois prennent l’avion pour Pyongyang. A l’aéroport, «l’ambiance est juste surréaliste. La salle d’attente, on aurait dit un tribunal avec des militaires. Tout est éteint. Il y a la Musique qu’on entend tout le temps, militaire.»

Pyongyang

«Pyongyang est beaucoup plus développée qu’on peut le croire. Les gens sont plus libres. Ils gagnent leur vie, peuvent avoir des téléphones cellulaires. Ils peuvent aussi se procurer des séries sud-coréennes sous le manteau», a pu se rendre compte le Vallonnier. A leurs risques et périls. 

«Dans la rue, les gens ne discutent pas. Il y a toujours une autorité qui est là. Nos guides nous demandent si on parle de la Corée du Nord chez nous. Ils croient que c’est un modèle», souligne-t-il. «La capitale est une vitrine du pays. La ville est propre, belle, colorée, pas grise comme on pourrait l’imaginer.»

Une septantaine de suisses se rendent en corée du nord chaque année

Combien de Suisses se rendent chaque année en Corée du Nord? «Environ 70», répond Stephan Roemer, directeur de Tourasia, une agence qui propose des voyages en Corée du Nord. Cette destination figure dans son catalogue depuis 15 ans. En général, les touristes jugent de manière positive leur séjour. «Des clients y sont même retournés. Nous avons toujours des commentaires positifs en ce qui concerne les guides, le logement et la nourriture», relève Stephan Roemer. 

«En toute franchise», lit-on dans le catalogue de Tourasia, «la Corée du Nord ne peut pas se visiter individuellement et la liberté de mouvement des voyageurs est fortement limitée. Dès votre arrivée jusqu’à votre départ, vous serez accompagnés par deux guides autochtones.» Pour entrer en Corée du Nord, il faut un visa. Il est facile à obtenir une fois le circuit réservé. Tourasia en propose à partir de 1090 francs pour cinq jours/quatre nuits, voyage pour Pyongyang non compris.

Deux voyageurs d’ici en photo sur le site du «New York Times»

La visite de la zone démilitarisée de Panmunjon, qui sépare Corée du Nord et du Sud, est incontournable. Les deux Neuchâtelois, en ce jour de fin octobre, ignorent que le secrétaire d’Etat américain à la Défense Jim Mattis y sera aussi. Mais, de l’autre côté de la frontière (photo de Clément Chèvre ci-dessous).

«Les gens ont été complètement surpris de nous voir», se remémore Clément Chèvre. Des photos ont été prises par la presse américaine. Du coup, les deux hommes (en training bleu sur la photo Keystone ci-dessus) se sont retrouvés, notamment, sur le site internet du «New York Times». «Après avoir passé dix jours en Corée du Nord, je trouvais les Américains beaucoup plus agressifs.Je me sentais du bon côté. Les jeunes soldats nord-coréens souriaient.»

La ville de Keylong (ci-dessus): «C’est ma photo préférée, elle en dit long sur la Corée du Nord. Elle est pleine de symboles: l’autorité présente à chaque carrefour, des grands boulevards sans voiture. Les deux enfants au premier plan appuient encore plus le fait qu’il n’y a aucun trafic. Ils se sentent en sécurité au milieu de la route. Les gens marchent ou roulent avec leur vélo. Ils sont très disciplinés. Ils traversent sur les passages piétons sans se parler ni se regarder», relève Clément Chèvre.


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