12.07.2012, 00:01  

Une femme de quelle nature?

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Shalini Usha Nair a tourné son film dans sa région natale, le Kerala. 
DAVID MARCHON

 12.07.2012, 00:01   Une femme de quelle nature?

Par PROPOS RECUEILLIS PAR DOMINIQUE BOSSHARD

CINEMA - Avec "Akam", son premier long métrage, Shalini Usha Nair s'est glissée dans le maigre rang des réalisatrices présentes au Nifff.

"Akam" au Nifff: Neuchâtel, Apollo 1, ce soir à 20h, en présence de la réalisatrice Shalina Usha Nair.

Il a fallu quatre ans à Shalini Usha Nair pour écrire le scénario d'"Akam", son premier long métrage. Et pas mal de ténacité aussi pour mener à bien le tournage de ce film à très petit budget qui, aujourd'hui,...

"Akam" au Nifff: Neuchâtel, Apollo 1, ce soir à 20h, en présence de la réalisatrice Shalina Usha Nair.

Il a fallu quatre ans à Shalini Usha Nair pour écrire le scénario d'"Akam", son premier long métrage. Et pas mal de ténacité aussi pour mener à bien le tournage de ce film à très petit budget qui, aujourd'hui, voyage à travers le monde. Présenté à Dubaï, sous-titré en chinois au festival de Shanghai, le film de la réalisatrice indienne infiltre un regard féminin - ils sont rares - dans la compétition du Festival international du film fantastique à Neuchâtel (Nifff).

Votre film est basé sur un roman; pourquoi avez-vous choisi d'adapter cette histoire-là?

Un ami m'en a conseillé la lecture, il y a cinq ans. Le roman a été écrit dans les années 1960, mais il m'a semblé que la thématique gardait toute sa pertinence aujourd'hui encore. J'ai trouvé intéressant de la réactualiser. Dans le livre, le personnage est non pas architecte mais professeur de chimie: jusqu'à quel point un homme de science peut-il croire en l'existence d'une créature surnaturelle telle que la yakshi (ndlr: une femme démon)? Dans le film, l'ambiguïté se situe ailleurs, dans le pouvoir que l'un peut exercer sur l'autre: on ne sait pas qui se joue de qui.

J'ai voulu, aussi, m'interroger sur ce que pouvait être une yakshi, l'équivalent des sorcières occidentales. Qu'est-ce qui fait qu'une femme puisse être considérée comme telle? C'est ce que j'ai cherché à explorer.

La séduction, dans votre film, passe surtout par le regard. Une sexualité plus explicite se verrait-elle censurée?

C'est une question complexe, culturelle. En Inde, le cinéma se cultive en famille: c'est ensemble qu'on allait voir les films dans les salles obscures. Donc, une certaine forme de censure s'est exercée. Mais les choses changent de nos jours. Les gens ont accès à internet, ils peuvent choisir leurs films, les visionner en solitaire. Le cinéma international est lui aussi devenu bien plus accessible. De ce fait, les cinéastes s'expriment plus librement, y compris dans la production grand public de Bollywood.

Quelle est la place du fantastique dans l'importante production cinématographique de votre pays?

Le cinéma grand public mélange les genres, chaque film contient une large gamme d'émotions, le rire, l'effroi... Ces cinq dernières années, par ailleurs, de nombreuses réalisatrices ont émergé, et ont remporté un grand succès avec des films "mainstream". L'attrait pour le fantastique est en train de se développer, mais il s'agit d'un phénomène récent.

Comment avez-vous contracté le virus du cinéma?

J'ai d'abord étudié la littérature, et, comme la plupart des gens je pense, je visualisais ce que j'étais en train de lire. Inconsciemment, j'avais déjà le désir de faire des films. Ensuite, alors que je me destinais au journalisme, j'ai participé à un atelier sur le docu-fiction et j'ai compris que je voulais faire du cinéma. J'ai travaillé comme assistante sur divers tournages, puis j'ai voulu étudier cet art en Europe. En tant que spectatrice, j'ai grandi avec le cinéma "mainstream", mais je suis très éclectique dans mes goûts. A l'époque où j'ai décidé de poursuivre mes études, je m'intéressais plus particulièrement au cinéma de l'Europe de l'Est. Raison pour laquelle j'ai choisi d'aller dans une école à Prague. A mon retour en Inde, j'ai créé une maison de production consacrée au documentaire et aux pubs pour la télévision.

LA TETE DE L'ARCHITECTE

Shalini Usha Nair est née au Kerala, dans le sud-ouest de l'Inde. C'est dans cet Etat que la jeune réalisatrice a tourné "Akam", un premier long-métrage qui revisite un mythe aux résonances universelles, celui du démon fait femme - une "yakshi" dans sa région..

Séduisante en diable, Ragini se profile comme une rencontre providentielle dans la vie de Srinivas, victime d'un grave accident de la route. Défiguré, profondément affecté dans son intégrité physique, il a non seulement perdu l'amour de sa compagne mais aussi l'intérêt qu'il portait à son boulot d'architecte. Toutefois, loin de l'apaiser, son mariage avec cette beauté surgie de nulle part va se muer en cauchemar: Srinivas, il s'en persuade, a affaire à une yakshi avide de son sang.

Dépourvu d'effets spectaculaires et d'indices probants, "Akam" instille le doute sur la santé mentale du personnage et ne dévoile pas non plus la véritable identité de sa mystérieuse épouse, sans lien social ou familial apparent. Srinivas a-t-il viré parano? Notre incapacité à trancher est à mettre au crédit de ce premier film qui, jusqu'à son dénouement même, se refuse à dissiper toute ambiguïté .


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