19.08.2017, 00:01  

«L’Espagne a surmédiatisé son action»

Abonnés
chargement
1/4  

 19.08.2017, 00:01   «L’Espagne a surmédiatisé son action»

Par Thierry JAcolet

TERRORISME - Selon Mathieu Guidère, professeur à l’Université de Paris, en annonçant qu’elle allait éradiquer le terrorisme en entrant dans la coalition contre l’EI, l’Espagne a fait une erreur.

Mathieu Guidère, professeur à l’Université de Paris et auteur de «La guerre des islamismes» (Gallimard), revient sur la menace terroriste qui pèse sur l’Espagne. Interview.

Pourquoi l’Espagne a-t-elle été prise pour cible?

Depuis le dernier attentat à Madrid en 2004, l’Espagne était épargnée, car elle avait tiré les leçons de ces attaques. Quand elle intervenait dans des pays musulmans comme...

Mathieu Guidère, professeur à l’Université de Paris et auteur de «La guerre des islamismes» (Gallimard), revient sur la menace terroriste qui pèse sur l’Espagne. Interview.

Pourquoi l’Espagne a-t-elle été prise pour cible?

Depuis le dernier attentat à Madrid en 2004, l’Espagne était épargnée, car elle avait tiré les leçons de ces attaques. Quand elle intervenait dans des pays musulmans comme l’Irak à l’époque, il pouvait y avoir des représailles importantes. Le gouvernement espagnol de l’époque s’était alors retiré de l’Irak et avait décidé de ne plus intervenir dans les pays musulmans. En 2016, sous la pression de la France, l’Espagne est toutefois entrée dans la coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI). Même si c’est un engagement mineur (réd: au niveau humanitaire), elle a surmédiatisé son action, en annonçant qu’elle allait éradiquer le terrorisme. C’était une erreur.

Et depuis, le pays est-il menacé directement par l’EI?

Oui, et même les djihadistes espagnols menacent leur propre pays et encouragent au passage à l’acte contre des cibles au fort pouvoir médiatique. Si Barcelone a été choisie, c’est parce que c’est une destination touristique très prisée et très médiatisée ces dernières semaines, que ce soit avec la grogne contre les touristes ou le transfert du footballeur Neymar.

L’EI a-t-il encore les moyens de téléguider des attaques hors de sa zone d’influence?

Non, l’EI, comme al-Qaïda, n’a plus les moyens de monter des attentats hors de chez lui. Il s’appuie sur des locaux intéressés de commettre un attentat. L’EI les inspire par une sorte d’émulation, mais il n’envoie pas des terroristes sur place.

En revanche, de plus en plus de djihadistes européens rentrent au pays, en Espagne notamment…

Les djihadistes revenant en Espagne seraient spécialisés dans la question de l’explosif. L’attentat de Barcelone serait d’ailleurs la rencontre entre des artificiers formés en Irak ou en Syrie (réd: une explosion à Alcanara serait liée à l’attentat) et des locaux qui n’avaient pas de compétence propre et qui se sont contentés par exemple de conduire la camionnette. Mais on ne peut pas parler d’implantation de l’EI en Espagne. Il y a des sympathisants. L’Espagne peut être comparée à l’Italie: des pays pas très puissants au niveau militaire avec des foyers islamistes et djihadistes.

La menace terroriste vient-elle uniquement de l’EI?

Non, il y a un désenchantement récupéré par al-Qaïda. Avec la perte de leur sanctuaire en Syrie et en Irak, deux tiers des djihadistes de l’EI vont partir sur d’autres zones de combat: le Yémen, la Somalie, la Libye et le Sahel. D’autres rejoignent les rangs d’al-Qaïda qui mène actuellement une campagne de communication importante à l’égard des combattants de l’EI. Elle veut redevenir la première organisation terroriste mondiale. Elle a déjà récupéré la quasi-totalité des combattants au Sahel. C’est elle qui a par exemple commis l’attentat au Burkina Faso le week-end passé. Et elle en prépare d’autres.

Le véhicule bélier, l’arme favorite de l’état islamique

La course folle d’une voiture ou d’un camion comme arme de terreur: le modus operandi de l’attentat qui a endeuillé Nice il y a un an s’est répété depuis en Europe. Il obéit à une tactique encouragée par l’Etat islamique. L’EI avait appelé à tuer des policiers, des militaires ou de simples civils dans les pays de la coalition internationale mobilisée contre le groupe de djihadistes en Syrie et en Irak. Et ce à l’aide de n’importe quelle «arme» à portée de main. ats


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top