17.02.2017, 00:01  

«Vivre sans consolation»

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 17.02.2017, 00:01   «Vivre sans consolation»

Par le figaro

INTERVIEW - Jean-Louis Trintignant revient avec un nouveau spectacle de poésie et un film.

Il contemple le ciel gris de Paris. Les nuages défilent, poussés par un vent de nord-ouest. Il est tranquille. Il l’a souvent dit: il ne craint plus rien, le pire est arrivé. Jean-Louis Trintignant est un homme secret, opaque, digne. Un artiste à la longue et belle carrière, contrastée, brillante, souvent inattendue. Tant de films en près de 65...

Il contemple le ciel gris de Paris. Les nuages défilent, poussés par un vent de nord-ouest. Il est tranquille. Il l’a souvent dit: il ne craint plus rien, le pire est arrivé. Jean-Louis Trintignant est un homme secret, opaque, digne. Un artiste à la longue et belle carrière, contrastée, brillante, souvent inattendue. Tant de films en près de 65 ans de carrière, tant de pièces de théâtre. Et tant de poèmes distillés au fil du temps et des routes. La poésie est ce qui le fait tenir. Elle l’accompagne depuis toujours.

Comment allez-vous?

Comme un homme dont l’avenir est un peu bouché! Un homme qui s’entête à dire de la poésie et qui sait pourtant que la poésie ne compte pas beaucoup. Elle compte pour quelques illuminés. C’est utopique.

Et pourtant, c’est bien la poésie qui est le fil de votre vie?

Sans doute. Cela m’a toujours accompagné. J’ai toujours aimé la poésie. J’ai toujours trouvé une consolation dans la lecture des poètes. Avec le temps, tout se modifie. Je ne cesse pas de chercher de nouveaux textes, de nouvelles voix. Mais il vient un moment où, devant le drame, la poésie ne peut plus tout effacer. Il faut apprendre à vivre sans consolation. Et continuer…

Comment avez-vous composé ce nouveau spectacle?

La musique y tient une place grande. Piazzolla, sur des arrangements de Samuel Strouk, mais aussi de magnifiques compositions de Daniel Mille, l’accordéoniste avec qui je travaille depuis longtemps et qui possède un son extraordinaire, comme le violoncelliste Grégoire Korniluk, avec qui j’ai beaucoup cheminé et qui lui aussi est un virtuose. Il y a deux autres violoncellistes, Paul Colomb et Jérôme Huille, et Diego Imbert à la contrebasse.

Quels textes avez-vous choisi?

Alexandre Vernerey, l’assistant de Michael Haneke, m’accompagne depuis «Amour», notamment dans la définition d’une ligne, dans des choix très difficiles car j’ai toujours envie de rajouter tel ou tel texte que j’aime, que j’ai envie de faire connaître. Mais il faut être vigilant. Il ne faut pas excéder une heure vingt - une heure trente, car les poèmes exigent une grande attention, une grande concentration de la part du public.

Y a-t-il des écrivains que l’on ne connaît pas encore?

Oui! Gaston Miron… Connaissez-vous Gaston Miron? C’est un poète et parolier québécois dont on m’avait fait découvrir des chansons, il y a quelques années. Il est mort à la fin du siècle précédent (1928-1996), s’étant battu toute sa vie pour la langue française et l’édition des poètes. Je ne me lasse pas de «Marche à l’amour».

Dans ce poème, Miron dit: «Je bois à la gourde vide de sens de la vie». Vous vous y reconnaissez?

Je connais «la gourde vide de sens». On s’efforce de la remplir d’autre chose, de sens, d’amour, d’espérance. Mais tout fuit et on cherche en vain le sens.

Vous pourriez donner beaucoup plus de représentations. Pourquoi ne le souhaitez-vous pas?

Parce que c’est un spectacle fragile. Je suis très bien entouré, mais je crains toujours de ne pas être juste. Et puis je parle de Marie, et c’est très difficile… Quatorze ans déjà, quatorze ans… C’est toujours très dur. Mais je dis «Mon p’tit Lou» d’Apollinaire, je lui dédie un poème. Elle ne m’a pas quitté et c’est sans doute ce que j’aime le plus dans la «Marche à l’amour» de Miron. Ce sentiment d’absence irrémédiable et de présence pourtant.

Vous êtes sincère, on le sait, lorsque vous dites ne plus vouloir tourner. Mais vous faites pourtant une exception pour Michael Haneke.

En ayant la chance travailler dans «Amour», j’ai approché un homme exceptionnel, le plus grand metteur en scène que j’ai rencontré depuis que je fais des films, et j’en ai tourné plus de cent… Michael Haneke est un artiste d’une rigueur, d’une ténacité et d’une précision que j’admire. Il est un immense metteur en scène. Il compose comme Bach composait. Evidemment, j’étais très heureux qu’il me demande de jouer dans «Happy End».

Un tournage heureux?

Très heureux. Une équipe très soudée… La jeune comédienne vient de Belgique. Fantine Harduin. Dès notre première scène, je lui ai dit: «Fais gaffe, je suis peut-être le plus mauvais comédien d’Europe.» Cela ne l’a pas démontée. Et puis j’ai retrouvé Isabelle Huppert. Je suis très heureux de tout ce qui lui arrive. Elle a tourné dans le film de Samuel Benchetrit «Asphalte» et elle a été délicieuse et protectrice pour Jules, le dernier fils de Marie, qui, s’il le souhaite, pourra devenir un grand comédien.

Toute votre vie, vous avez aimé le risque. La course automobile, notamment. Qu’est-ce que cela vous apportait?

Je n’avais pas conscience du danger, dans les courses. J’aimais la vitesse. Cela m’a aidé. J’étais très timide, peu sûr de moi.

Vous aimiez aussi le jeu… Etiez-vous bon au poker?

Pas mauvais. Il faut savoir mentir. Nous faisions des parties avec Christian Marquand, Yves Montand… C’était du temps des francs. On pouvait perdre beaucoup. le figaro

INFO +

Paris: salle Pleyel, mardi 7 mars. Genève, Grand Théâtre, le 17 mai.

le contexte

Jean-Louis Trintignant a toujours fréquenté et célébré les poètes. Il a composé un spectacle qui fera escale à Paris le 7 mars et à Genève le 17 mai. Le film qu’il a tourné l’été dernier avec Michael Haneke ira sans doute à Cannes. D’ici là, écoutons-le.


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