11.07.2012, 00:01  

"Je parle de sexe comme de cuisine"

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Par VIRGINIE GIROUD

"A la base, je ne voulais pas postuler à ErotikMarkt. J'ai toujours été pudique, pas du genre à parler de sexualité entre copines. Et je ne m'y connaissais absolument pas en accessoires érotiques!"

Peggy Yetim, cinquante ans, a grandi au coeur des montagnes grisonnes. "J'ai reçu une éducation très traditionnelle, à l'écart des grandes villes. La première fois que j'ai pris le train, je devais avoir quinze ans!"

Pourtant aujourd'hui, cette souriante habitante de Boudry parle de sexe "comme de cuisine. J'étais dans la vente depuis 25 ans. J'avais quasiment tout vendu à part des sex toys: vêtements, électroménager, bijoux. Puis je me suis retrouvée au chômage. Mes enfants m'ont poussée à postuler à l'Erotik Markt. C'était il y a un peu plus de trois ans. Et je ne le regrette pas!"

Peggy Yetim reconnaît toutefois que sa première semaine dans le magasin de Saint-Blaise, qui venait d'ouvrir, a été difficile: "J'avais de la peine à parler de sexualité avec les clients. J'étais mal à l'aise lorsque des couples, à qui j'avais conseillé un produit, me disaient "On a pensé à vous parce que c'était génial"! D'ailleurs au début, je n'ai pas osé dire à ma mère où je travaillais. Elle l'a appris en m'entendant à la radio."

 

"Ce métier m'a libérée"

 

Mais Peggy Yetim, devenue gérante du magasin, s'est rapidement habituée à son nouvel environnement professionnel. "Aujourd'hui, j'assume totalement. Je parle de mon métier comme de n'importe quelle profession, ouvertement. Quand je me promène avec un vibromasseur dans le magasin, je ne remarque même plus ce que je tiens entre les mains!"

Accessoires ludiques, dessous torrides, costumes sadomasochistes, films X ou peintures comestibles pour le corps: la jeune grand-maman pleine d'humour est devenue incollable sur les derniers produits en vogue: "Ce qui cartonne, ce sont les accessoires pour les couples. J'en vends à des clients de tous âges. Je me souviens d'un couple de sexagénaires qui est arrivé en rigolant et en déclarant: "Faire la crêpe, une fois sur le ventre, une fois sur le dos, ça suffit!" Ils étaient vraiment chou."

Peggy Yetim l'a vite compris: son métier ne consiste pas seulement à vendre des produits érotiques. "Je dois être à l'écoute. Certaines personnes frisent les murs du magasin et évitent le contact. Mais la plupart des clients me parlent ouvertement de leur vie sexuelle, de leurs soucis. Ils ont besoin de conseils, de produits miracles. Vous savez, la première souffrance chez les couples, c'est la sexualité! Une de mes fidèles clientes m'appelle Peggy la psy."

L'énergique gérante confie que sa nouvelle profession lui a appris beaucoup, "sur les gens, mais aussi sur moi. Ça m'a libérée, je suis plus ouverte à des thèmes comme l'homosexualité, la transsexualité. Vous savez, la sexualité, ça n'a rien de pervers, ça fait partie de la vie!"

 

Plus varié qu'ailleurs

 

Evidemment, la profession a aussi ses points négatifs: "Les cabines de visionnage, qu'il faut nettoyer régulièrement..." Ou les remarques "un peu lourdes" de ceux qui lui demandent si elle a testé tous les gadgets.

Ces évocations poussent Peggy à rappeler qu'il faut "du caractère et beaucoup d'humour pour faire ce métier. Heureusement, j'adore rigoler!"

Aujourd'hui, Peggy Yetim ne regrette pas une seule seconde de s'être engagée dans cette voie: pour elle, vendre des articles érotiques est une activité "beaucoup plus originale et variée" que de travailler dans un commerce "classique" : "On ne peut pas comparer cela à la vente d'un fer à repasser! Chaque client a ses propres envies, ses fantasmes, sa propre sensibilité. C'est un domaine très difficile, il faut viser juste. Et, surtout, ne pas donner de faux espoirs aux clients."

 

SERIE D'ETE

 

La trève estivale est l'occasion de découvrir quelques professions insolites pratiquées dans le canton de Neuchâtel. Peggy Yetim n'aurait jamais imaginé exercer un tel métier: à cinquante ans, elle vend des accessoires érotiques. Et est devenue incollable sur les gadgets en vogue.


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