13.10.2017, 16:00  

Pantographe, Amar, LAC: l'avenir flou des lieux culturels alternatifs

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A Moutier, Neuchâtel ou La Chaux-de-Fonds, l'avenir des lieux culturels de la région est incertain.

 13.10.2017, 16:00   Pantographe, Amar, LAC: l'avenir flou des lieux culturels alternatifs

Squats et ex-squats - Contraint de quitter Moutier, le Pantographe lorgne sur des bâtiments près de Saint-Ursanne pour ses activités culturelles alternatives. A Neuchâtel, L'Amar cherche aussi des solutions. Le LAC semble mieux loti à La Chaux-de-Fonds.

Cela faisait quinze mois que l’équipe du Pantographe recherchait un nouveau logement. Quinze mois que ce «collectif pour la culture» avait été contraint de quitter son quartier général à Moutier, une friche industrielle appartenant à Tornos SA.

Ce départ avait tourné la page de dix ans d’occupation, plusieurs centaines d’événement organisés et d’artistes accueillis en résidence. 

Depuis, le Pantographe vivote. Hébergé par La Cantine à Delémont depuis juin 2016, il n’a cessé de chercher un autre bâtiment abandonné à...

Cela faisait quinze mois que l’équipe du Pantographe recherchait un nouveau logement. Quinze mois que ce «collectif pour la culture» avait été contraint de quitter son quartier général à Moutier, une friche industrielle appartenant à Tornos SA.

Ce départ avait tourné la page de dix ans d’occupation, plusieurs centaines d’événement organisés et d’artistes accueillis en résidence. 

Depuis, le Pantographe vivote. Hébergé par La Cantine à Delémont depuis juin 2016, il n’a cessé de chercher un autre bâtiment abandonné à investir.

Il a d’abord demandé un coup de pouce aux communes du Jura et du Jura bernois. «Environ un tiers d’entre elles nous ont répondu et seule deux nous ont fait une proposition, Saint-Imier et Tramelan», raconte Gilles Strambini, membre du Pantographe.

Sauf qu’aucune de ces solutions ne sied au collectif, qui cherche à payer sa location par la remise en état de lieux désaffectés. La situation est bloquée.

Bâtiment désaffecté

L’équipe se décide alors à se tourner vers le privé et parcourt la région à la recherche de friches exploitables. L’objet espéré leur apparaît au hasard d’une marche d’approche pour aller pêcher sur le Doubs, en aval de Saint-Ursanne.

Il s’agit de l’ancienne usine hydroélectrique de Bellefontaine, créée en 1903, appartenant depuis 1912 aux Forces Motrices bernoises (BKW) et remplacée par une nouvelle centrale en 1953. «Cependant, cette dernière sera finalement fermée le 31 mai 1972 faute de moyens pour la remettre en état», peut-on lire sur le Dictionnaire du Jura.

Le Pantographe y voit le lieu idéal pour ses projets. «L’ancienne usine électrique pourrait devenir un grand espace de diffusion, la petite maison avoisinante un espace de résidence, la grange des ateliers ou locaux de répétition», commente Gilles Strambini.

Ni une ni deux, l’équipe s’empresse de réclamer une rencontre avec le propriétaire. Mais le rendez-vous lui est refusé et BKW leur fait savoir qu’elle n’a pas l’intention de réaffecter les lieux d’une quelconque manière. 

Le Pantographe souhaiterait s'installer dans le bâtiment désaffecté de Bellefontaine. Photo: Christian Galley

Squat de 36 heures

Outré qu’un tel bâtiment historique – qui n’est toutefois pas inscrit au patrimoine  – soit définitivement laissé à l’abandon, le Pantographe se décide, après six semaines d’attente, d’occuper les lieux. C’était le 20 septembre dernier. Un squat en guise d’ultime recours, qui se fera version express.

Trente-six heures plus tard, en effet, trois responsables de BKW viennent sur place. «L’occupation n’a pas été longue, mais efficace», ironise Gilles Strambini. «La discussion s’est déroulée sans animosité. Nous avons le sentiment qu’ils ont reconnu que nous pouvions être un partenaire de confiance», assure Ondine Yaffi.

La rencontre est fixée au 16 novembre prochain. Les membres du Pantographe se montrent positifs quant à son aboutissement. «Et ils n’ont rien à perdre à trouver un arrangement», estime Gilles Strambini.

Qu’en sera-t-il en cas de refus? Les membres du Pantographe refusent pour l’heure d’envisager cette éventualité. Mais ils savent déjà qu’ils ne «s’arrêteront pas là». «Nous ne nous contenterons pas d’un simple refus», déclare Gilles Strambini. «Nous ne lâcherons pas l’affaire. Nous irons frapper à toutes les portes pour que le débat ait lieu», renchérit Ondine Yaffi. 

La sécurité avant tout

Du côté de BKW, on indique que l’objectif de cette rencontre est que le collectif  «puisse présenter son projet ou ses idées pour le site de Bellefontaine». Tout en précisant qu’ «une mise à disposition de ce bâtiment n’est pas envisageable en l’état actuel», une expertise externe ayant «déclaré insalubre» le bâtiment.

L’entreprise bernoise précise que, si elle a ouvert le dialogue, c’est aussi pour pouvoir expliquer au Pantographe que, pour elle, la priorité est «la sécurité des personnes qui occupent un bâtiment». 

L'ancienne usine électrique de Bellefontaine n'est plus exploitée depuis 1972. Photo: Christian Galley

 

«Le squat? Seulement en dernier recours!»

Le Pantographe l’assure, il ne veut pas créer un squat, synonyme d’occupation illégale. «Nous voulons développer notre projet sur le long terme et, pour cela, avons besoin d’une confiance réciproque avec les partenaires, de stabilité», juge Ondine Yaffi.

Mais «le squat peut constituer un mal nécessaire», estime Gilles Strambini. «Ce n’est pas un but en soi mais un moyen d’arriver à ses fins». Cela a été le cas à Bellefontaine. 

Un outil à disposition

En s’imposant, le Pantographe ne risque-t-il pas de faire de l’ombre aux FAC, autre projet de résidence artistique implanté deux mois par ans aux Fours à Chaux, à quelques pas de là?

Non, affirment les membres du collectif. «Nous ne serions pas en concurrence, car les FAC sont éphémères alors que nous serions présents toute l’année», répond Ondine Yaffi. «Le Pantographe ne constitue pas une offre supplémentaire. C’est un outil à disposition de toute personne qui a besoin d’un espace de création», justifie de son côté Gilles Stambini.

La culture alternative «nettoyée»

Selon les deux militants, il faudrait de toute façon «200 lieux comme le Pantographe pour compenser tout ce qui a été perdu en Suisse romande». Ils repensent à «L’Artemis», au «Rhino», aux «Ateliers mécaniques», aux «Toits du monde», aux «Temps modernes» et à plein d’autres.

Pour eux, c'est la culture alternative dans son ensemble qui a été «nettoyée» ces vingt dernières années. «Pourtant, c’est le laboratoire, la cuisine de la culture institutionnelle. Sans elle, cette dernière n’évolue pas», défend Ondine Yaffi.

Le LAC depuis quatre ans à La Chaux-de-Fonds

A La Chaux-de-Fonds, le collectif du Laboratoire autogéré de création (LAC) a pu trouver une entente avec le propriétaire de l’immeuble sis rue de l’Hôtel-de-Ville 21, soit la société ABS immobilier Sàrl à Corgémont. 

Installé depuis 2013 rue de l’Hôtel-de-Ville, le LAC a signé un contrat de confiance avec le proprétaire. Photo: Archives Richard Leuenberger

 

Contrat de confiance renouvelé tous les deux ans

Les sqatteurs avaient d’abord été évincés de cette maison à l’abandon, peu après leur entrée, en août 2013. Mais après discussion, «un contrat de confiance a été signé avec le propriétaire», explique Mathias Antonietti, membre du collectif. «Ce contrat est reconduit tous les deux ans.» 

Il stipule que le collectif doit s’acquitter d’un loyer de 250 francs mensuel. Un montant certes modeste pour l’immeuble de trois étages, mais l’état de délabrement de celui-ci explique cela. Depuis quatre ans, le collectif a retroussé ses manches pour réparer les fenêtres, isoler certains murs, installer un chauffage à pellets etc. «Le tout bénévolement et en achetant le matériel à nos frais», précise Mathias.

Depuis quatre ans, l’immeuble abrite divers ateliers, de bijouterie, menuiserie ou bricolages variés. Cela permet à ses membres de s’engager auprès d’associations chaux-de-fonnières pour la réalisation de leurs décors, telles que Les Etranges Nuits du Cinéma ou La Plage des Six-Pompes.

L’immeuble a par ailleurs été le théâtre de la rencontre autour du stop-motion organisée par l’association Gesticulation l’automne dernier. Et passablement de gens du quartier viennent se servir ou alimenter le le frigo collectif à disposition.

L'Amar avait squatté le bâtiment de la Rue de la Main, à Neuchâtel. Photo: Archives Lucas Vuitel

 

L'Amar à Neuchâtel

Dans le bas du canton, l’activité des squats est plutôt ténue. Ou cachée. Mais il reste un exemple racontant l’évolution d’une association: à Neuchâtel, le célèbre squat de la rue de la Main a été occupé par le collectif Ortica puis par L’Amar.

Le «Lieu autogéré multiculturel d’accueil et de rencontres» s’était installé dans l’immeuble en avril 2016, sans autorisation. Avant de devoir le quitter sur ordre de la Ville, un peu plus d’une semaine plus tard, pour des questions de sécurité. 

L’Amar avait ensuite pu investir une caravane sise aux Jeunes-Rives avant de se poser à la Coudre, où l’association est installée depuis novembre grâce à la mise à disposition de locaux par la Ville. 

Elle pourra y rester jusqu’en juin 2018 et, selon Louise Wehrli, membre de L’Amar, n’a pas encore de plan B: «Nous avons obtenu une certaine forme de reconnaissance et je suis assez confiante sur le fait que l’on ne va pas nous mettre à la rue. Nous allons tout prochainement demander un rendez-vous avec la Ville». Et tenter de trouver une solution sur le long terme.


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