13.09.2017, 19:21  

Les silhouettes de Catherine Louis en imposent

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Catherine Louis, 54 ans, fête ses 30 années d’illustration. Dans son atelier chaux-de-fonnier, les projets foisonnent!

 13.09.2017, 19:21   Les silhouettes de Catherine Louis en imposent

Art - L’illustratrice Catherine Louis trace son sillon depuis 30 ans. Rencontre dans son atelier chaux-de-fonnier.

Une grande maison plantée au milieu des vignes de La Neuveville a abrité son enfance. Son père vigneron y avait aménagé divers ateliers, où il travaillait le bois, le fer, s’adonnait à la poterie. Il avait même construit un immense métier à tisser dans l’une des pièces, et elle se souvient d’avoir cardé et filé la laine. «Nous étions des super baba cool! Avec le recul, je me rends compte à quel point tout cet espace pour bricoler, rêver, imaginer, a...

Une grande maison plantée au milieu des vignes de La Neuveville a abrité son enfance. Son père vigneron y avait aménagé divers ateliers, où il travaillait le bois, le fer, s’adonnait à la poterie. Il avait même construit un immense métier à tisser dans l’une des pièces, et elle se souvient d’avoir cardé et filé la laine. «Nous étions des super baba cool! Avec le recul, je me rends compte à quel point tout cet espace pour bricoler, rêver, imaginer, a été important», confie Catherine Louis.

L’illustratrice affiche aujourd’hui 30 ans d’activité au compteur, un anniversaire dignement fêté par une série d’événements organisés à La Chaux-de-Fonds. Rencontre dans son atelier, une vraie caverne d’Ali Baba où les livres remplacent les perles et les colliers, où les travaux en cours sont bien plus précieux que l’or. Bientôt, une théière et deux bols font leur apparition sur la table basse.

Un vent de liberté

Les grands espaces fertiles de l’enfance se sont étendus jusque dans l’atelier de la voisine, où, à l’écart de ses trois frères, la fillette trouve refuge pour dessiner. «Cette voisine avait dix ans de plus que moi et fréquentait l’Ecole d’arts visuels à Bienne. Quand j’ai appris qu’il existait une école où l’on ne faisait que dessiner, j’ai trouvé ça génial.» Quelques années encore, et Catherine Louis en franchit le seuil.

A Bienne, elle rencontre l’illustrateur Jörg Müller, passe deux semaines dans son atelier sans dessiner, croit-elle se souvenir, mais leurs échanges n’en seront pas moins fructueux. Il l’aiguille sur l’Ecole des arts décoratifs de Strasbourg. «Je ne savais même pas où c’était!» rigole-t-elle. «A Bienne, on avait tout le matériel qu’il fallait; à Strasbourg, tout était brinquebalant, mais il soufflait un formidable vent de créativité et de liberté».

C’est le coup de foudre. D’autant plus qu’elle trouve en Claude Lapointe un professeur exceptionnel, qui la guide sur les chemins d’une esthétique non formatée. «Les nez et les pieds que je dessinais étaient toujours trop longs, mais à ses yeux, ce n’était pas grave. Il nous poussait à développer nos défauts.»

Malhabile dans le portrait, l’élève se libère en travaillant avec les doigts, les papiers déchirés, l’encre et le pinceau. La tache, la silhouette lui permettent de se forger un langage encore en vigueur aujourd’hui, et sur lequel est venu se greffer l’art de la calligraphie chinoise. «Quand je choisis d’illustrer un texte, je me soucie de ne pas brider l’imaginaire du lecteur. La silhouette préserve une part de mystère; elle montre une attitude, mais n’en dit pas plus.»

L’esprit grand ouvert

Les matières, la végétation, les ombres... Catherine Louis y trouve l’inspiration. Elle noircit des carnets avec ses propres mots, mais son travail se nourrit de ceux des autres, car elle juge son écriture «trop plate». Et parce qu’elle aime partager.«On est seul quand on dessine; or je trouve vraiment intéressant d’avoir un vis-à-vis dans la création d’un livre.» Marie Sellier, Bernard Friot font partie de ses compagnons de route. De même qu’Azouz Begag, qui lui a ouvert quelques portes sur la culture du monde arabe, quand elle commençait à la découvrir dans la famille de son mari algérien, Abdé.

Les rencontres. Elles font, sans doute, la beauté de son métier. Elle y ajoute la chance de «se réveiller avec à chaque fois un objectif différent. C’est un cadeau que de pouvoir rêver à des projets; et de voir quel impact ils peuvent avoir sur les enfants.» Elle ne craint pas, au contraire, de s’aventurer sur d’autres terrains, d’imaginer, par exemple, un livre pour les malvoyants ou de réaliser un jeu de cartes pour les personnes atteintes d’Alzheimer. «Le jour où je n’apprendrai plus rien dans mon métier, je m’ennuierai!»

Un métier en évolution

On le sait, toute médaille a son revers. Catherine Louis professe un goût modéré pour les tâches administratives, la négociation, la recherche de fonds. En 30 ans, le livre pour enfants a connu un essor considérable. L’offre a augmenté, les droits d’auteur ont fortement diminué. «De même que les libraires, les éditeurs ne veulent plus de stocks, et limitent leurs tirages.»

Cours et stages, animations dans les classes, entre autres, mettent un peu de beurre dans les épinards. Mais elle est loin de faire la grimace. «J’aime bien la transmission!» Certains d’ailleurs, et cela sonne parfois comme un reproche, la trouvent trop généreuse dans le partage de son savoir. «Moi, je ne pense pas l’être. Je ne connais pas l’angoisse d’être copiée.» Ils ont raison, Catherine Louis est généreuse. Et elle a raison, elle est inimitable. Ses élèves peuvent en témoigner!

"Ciboulette et Léon"

Du fil, des boutons... Quand, en 1986, Catherine Louis a présenté les maquettes de «Ciboulette et Léon» au Salon du livre de Bologne, les éditeurs ont rigolé. Mais, quand elle y est retournée les années suivantes, ils n’avaient pas oublié ces «illustrations bricolées!» «Ce sont les seuls livres où j’ai imaginé le scénario toute seule», raconte l’illustratrice. Cette série cousue main, et sans texte, a fini par faire son chemin. «Pour dessiner Ciboulette et ses cheveux en pétard, je suis partie de la silhouette. C’est un personnage dont j’ai beaucoup de peine de m’éloigner aujourd’hui encore. En fait, j’aime bien associer des membres fins à un corps un peu corpulent.»

Crédit: David Marchon

"Mamma Mia"

Catherine Louis a rencontré Gardi Hutter en 1994 au festival de bande dessinée de Sierre, où toutes deux siégeaient dans le jury. «Elle jouait un spectacle en Valais; je suis allée la voir et j’ai fait quelques croquis», se souvient l’illustratrice. «Gardi a lancé l’idée d’une collaboration. Le scénario d’un film d’animation qui n’a jamais vu le jour a amorcé les histoires de ‘Mamma Mia!’ La plume féconde de la clown et celle, tout aussi imaginative, de l’illustratrice donneront naissance à trois albums. «Son univers était assez riche pour en faire au moins dix.» Alors en difficulté, les éditions Nord Sud ont mis un terme à l’aventure.

Crédit: David Marchon

"Mon imagier chinois"

Depuis la publication de «Liu et l’oiseau» en 2003 et jusqu’à ce jour, la source d’inspiration chinoise de Catherine Louis ne s’est pas tarie. Intéressée par l’idéogramme, le signe, elle a tout d’abord estimé que la calligraphie ne pouvait appartenir qu’aux Chinois. Puis de fil en aiguille, dont une rencontre avec une sinologue, elle découvrira cette écriture. Elle ira l’approndir à deux reprises en Chine avec Wang Fei et d’autres éminents professeurs. Une douzaine de livres sont venus jalonner cette route vers l’Orient, dont «Mon imagier chinois», un gros succès traduit en cinq langues et qui vient d’être réédité.

Crédit: David Marchon


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