30.06.2017, 18:56  

Le capteur sans fil mis au point par le CSEM, une révolution en marche

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Le tensiomètre, en bas à gauche, peut être programmé pour être actionné, au mieux, une fois par minute.

 30.06.2017, 18:56   Le capteur sans fil mis au point par le CSEM, une révolution en marche

Innovation Notre rédaction a pu assister, au Chuv, aux préparatifs d’une opération chirurgicale aux côtés de l’équipe d’anesthésiologie dirigée par le Pr Schoettker. Reportage.

Bienvenue au Chuv!

Il est 7h10. Le Pr Patrick Schoettker, médecin-chef responsable anesthésie neurochirurgicale et ORL prend son service. Il embarque au passage les deux journalistes – l’un de plume, l’autre d’objectif – de L’Express/L’Impartial qu’il a invités à assister à une opération.
Avec l’accord du patient, nous allons assister à la première phase d’une opération lourde, qui doit durer 15 heures. Le patient subira une reconstruction de tissus endommagés par un cancer.

Plus que l’opération...

Bienvenue au Chuv!

Il est 7h10. Le Pr Patrick Schoettker, médecin-chef responsable anesthésie neurochirurgicale et ORL prend son service. Il embarque au passage les deux journalistes – l’un de plume, l’autre d’objectif – de L’Express/L’Impartial qu’il a invités à assister à une opération.
Avec l’accord du patient, nous allons assister à la première phase d’une opération lourde, qui doit durer 15 heures. Le patient subira une reconstruction de tissus endommagés par un cancer.

Plus que l’opération chirurgicale, le but de notre visite est de comprendre les enjeux de la surveillance des paramètres vitaux pour tout patient endormi.

Avant de pénétrer dans la zone des blocs, nous sommes invités à retirer tous nos vêtements, à l’exception des dessous. Et c’est revêtu d’une seyante blouse verte, d’un pantalon lacé à la taille, la tête protégée par un calot chirurgien et les pieds chaussés de crocs bleu pétant, que nous sommes admis à pénétrer dans la salle d’opération.

Numéro deux du Service d’anesthésiologie du Chuv, le Pr Patrick Schoettker (Crédit: David Marchon) supervise les opérations en cours ce matin dans plusieurs blocs opératoires.

Huit personnes – médecins, médecins-assistants, personnel infirmier – s’activent autour du patient, allongé sur la table d’opération. Les gestes sont précis. Chacun sait exactement ce qu’il a à faire. Très peu de paroles s’échangent. La concentration est maximale.

Que vient faire ici Michael Jackson?

Le patient est encore conscient. Dans quelques minutes il partira dans les bras de Morphée. Une fois endormi, sa vie dépendra entièrement de l’équipe médicale qui s’active autour de lui. Le médicament qui lui sera administré, ici grâce à une perfusion posée au pied gauche, provoquera une anesthésie générale. Avec une conséquence indésirable: l’arrêt de la respiration.

«Il y a de nombreuses substances à disposition. Dans ce cas, nous utiliserons du Propofol. C’est le produit que Michael Jackson utilisait», glisse le Pr Schoettker. «Seulement, lui, il n’avait pas une équipe d’anesthésistes autour de lui.»

Car, complète-t-il, si «tout le monde s’accorde à dire que la chirurgie a fait d’énormes progrès», il ne faut jamais oublier que «ces progrès n’ont été possibles que parce que l’anesthésie a fait d’énormes progrès.» Car maintenir artificiellement en vie un patient endormi durant de longues heures et le réveiller sans séquelles est un défi, une prouesse renouvelée chaque année des milliers de fois dans un hôpital comme le Chuv.

Respiration artificielle

Il faut donc mettre en place une respiration artificielle. Le futur opéré reçoit d’abord, au moyen d’un masque, une dose massive d’oxygène. Il s’agit d’éliminer le CO2 et l’azote de ses poumons. Ses globules rouges seront saturés d’oxygène, ce qui donnera à l’équipe médicale une marge de sécurité entre le moment où le médicament agira et celui où la respiration artificielle sera fonctionnelle.

Après l'anesthésie, le patient endormi est intubé. Il est désormais ventilé artificiellement. Crédits: David Marchon

Pour protéger ses voies aériennes de tout accident susceptible de les obstruer durant l’opération, le patient, une fois endormi, est intubé. Un tube est introduit par le nez pour être placé dans la trachée. Pour le type d’intervention prévue ce matin, cet abord est la seule voie possible, le chirurgien nécessitant un accès complet à la bouche du patient.

L’homme endormi est encore équipé d’une sonde urinaire et d’une sonde gastrique. Du corps étendu, recouvert d’un drap blanc, la tuyauterie et les fils débordent.

Il faudra en permanence, durant les 15h que doit durer l’intervention, mesurer les fréquences cardiaque et respiratoire du patient, sa pression artérielle, la saturation en oxygène de son sang et sa température.

Surveillance constante

Pour chacun de ces paramètres, il faut un équipement spécifique, relié à une unité centrale qui les restitue sur un écran.

Si une valeur varie trop par rapport à ce qui a été programmé, une alarme sonne. Certains équipements ne nécessitent pas de passer la barrière de la peau. Un simple autocollant permet de fixer le capteur ECG (électrocardiogramme). Un capteur pincé sur un doigt fournit la saturation en oxygène.

Le capteur est ici relié à un boîtier du CSEM. 

Pour la pression artérielle, on pose un tensiomètre dont l’activité peut être programmée selon l’intervalle désiré. Pour cette opération la pression sera mesurée toutes les deux minutes et demie.

Toutefois, l’appareil ne peut pas fournir plus d’une valeur par minute, le temps nécessaire pour gonfler, puis dégonfler le manchon.
Pour cette opération, l’équipe d’anesthésie a besoin d’une mesure continue de la pression artérielle centrale. Il faut pour 

Une technologie qui pourrait mettre fin à un long règne

"La technologie actuelle de mesure de la tension artérielle, basée sur un brassard qui obstrue la circulation artérielle, a plus d’un siècle."

Cadre du CSEM, le Dr Josep Solà coordonne l’activité de recherche dans la mesure des paramètres vitaux. Cela fait 10 ans, explique-t-il, que les chercheurs planchent sur la question. Il s’agit de trouver le moyen d’obtenir, chez un patient, une mesure continue et non invasive de la pression artérielle sans pour autant devoir l’équiper de tout un attirail inconfortable.

De plus, cette méthode de mesure qui exerce une pression sur le bras du patient provoque un stress qui influence la tension artérielle. "Le protocole médical altère le paramètre que l’on veut mesurer", synthétise le chercheur. Enfin, la prise de tension telle qu’elle est faite aujourd’hui ne donne que la tension mesurée à un instant précis.

Pour s’affranchir de ces contraintes, le CSEM creuse deux axes de recherche. L’un explore tout ce qu’on peut espérer obtenir avec des dispositifs placés sur la poitrine, dont les vêtements "intelligents" sont un exemple. L’autre se penche sur les capteurs ponctuels, que l’on peut placer partout sur le corps.

Reste à comprendre comment on peut mesurer la tension artérielle sans obstruer la circulation sanguine.

Pour cela, il faut remonter au fonctionnement du cœur. Chaque fois qu’il pulse, il envoie du sang dans le système artériel. Cela fait gonfler les artères, ce que l’on peut sentir en prenant le pouls.

Cette pulsation provoque une onde, appelée "onde de pouls", qui se propage dans le système artériel à très grande vitesse (40 km/h, contre 1 km/h pour le sang). C’est en mesurant en continu la vitesse à laquelle se propage cette onde que le capteur fournit les informations sur la tension.

Principe: le capteur fait simultanément une mesure cardiovasculaire centrale et une mesure cardiovasculaire périphérique. Il capte ainsi la vitesse de propagation de l’onde de pouls, c’est-à-dire le temps que met l’onde générée par le cœur pour arriver dans le système artériel périphérique. Cette mesure donne une information très précise sur beaucoup d’éléments, dont la tension artérielle. 


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