21.05.2012, 00:01  

Le RER neuchâtelois fait débat

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TRANSPORTS - Voyager plus souvent et plus vite séduit, mais le coût effraie.

LEO BYSAETH ET LES REDACTIONS LOCALES

"Le RER? C'est quoi? Je suis un peu mal à l'aise, je ne sais même pas de quoi vous parlez en fait..." A l'instar de Dominique , une Chaux-de-Fonnière dans la quarantaine, beaucoup de Neuchâteloises et Neuchâtelois ne savent pas encore très bien ce que recouvre le terme "RER neuchâtelois". "Pourquoi de petits flyers ne sont-ils pas distribués régulièrement aux usagers, à la gare, ou ailleurs?" se demande-t-elle.

La plupart des personnes que la rédaction a interrogées aux quatre coins du canton croient pourtant en savoir assez pour exprimer un avis. Ceux que nous avons recueillis sont en majorité positifs, avec des bémols. Ce qui ne signifie rien, notre coup de sonde aléatoire n'ayant absolument rien de représentatif. Il permet néanmoins de faire ressortir quelques grandes interrogations, à quatre mois du scrutin. Beaucoup jaugent le projet à l'aune de leur propre usage des transports publics. Ceux qui, comme Dominique, disent "se déplacer plutôt en voiture", doutent de l'utilité d'un RER.

 

"Les CFF rigolent"

 

D'autres, comme le Bevaisan Kurt , 57 ans, qui ne veut pas du Transrun parce qu'il "n'amène rien ici (réd.: sous-entendu: "dans ma région" ), estiment que "ce sont les CFF qui sont gagnants dans cette affaire: Ils rigolent si l'on accepte ce projet. Par rapport à ce qu'ils devraient investir pour assainir la ligne actuelle, ils ne versent pas un franc supplémentaire."

Jean-Denis , de Cortaillod, retraité, se dit favorable au RER, pour des raisons écologiques. Mais il estime que "relier La Chaux-de-Fonds à Neuchâtel ne désenclave pas les Vallées. Ce sera difficile pour leurs habitants de monter dans le Transrun. Ou il ne va pas assez loin, ou on n'a pas prévu assez de liaisons."

Les gens qui n'habitent pas sur le tracé de la liaison directe entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds sont sceptiques. Ainsi, Louis , un retraité de Chézard-Saint-Martin estime qu' "avec le tracé prévu, la desserte du Val-de-Ruz est prétéritée. On parle d'une gare à Cernier, mais les habitants de Villiers, Savagnier, voire du Pâquier, ça va leur servir à quoi? Pour le Val-de-Ruz, c'est un coup dans l'eau, ça n'améliorera que la liaison Haut-Bas."

Jean-Michel Jeannerat , 55 ans, de Cernier décrit les avantages du projet: "Le Transrun me serait utile en raison du raccourcissement de la durée du trajet et de mes horaires irréguliers." Et "il moderniserait la ligne actuelle qui est complètement dépassée. Pour les pendulaires du Haut et du Bas, qu'ils soient étudiants ou travailleurs, ce serait aussi un avantage. Question pollution, on serait aussi gagnant."

Là où le bât blesse, si l'on se place du point de vue du Conseil d'Etat, qui porte le projet, c'est l'inquiétude largement partagée qu'il est trop cher pour le canton. Ainsi, Etienne , un quadragénaire de Cortaillod, estime que "le gros problème avec le RER et le Transrun, c'est qu'on se refout dans les dettes!" Sa solution, comme "dans les pays en voie de développement" qu'il a visités: "de petits bus privés qui font les navettes pour transporter les gens."

 

"Trop pharaonique"

 

Louis estime que le projet est trop cher: " Si on fait le calcul du gain de temps au niveau des trajets par rapport au coût que cela va engendrer, tout citoyen peut comprendre que c'est une dépense qui va s'échelonner sur trois générations." Sven , de Saint-Blaise, tranche: "Une très bonne idée, mais trop pharaonique."

Le flou semble encore régner dans beaucoup de têtes. Ainsi, Stéphane , un Chaux-de-Fonniers de 48 ans: "On dit que ça va être financé à moitié par le secteur public, à moitié par le secteur privé. C'est tellement flou, peu clair, qu'on n'a pas envie de s'engager dans le truc, quoi!"

La soif d'informations est perceptible. Ainsi, dit Jean-Michel , "avant de me prononcer, j'attends de voir comment, à travers sa campagne de communication, le canton va nous présenter le projet."

Le résultat de la votation dépend donc fortement de la capacité des porteurs du projet à diffuser une information complète et de qualité. Les débats publics dans toutes les régions, comme la documentation joueront un rôle déterminant. Enfin, il semble capital de lever les doutes sur la question de la capacité du canton à faire face financièrement sans imposer des sacrifices - baisse de prestations ou hausses d'impôts - qui conduiraient nombre de citoyens à rejeter le projet.

 

RAPPEL DES FAITS

 

Le 23 septembre prochain, les citoyens neuchâtelois devront dire s'ils acceptent ou non que leur canton se lance dans la construction d'un Réseau express régional (RER). Nous sommes allés à leur rencontre pour connaître leur opinion alors que les autorités peaufinent leur stratégie de communication (lire l'encadré).

 

Quelques éléments de la stratégie de communication en faveur du projet

 

Qui dit votation dit campagne. Et stratégie de communication. Quels en sont les contours? Nous avons jeté un regard dans les coulisses pour en connaître les grandes lignes.

COMPTE A REBOURS

Quatre petits mois pour décider les Neuchâtelois de dire oui à un projet à plus de 900 millions de francs (don 850 millions pour le Transrun), c'est peu, très peu. Demain, le Grand Conseil se prononcera sur les propositions issues des commissions qui ont planché sur le rapport du Conseil d'Etat. L'ampleur du consensus qui se dégagera donnera un indice, sinon sur l'état de l'opinion, du moins sur le degré d'adhésion du plus important organe représentatif cantonal. Si tous les camps politiques appuient le projet, cela prouvera qu'une majorité des représentants du souverain au plus haut niveau sont convaincus de sa nécessité. C'est une des conditions nécessaires, bien que non suffisante, pour remporter l'adhésion des citoyens. Si, au contraire, des clivages apparaissent, entre gauche et droite ou entre députés de telle ou telle région, les promoteurs du plus gros investissement public consenti dans le canton depuis la construction des voies de chemin de fer au XIXe siècle risquent d'échouer.

COMMUNICANT VAUDOIS

Le Conseil d'Etat est en ordre de bataille. Pour l'appuyer, il a fait appel à un consultant extérieur, le Vaudois François Cherix. L'homme a répondu à l'appel, car le projet le passionne. A la tête d'un petit bureau de communication, il bénéficie d'une expérience reconnue dans le domaine des transports publics et d'un réseau étendu. Il est conscient de la difficulté du défi à relever: convaincre les Neuchâtelois que oui, le RER est l'outil qui manque à leur canton pour affronter les développements qui les attendent, au lieu de les subir comme des fatalités. L'esprit vif, il résume en cinq coups de cuillère à pot les éléments centraux qui militent en faveur d'un investissement qui dotera le canton d'un outil au service de tous: le réseau est à bout de souffle, la demande explose, rien ne pourra se faire sans la suppression du rebroussement de Chambrelien et du goulet de Vauseyon, l'agglomération neuchâteloise ne pourra pas se développer sans le RER et les sous promis par les CFF et la Confédération seront perdus à jamais si le projet capote dans les urnes. Il rappelle que le RER, ce n'est pas simplement une liaison rapide entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, mais une refonte complète du système de transport public pour toutes les régions. Au-delà, le RER neuchâtelois serait une manière de relier toute la région à la Suisse occidentale, au plateau et à la Suisse alémanique.

LAUSANNE EN EXEMPLE

Il cite l'exemple du M2, la ligne de métro qui a changé la vie des Lausannois et d'une bonne partie des Vaudois. Il rappelle que - à l'instar de ceux qui estiment que le RER ne servira qu'aux pendulaires des villes et pas aux autres habitants -, les opposants au M2 développaient le même argument. Pourtant, 60% des Vaudois ont dit oui. Et l'effet induit par cette ligne urbaine se répand loin à la ronde. Les lignes régionales connaissent un nouveau développement. Le métro agit aussi comme un aimant, re-attirant au centre-ville des clients qui avaient déserté les petits commerces.

LES FINANCES

Les habitants se détermineront avant tout sur la capacité du RER neuchâtelois de répondre à leurs besoins quotidiens. Mais le point capital, c'est de lever leurs doutes sur la capacité du canton et des communes de supporter la charge financière que la réalisation de ce projet implique. Le montage financier est connu. La réalisation du Transrun (la liaison ferroviaire directe et rapide entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds), intégrée dans un réseau régional de transport qui vise à améliorer les liaisons y compris pour ceux qui ne vivent pas sur le trajet du Transrun, est devisée à 919 millions de francs. Sur cette somme, le canton et les communes supporteront 559 millions à raison de 40% pour les communes, 60% pour l'Etat. Un emprunt remboursable sur 25 ans sera conclu. Pour les communes cela représentera huit millions de francs par an. Reste à définir la clé de répartition entre les communes. Mais, ainsi réparti, le coût du RER-Transrun apparaît beaucoup moins déraisonnable que ne le laisse penser le total de l'addition. Et un autre argument qui sera défendu, c'est le retour sur investissement, un effet bénéfique qui s'est vérifié partout où un RER a été réalisé.


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