14.06.2012, 00:01  

Sa croisade contre le Guichet unique

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Souriante mais remontée, Sylvia Bloch a décoché une salve de flèches contre le Guichet unique. 
DAVID MARCHON
Par SANTI TEROL

CYBER-ADMINISTRATION - Grand-maman ringarde mais d'attaque, l'entrepreneuse Sylvia Bloch s'est fendue d'une brochure délirante contre "Jean du Château" et les "gens du Château"

Sylvia Bloch est certainement une grand-maman gâteau. Mais qu'une administration vienne se mettre en travers de son chemin et voici l'entrepreneuse de Corcelles se draper d'un féroce cynisme. L'objet de sa colère tient en deux mots: "Guichet unique". Dans son collimateur: toute la caste logeant au château de Neuchâtel, à qui elle déclare la guerre avec en ligne de mire Jean Studer plus particulièrement .

Cette dame n'a pas supporté la publicité "infosimpôt" parue en février dans votre quotidien. Elle vantait, notamment, le Guichet unique, dont l'inscription était décrite comme simple, rapide et gratuite. Trois vocables qui sont restés en travers de la gorge de Sylvia Bloch. Ni une ni deux, elle édite une brochure de 16 pages d'une qualité d'impression digne des meilleurs documents de l'administration cantonale, intitulée: "Guichet unique - Parcours d'une combattante "ringarde" révolutionnaire et contribuable de la République et Canton de Neuchâtel". Elle y raconte avec malice (et une certaine dose de mauvaise foi par moments) son parcours du combattant pour s'inscrire à ce guichet, qui promet comme objectif "zéro paperasse".

Ni simple, ni gratuit, ni rapide

Dans son pamphlet, Sylvia Bloch commence par relever que le seul ordinateur dont elle dispose est celui de son entreprise, et il n'est pas connecté à internet. Elle se résout donc à en acheter un, personnel, avec imprimante-scanner et tout le tsoin-tsoin - "pas gratuit" , souligne-t-elle en couleur -, à se brancher à internet - "pas simple" - pour être en mesure d'imprimer, en double exemplaire, le contrat d'utilisation qu'elle doit - "pas bien!" - ensuite amener - "perte de temps" - à une autorité compétente.

A propos du logiciel Clic & Tax, Sylvia Bloch dirige sa diatribe contre "Jean du château" et les "gens du Château": "Si c'est (réd: payé) avec mes sous, je vous dis simplement... NON!" , lance-t-elle en taxant cet outil informatique de "mégalo maniaquerie (...) pour 15% des contribuables" . Et Sylvia Bloch de relever, avec une malice jubilatoire, deux lignes tirées d'un décompte intermédiaire de ses impôts: " Versez le tiers de la différence constatée avant le (...)" Comment, se demande la mémé ringarde, "faire le tiers de la différence quand le solde au bas de la page est de 0,00 franc" ?

La centaine d'exemplaires édités, à la limite du libelle, ont été distribués dans son entourage. Mais, "si les 'gens du Château' m'énervent de nouveau, je ferai un deuxième volet" , menace avec bonhomie la paisible grand-maman ringarde.

Plus de 20 000 utilisateurs inscrits

Le chef du Service informatique de l'entité neuchâteloise (Sien) remarque que plus de 20 000 utilisateurs sont inscrits au Guichet unique et que la courbe va en augmentant. "En moyenne, nous fournissons quelque 30 000 prestations par mois" , recense Jean-Luc Abbet. Dont l'accès aux impôts, aux faillites et poursuites, aux écoles ou encore au Service des autos . "Des professionnels, comme les garagistes ou les auto-écoles par exemple, apprécient le Guichet unique. Et cela va encore se développer au cours des années" , relève le chef du Sien. De plus, d'ici la fin de l'année, une nouvelle version informatique sera installée. Elle devrait être plus conviviale.

Faire fonctionner le Guichet unique suppose deux postes de travail à plein-temps en sus du travail des développeurs . "Nous tablons sur un budget de 500 000francs par an pour l'amortissement du système. Les coûts de développement sont à considérer comme des investissements", évalue Jean-Luc Abbet. Quant aux économies générées par le système, elles sont de deux ordres: directes (peu à peu l'Etat éliminera des prestations aux guichets physiques; en 2020 toutes les prestations devraient être disponibles au Guichet unique) et indirectes (facilité d'obtenir des prestations au guichet virtuel).

Frein sur le web

Reste que le Guichet unique est né bien avant l'arrivée des tablettes comme l'iPad. "Certains logiciels liés à la sécurité ne peuvent pas être exécutés sur ces tablettes, en l'occurrence un logiciel associé à la sécurisation du vote électronique. Par contre, toutes les autres prestations sont accessibles également sur iPad", relève le chef du Sien . "Le problème vient des nouveaux outils web, complètement fermés sur eux-mêmes et qui n'acceptent pas l'exécution de certains autres logiciels. Pour nous et pour des raisons financières évidentes, il est impossible de s'adapter en continu à tous les nouveaux terminaux qui sortent chaque mois et qui utilisent en plus des navigateurs différents." Le Sien apporte un soutien aux utilisateurs qui le demandent par courriel.


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