11.10.2017, 11:49  

Le Neuchâtelois Flavio Rapone, père au foyer et fier de l'être

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Flavio Rapone est garant des devoirs bien faits cet après-midi. Il corrige la fiche de Clara, 10 ans, pendant qu’Haley, 7 ans, demeure imperturbable, bien trop concentrée sur son calcul. Ce Boudrysan a quitté son poste à reponsabilité pour s’occuper de ses trois filles.  La cadette, Robyn, 4 ans, épargnée par ce genre de souci, est absente du cliché.

 11.10.2017, 11:49   Le Neuchâtelois Flavio Rapone, père au foyer et fier de l'être

Égalité - Flavio Rapone est père au foyer depuis 3 ans. Un choix réfléchi qu'il a pris avec sa femme, Aurélie, après une période de transition et une courte phase de test. Portait d'un Boudrysan qui est fier de s'occuper de ses trois filles.

«Je travaillais jusqu’à quinze heures par jour. Les seuls moments où j’avais un peu de temps pour mes filles, j’étais trop fatigué pour faire quoi que ce soit», c’est sans regret que Flavio Rapone, 35 ans, raconte sa «vie d’avant».

Aujourd’hui, ce polymécanicien de Boudry a lâché son poste à responsabilité dans l’industrie pour s’occuper à 100% de ses trois filles et des tâches ménagères. Exit la trentaine de personnes sous sa houlette, il est désormais garant du bon fonctionnement de...

«Je travaillais jusqu’à quinze heures par jour. Les seuls moments où j’avais un peu de temps pour mes filles, j’étais trop fatigué pour faire quoi que ce soit», c’est sans regret que Flavio Rapone, 35 ans, raconte sa «vie d’avant».

Aujourd’hui, ce polymécanicien de Boudry a lâché son poste à responsabilité dans l’industrie pour s’occuper à 100% de ses trois filles et des tâches ménagères. Exit la trentaine de personnes sous sa houlette, il est désormais garant du bon fonctionnement de la famille.

Un choix réfléchi

La décision a été prise il y a trois ans, avec sa femme Aurélie, après une période de transition, une longue réflexion et une courte phasede test.
Un nouveau job, plus tranquille d’abord, puis un autre, avant de se retrouver au chômage pendant deux mois.
C’est durant cette période que le couple tente le coup. Elle, infirmière, augmente son temps de travail et passe de 60% à 90%, lui s’occupe de la petite famille. «Ma femme voulait être sûre à 300% que ce rôle me conviendrait», lâche-t-il.

>> A lire aussi: MenCare: un programme romand pour promouvoir le rôle du père

Apprenti au foyer

Flavio Rapone passe de responsable à apprenti. Il doit se former à toutes les tâches qu’Aurélie assumait. «J’étais très macho, carriériste et je n’avais jamais fait la lessive», se souvient-il. Il ajoute: «C’était l’image de la famille que j’avais toujours eue. Ma mère s’occupait du foyer jusqu’à mes 12 ans, et mon père n’a jamais rien fait dans le ménage lorsque j’étais enfant.»

Cette période d’essai est concluante, mais Flavio Rapone reprend tout de même un emploi fixe de polymécanicien à temps complet. Et puis... il craque, c’est la dépression. A la clé, une interruption de travail de six semaines, mais surtout le point de départ d’une nouvelle vie.

Une fois la décision prise, il faut penser au «nerf de la guerre»: l’argent. Le couple revoit complètement son budget. Vente d’une des deux voitures, économies dans les abonnements, faible baisse de loyer ou encore changement des caisses maladie. Flavio et Aurélie Rapone vont jusqu’à simuler la différence d’impôts à payer sur le logiciel Clic & Tax. Tout semble tenir sur papier, ils se lancent. «Avec nos deux salaires, nous étions très à l’aise financièrement, nous avons dû apprendre à faire quelques petits sacrifices. Parfois, je vais faire les courses dans trois magasins différents, ou nous allons en France pour faire des économies», illustre Flavio Rapone.

Durant un an, il garde tout de même l’espoir de trouver un emploi à temps partiel. Il décroche quelques missions, mais rien ne convient vraiment. «Il est très difficile de trouver ce genre de contrat dans l’industrie», témoigne-t-il. Il abandonne alors l’idée et se consacre à 100% à son rôle.

«Tu vas te la couler douce»

«Je savais qu’il y avait beaucoup de choses à faire, mais jamais je n’aurais pensé autant! Tout se passe sur une durée beaucoup plus longue, je ne finis jamais à 17 heures, ce n’est de loin pas un job facile», assure tout sourire Flavio Rapone.

Moqueries, encouragements, les réactions ont été variées lors de l’annonce de la nouvelle auprès de la famille et des amis. «On m’a dit que c’était une décision complètement irréfléchie et que j’étais mort professionnellement si je le faisais», indique, touché, Flavio Rapone. Après de telles réactions, le tout nouveau père au foyer se met la pression: «J’ai mis les bouchées doubles pour que tout soit impeccable. Chaque jour, je me fixe des objectifs à atteindre, pour ne jamais perdre le rythme que j’avais pris au travail»,

La plus grande difficulté n’est pas de s’occuper des petites – même s’il ne parvient toujours pas à les coiffer en queue-de-cheval –, mais le manque d’interaction sociale. «Lorsque je travaillais, je voyais des dizaines de personnes tous les jours. Aujourd’hui, je rencontre beaucoup moins de monde, j’ai vraiment eu de la peine à m’y faire», confie-t-il. Il a réagi notamment en intégrant l’équipe des vétérans du FC Boudry.

«Je suis fier de m’occuper de mes enfants et je remercie mon épouse presque tous les jours de m’offrir cette chance. C’est un rôle valorisant qui me tient vraiment à cœur. Ma femme n’a pas à s’inquiéter et peut aller travailler l’esprit tranquille», souligne FlavioRapone.
Il tempère peu après: «Si j’avais la possibilité de prendre un 60% dans ma branche, ce serait l’idéal. Je pourrais travailler et passer du temps avec mes filles.» 

Il milite pour une répartition équilibrée

«Je gère l’entreprise familiale comme un projet», lâche, Grégory Jaquet, qui jongle entre ses fonctions de président de commune de Milvignes et son rôle de papa. A 40 ans, l’homme est engagé. Il est membre du Parti socialiste, mais il est surtout militant pour l’égalité des genres.

Il se bat notamment pour une répartition équitable des tâches ménagères et celles de garde dans le couple. Il porte son engagement au quotidien dans son couple, si bien qu’il a été désigné comme témoin privilégié lors de l’introduction du programme national MenCare en Suisse romande.

>> A lire aussi: Une famille engagée au Costa Rica

Grégory Jaquet, avec ses trois enfants, Clémence, 5 ans, Marceau, 3 ans, et Romane, 7 ans. Photo: Lucas Vuitel

Deux ans au foyer

C’est que Grégory Jaquet a défini une grande partie de sa vie professionnelle en fonction de sa famille. Alors qu’il est cadre au sein de la police neuchâteloise, il opère un changement de vie radical. Lui et sa compagne, Anouk, s’envolent pour le Costa Rica sans billet de retour. Elle s’engage dans une ONG. Lui devient père au foyer.

L’aventure dure deux ans. Une période qu’il vit très mal. «Je faisais des tâches extrêmement frustrantes, qui m’apportaient aucune reconnaissance», raconte-t-il. Il ajoute: «Même si je faisais tout juste, si je faisais une journée parfaite, je ne ressentais aucun accomplissement, je ne me sentais pas valorisé».

De retour en Suisse, Grégory Jaquet fera tout pour trouver un équilibre entre vie professionnelle et familiale. Il y parvient grâce à son mandat politique depuis juin 2016.Il retiendra principalement une chose de son expérience au foyer: «Il faut arrêter de prétendre que c’est épanouissant de faire du travail domestique. Il faut le partager!», insiste-t-il.

Un objectif lui colle à la peau: «J’aimerais offrir un modèle de société différent à mes enfants, où chacun puisse choisir librement ce qu’il désire faire». 


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