02.08.2012, 00:01  

NeX permettrait de garder la ligne

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Par LEO BYSAETH

RER-TRANSRUN - Une solution par étapes en cas de non le 23 septembre?

C'est tout frais. Un bibliothécaire de La Chaux-de-Fonds, Pascal Ducommun, a envoyé à quelques connaissances le projet alternatif au RER-Transrun, sur lequel il a commencé à réfléchir il y a trois ou quatre ans.

Baptisée NeX, la nouvelle proposition se caractérise par le maintien quasi intégral de la ligne CFF actuelle.

"Le déclic, je l'ai eu lors d'une séance sur le projet Transrun au Club 44, en 2008 ou 2009. En sortant, je me suis fait la réflexion qu'un projet qui exige la suppression d'un tracé existant ne pouvait pas être un bon projet."

Il dénonce la "volonté de passer en force" des porteurs du projet: "Le Transrun étant, n'est-ce pas, seul à présenter les avantages du Transrun, il en découle de toute nécessité que seul le Transrun est souhaitable ou même possible", ironise-t-il.

Usager assidu

Armé de sa seule compétence d'usager assidu des CFF et de sa connaissance pointue de la littérature utopique et de science-fiction, le bibliothécaire chaux-de-fonnier dit avoir, depuis, "forgé son opinion".

Pour le concepteur de la nouvelle variante, "le Transrun est mauvais d'abord parce qu'il supprime six gares; ensuite, parce qu'il provoquera le transfert du rail à la route des usagers des gares supprimées; puis, parce qu'il prévoit des tunnels à une seule voie contrairement aux tunnels modernes; enfin, le financement, qui coincera le canton durant 35 ans."

Sur le financement, il se gausse: "Tabler sur un budget cantonal "bénéficiaire à hauteur d'environ 29millions de francs", "chaque année entre2023 et2047", c'est proprement halluciné!" écrit-il. "Ce mirage de casino fait bon marché d'une solide tradition locale en matière de déficits." Et de recenser exercices positifs et négatifs de 1894 à 2011, avec un net avantage (60%) aux premiers, synthétise-t-il. Il propose de procéder par étapes, que l'on financerait au fur et à mesure.

Il se dit "convaincu qu'il est bon que le Transrun échoue, car c'est une chance de proposer mieux."

Mieux, c'est NeX.

Présenté sur 10 pages, plus une page d'annexes et quelques cartes, NeX prend d'abord en compte un élément "oublié par les concepteurs du Transrun: à savoir que le réseau actuel a ses points noirs, mais aussi ses atouts", estime Pascal Ducommun. Principal "atout" de ce réseau tant décrié: "Il assure une bonne couverture du territoire, dont une bonne partie de l'agglomération de Neuchâtel." Il offre également au canton "quatre liaisons intercantonales et deux liaisons internationales."

Il propose de conserver ce réseau historique tout en l'améliorant. Il faut d'abord supprimer le rebroussement de Chambrelien. Ce qui pourrait être fait dès 2018, donc quatre ans avant le Transrun. "Déjà maintenant, avec le rebroussement, mais si on mettait des trains sans arrêts intermédiaires, on pourrait faire des trains La Chaux-de-Fonds - Berne, sans changement à Neuchâtel. En supprimant le rebroussement, on pourrait avoir un direct Le Locle - Berne en moins de 60 minutes!" Grosse amélioration, donc, pour un coût et une attente beaucoup moins longues que ce qu'exige le Transrun.

Population sous pression

Cela montre bien que la population est "mise sous pression". "On nous dit qu'il n'y a pas d'alternative et que le réseau actuel est complètement dépassé et, en même temps on nous demande d'attendre encore dix ans."

NeX, une fois terminé, ce serait: un nouveau tunnel (2 km) entre Montmollin et Chambrelien; une nouvelle ligne Les Verrières - Buttes; du côté Jura bernois, deux tunnels (Reuchenette-Frinvilier et Frinvilier-Baumont); enfin, NeX préconise "le doublement des tunnels de Neuchâtel au Col-des-Roches, voire jusqu'à Morteau". "Cela représente un percement moindre que celui voulu par le Transrun", affirme-t-il. Et faire sauter le goulet de Vauseyon, "cela ne peut pas coûter 300millions, il suffit de voir ce qui est fait sur la ligne du BLS Neuchâtel-Berne, où l'on construit pour 200millions un tunnel à double voie!" (lire à ce sujet la réponse de Michel Béguelin, ci-dessous).

En passant, il contre l'affirmation qu' "il n'y a pas de plan B". "C'est une blague", lance-t-il. "En cas de refus du Transrun on ne pourra pas en rester à ce que nous avons actuellement, il faudra bien plancher sur d'autres idées, la mienne donne des pistes post-Transrun!"

"Le oui fédéral au Transrun prouve que le projet est bien ficelé"

Le socialiste vaudois Michel Béguelin, qui a quitté en 2007 le Parlement fédéral après vingt ans de service, est une des voix les plus reconnues en Suisse pour ce qui est des dossiers ferroviaires. Pour lui, "si toutes les idées sont bienvenues", c'est "à condition d'avoir un lien avec la réalité". Or, réagit-il à chaud, sans avoir pu lire le texte à l'appui du projet NeX, "le Transrun est un bon projet qui a toutes les chances de se réaliser". Il concède qu'il a "le défaut du tout ou rien". C'est aussi "un gros investissement d'un coup, mais le potentiel d'amélioration est proportionnel au pari qu'il signifie". Améliorer le tracé actuel "par étapes n'aurait pas le même effet accélérateur sur l'économie neuchâteloise". Et conserver le passage par Chambrelien, même en supprimant le rebroussement, n'apporte pas une amélioration comparable à celle du Transrun. La nouvelle ligne "touche beaucoup plus de Neuchâtelois que la suppression du rebroussement, c'est une évidence!"

Quant à régler le problème du goulet de Vauseyon, une nécessité relevée dans le projet de Pascal Ducommun, "il n'est pas nécessaire d'être ingénieur pour se rendre compte que cela coûterait très cher." Les 300 millions articulés par les concepteurs ne lui paraissent pas du tout exagérés, contrairement à ce que pense le Chaux-de-Fonnier. "Comparer ce trajet en pleine zone urbanisée, où il faut opérer avec un soin extrême pour ne pas ébranler les fondations d'immeubles, avec un trajet en pleine campagne comme celui de Rosshäusern, c'est inepte!"

Dernier contre-argument, à destination de tous ceux qui trouvent que le Transrun est un mauvais projet: "Si la Confédération a approuvé ce projet, c'est la preuve qu'il est bien ficelé: les contrôles actuels, notamment par la délégation des Finances, sont très rigoureux. De tels investissements n'ont aucune chance de passer s'ils ne sont pas pleinement justifiés."

INFO+

Le projet en détail sur:

www.nex-21.ch (attention, il faudra peut-être patienter quelques jours pour que le site soit en ligne).

COMMENTAIRE LEO BYSAETH

lbysaeth@limpartial.ch

On aimerait y croire...

Décidément, le train stimule l'imagination. Entre Transtourne, Transrun Light, Transrun Light+ et désormais NeX, ils sont légion ceux qui pensent avoir résolu la quadrature du cercle, pratiquement seuls dans leur coin ou en s'inspirant de solutions évoquées par le passé et abandonnées sans espoir de rémission depuis belle lurette.

Le problème c'est qu'il ne suffit pas d'avoir raison partiellement pour convaincre les CFF et la Confédération de mettre la main au gousset. Le projet doit voir loin, desservir la plus grande région possible, répondre aux besoins du plus grand nombre d'usagers, créer les conditions d'un transfert modal et être rentable à long terme. Ce projet existe, n'en déplaise à ses détracteurs, c'est le RER-Transrun. Il n'est pas parfait, puisqu'il supprime des gares dont, soit dit en passant, l'immense majorité des riverains ne servent pas - à part la clientèle captive. Il coûte cher. Mais les soi-disant alternatives que nous proposent de sympathiques amateurs ne sont pas chiffrées.

D'autre part, le 23 septembre, on ne vote pas sur des alternatives éventuelles dont on ne connaît rien, mais sur un projet longuement étudié et approuvé par les instances plutôt pointilleuses: la Confédération et les CFF. On peut dire non. Mais croire que refuser le Transrun nous donnera une chance d'avoir mieux pour moins cher dans un délai raisonnable, c'est tout simplement s'aveugler du soleil de son propre génie.

LES OBJECTIONS DE FRANÇOIS CHERIX

François Cherix, chargé de communication du projet RER-Transrun qui a examiné à chaud la proposition NeX, explique en quoi celle-ci, selon lui, manque ses objectifs.

COUTS L'auteur de NeX ne chiffre pas le coût de ses propositions. Or, l'addition de toutes ses idées finirait par coûter beaucoup plus cher que le RER! Si l'on ajoute environ 200 millions pour assainir la ligne, 300 millions pour supprimer le goulet de Vauseyon, 100 millions au moins pour supprimer le rebroussement de Chambrelien, plus les divers tunnels imaginés, ainsi que le doublement de certains tronçons de voie, on obtient un montant très supérieur à celui du projet proposé au peuple neuchâtelois.

NEUCHATEL - LA CHAUX-DE-FONDS Les études ont montré qu'assainir la ligne existante n'était pas intéressant au plan socio-économique. C'est la transformation drastique de la liaison entre les deux grands centres du canton qui est économiquement rentable, socialement utile et politiquement sensée.

FLUX DES VOYAGEURS La réflexion de Pascal Ducommun manque ses objectifs parce qu'elle n'intègre pas les flux réels des voyageurs. Pour créer un RER, il ne suffit pas d'une carte et d'un peu d'imagination, il faut d'abord analyser et quantifier les déplacements, identifier les pôles d'activités, distinguer l'essentiel de l'accessoire, anticiper les développements de l'économie et les besoins des habitants. Le RER neuchâtelois n'est pas un jeu ferroviaire, mais une réponse globale et pertinente à des problèmes de transports scientifiquement identifiés et mesurés. C'est pour cela qu'il a le soutien des experts des CFF et de la Confédération.

COMMENTAIRE LEO BYSAETH

lbysaeth@lexpress.ch


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