06.06.2012, 00:01  

Le portable au secours de l'état civil

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Par PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE VILLARD

TECHNOLOGIE - Pour éviter que les jeunes ne rencontrent des problèmes de scolarité, l'ONG Aide et Action a développé, au Sénégal, une application pour faciliter la déclaration des naissances.

Au Sénégal, l'organisation non gouvernementale (ONG) Aide et Action a développé et testé avec succès une application qui permet aux chefs de village éloignés d'enregistrer les naissances directement auprès du centre d'état civil. Une opération simple qui permettra aux jeunes de disposer des papiers d'identité nécessaires pour leur scolarité, en s'épargnant de longues démarches de régularisation.

Explications avec Pape Kane Diallo. Membre d'Aide et Action et passionné de nouvelles technologies, il a été la cheville ouvrière du projet.

Comment avez-vous été amené à développer cette application?

Cette application, c'est un peu l'aboutissement de dix ans de travail sur ce problème.

En Afrique, il arrive souvent qu'il manque une pièce d'état civil à un jeune pour passer un examen, car seule une naissance sur quatre est déclarée. Hormis peut-être l'Afrique du Sud, il s'agit d'un problème continental qui remonte loin, bien avant les indépendances africaines.

Avant ce procédé, on a réalisé des campagnes d'information qui n'obtenaient pas de bons résultats.

Pour quelles raisons?

Nous avons organisé des dispositifs avec des registres de terrain ou des cahiers dans les écoles pour que les enfants signalent les naissances, mais en zone rurale, on se heurte souvent à des problèmes d'enclavement, de transport et de logistique.

C'est un secteur qui reste à distance de l'Etat, et beaucoup d'adultes n'ont pas d'état civil.

Comment avez-vous développé cette technique?

On a conçu cette application grâce aux techniciens en recherche et développement du groupe Orange dans le pays. Grâce à elle, les chefs de village avertissent les services de l'état civil, qui peuvent enregistrer la déclaration et renvoyer aussitôt un numéro d'identification nationale.

Pour quels effets?

Les résultats sont très encourageants, puisque dans notre zone de test, le village de Dioulacolon, 100% des naissances a été déclaré en trois mois, soit autant que pour toute l'année 2010. C'est très prometteur.

Quelles sont les perspectives ouvertes par cette technique?

On dispose d'un meilleur suivi des registres de l'état civil. Cela évite par exemple d'avoir une foule d'enregistrements le même jour, au passage de l'officier d'état civil au village. L'archivage est aussi assuré, car une tempête ou une inondation pouvait causer sa perte. Un recensement plus fiable permet enfin une meilleure planification scolaire.

Quel est l'avenir de cette initiative?

Avec Aide et Action, on a initié le projet. Ce qui manque maintenant, c'est la mise à l'échelle dans tout le pays de cette application.

Il faut que dans les pays d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique centrale mais aussi en Asie du Sud, les Etats s'approprient cette application pour laquelle il n'existe pas de licence à payer.

Les opérateurs rendent gratuite la circulation de l'information, les fabricants offrent des appareils... L'objectif est humanitaire, et les besoins sont énormes. On peut aussi envisager l'enregistrement des mariages. Cette application va bientôt concerner d'autres pays: Togo, Bénin, Burkina-Faso, Côte d'Ivoire, où il existe une demande spécifique pour l'enregistrement des décès.

L'état civil, c'est une question de souveraineté nationale.

Quels sont les apports des nouvelles technologies au développement?

Sur le plan personnel, je m'intéresse bien sûr aux nouvelles technologies, mais dans le cadre de notre action, elles peuvent être un avantage pour les pays en voie de développement.

Les tablettes ont une utilité pour les enseignants. Ils peuvent accéder à de l'information pour leurs cours et en recevoir aussi. On ne peut pas les utiliser pour tout, mais elles sont utiles pour l'accès au savoir.


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