05.09.2016, 00:01  

Une pianiste dans l’infini présent

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HJ Lim, une virtuose tout en humilité.

VIVRE ICI EN VENANT D’AILLEURS - Pianiste sud-coréenne, portée par la sagesse bouddhique, HJ Lim est tombée amoureuse de Neuchâtel et y vit depuis 2010.

C’est du haut de ses trois ans seulement, que la petite fille s’est mise au piano la première fois, pour ne plus jamais le quitter.

Une vocation pour Hyun-Jung (HJ), qui à l’âge de 12 ans décida de quitter Anyang, sa ville natale sud-coréenne, pour continuer ses études en France. «C’est la musique qui m’a portée. Je voulais étudier...

C’est du haut de ses trois ans seulement, que la petite fille s’est mise au piano la première fois, pour ne plus jamais le quitter.

Une vocation pour Hyun-Jung (HJ), qui à l’âge de 12 ans décida de quitter Anyang, sa ville natale sud-coréenne, pour continuer ses études en France. «C’est la musique qui m’a portée. Je voulais étudier dans la terre natale des compositeurs que j’idolâtre», explique avec enthousiasme HJ Lim, qui nous reçoit avec chaleur, dans une petite salle de répétition du Conservatoire de musique de Neuchâtel, accompagnée de son maître bouddhiste Venerable Seongdam et d’un journaliste de la télévision nationale de Corée du Sud en train de tourner un film sur l’enfant prodige.

Que de chemin parcouru en l’espace de 18 ans pour la petite fille qui fut, à son arrivée dans le nord de la France, logée dans une famille d’accueil et dont l’intégration n’a pas été sans douleurs. «A l’école, les personnes asiatiques étaient rares et sujettes aux moqueries. Je ne savais pas un mot de français. C’est lorsque mon professeur m’a proposé de me mettre au piano que j’ai pu enfin communiquer avec mes camarades, grâce au langage sublime de la musique», raconte-t-elle dans la langue de Molière, qu’elle maîtrise aujourd’hui parfaitement. «Toutes les épreuves endurées m’ont formée et ont renforcée ma personnalité. Finalement, je suis reconnaissante d’avoir dû les traverser.»

La musique comme un don? «Je ne parlerais pas de don, mais d’amour qui appelle le travail. Par passion, je peux donner toute ma vie pour le piano, travailler jour et nuit, sans dormir, sans manger.» Elle rit, HJ Lim, qui a joué de manière étonnamment précoce les sonates de Beethoven, ou encore Bach, Chopin, Rachmaninov et tant d’autres… Elle qui a étudié avec brio au Conservatoire de Rouen, puis à Paris. Et dont les critiques internationales aujourd’hui ne tarissent pas d’éloges.

L’Orient et l’Occident réunis

En 2008, en tournée, elle traverse Neuchâtel, «tombe en amour» pour cette ville et la beauté de son paysage. Deux ans plus tard, elle s’y installe avec bonheur, tout en continuant de parcourir les scènes du monde. «Je me sens chez moi partout», dit celle qui incarne l’Orient et l’Occident dans une harmonie parfaite. Ses concerts (notamment au mois de juin dernier à la collégiale de Neuchâtel) avec le maître sud-coréen Seongdam, en sont l’une des expressions. Entre le piano et la voix, une rencontre pour un message commun: Dieu (ou quelle que soit la manière dont on le nomme) est en chacun de nous, et nous ne sommes pas séparés les uns des autres.

«Les chants coréens ancestraux, les jitsori, viennent de l’âme, d’une sérénité profonde, d’un état de non-jugement. Les grands classiques européens, du cœur, de l’exaltation, des tourments. Les deux mouvements se mettent en valeur l’un l’autre», explique HJ Lim. Le bouddhisme lui a ainsi appris à maîtriser ses émotions, sans pourtant les effacer. «Même dans la colère, je sais ce que je dis, car je reste calme au fond de moi. Mais cela ne veut pas dire que je ne vis plus mes émotions. Au contraire, je les vis plus intensément, car j’en suis consciente.»

A presque 30 ans, HJ Lim semble n’avoir pas d’âge, tant elle porte en elle la maturité d’un ancêtre, la chaleur d’une mère, la joie d’un enfant et l’humilité d’un sage.

Cette rubrique est soutenue par le Service neuchâtelois de la cohésion multiculturelle. Ce témoignage est le deuxième d’une série de trois portraits sur le thème des religions.

Chemin spirituel aux voies multiples

«La musique, c’est la spiritualité, l’invisible, l’énergie. On ne la voit pas, mais on est touché.» Sur son chemin spirituel, la pianiste aime à nommer l’essence divine, «harmonie». Une même source pour des formes différentes. Née protestante, HJ Lim se rend parfois à la collégiale de Neuchâtel où elle prie Jésus, Dieu, ses anges…

Au quotidien, c’est le bouddhisme qui la porte dans ses méditations quotidiennes au cœur de son être. Et lorsqu’elle est en Corée du Sud, elle participe aux cérémonies pour les ancêtres. «Ce sont des moments de gratitude envers nos grands-parents. On leur offre une magnifique nourriture. C’est l’occasion de se retrouver en famille.» Très attachée à ses racines, HJ Lim s’imagine, dans le futur, vivre entre Anyang, sa ville natale, et Neuchâtel. Quant à sa carrière? «Je n’y pense pas beaucoup. Depuis quelque temps, je me concentre sur l’ici et maintenant», sourit-elle. «Les concours, les enregistrements dans ce monde très compétitif, je les ai fait. Et je sais aujourd’hui que c’est vain.»

Comme elle l’écrit dans son premier livre intitulé «Le son du silence» (Ed. Albin Michel, 2016): «Entendre, sentir, respirer par les notes le souffle divin. Tel est mon désir de toujours.»

La Corée du Sud en bref

Superficie 99 720 km2.

Population 50 millions d’habitants environ.

Capitale Séoul (10 millions d’habitants).

Chef de l’état Park Geun-Hye.

Histoire Suite à l’occupation japonaise et à la Seconde Guerre mondiale, la Corée est divisé en deux zones. La Corée du Nord (communiste) et la Corée du Sud (sous influence américaine) entrent en guerre en 1950. Le conflit armé prend fin en 1953, faisant deux millions de morts. Depuis, les relations restent extrêmement tendues entre la Corée du Sud et le pouvoir dictatorial nord-coréen.

religions Chrétiens (32%, dont 24% de protestants), bouddhistes (24%), confucianistes (3%), sans religion (43%). Le chamanisme et le culte des ancêtres sont encore très vivants.

Statistiques 30 personnes originaires de Corée du Sud résident dans le canton de Neuchâtel.


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