31.01.2012, 00:01  

A 92 ans, il ne s'imagine même pas arrêter de travailler

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Par ROBERT NUSSBAUM

LA CHAUX-DE-FONDS - Portrait de René Marchand, fournituriste d'horlogerie.

"S'il le peut, un horloger n'arrêtera jamais de travailler!" Ce cri du coeur, c'est René Marchand, 92 ans, qui le lance au milieu sa caverne d'Ali Baba de fournituriste d'horlogerie à la rue Numa-Droz, dans d'anciens bureaux directoriaux qui datent de la création de Portescap. S'il travaille toujours, y compris le samedi, ce n'est pas par nécessité mais "pour mettre du beurre dans les épinards" . Cependant, il connaît encore des horlogers qui ont juste de quoi subsister. Dans le temps, beaucoup travaillaient en famille sans payer de cotisations et donc sans retraite, dit-il.

René Marchand est un dinosaure (bien vivant) de l'horlogerie. Il n'est pas peu fier de dire qu'il représente la 16e génération de paysans-horlogers, originaires et bourgeois (depuis 1720) de Sonvilier, peut-être venus avant de Bretagne. Mais lui est né à Lyon, où son père, faute de travail en Suisse, avait dû s'expatrier après la Grande Guerre de 1914-1918. René a commencé tôt l'école d'horlogerie de Besançon. "Franchement je n'étais pas doué, surtout pour le réglage" . Il tracera sa voie dans les fournitures d'horlogerie.

Des milliers de cadrans

Il reviendra en Suisse dans les années 1950. Pourquoi finit-il par s'installer à La Chaux-de-Fonds? "C'est quand même la patrie de l'horlogerie" , répond-il. Rachetant à gauche à droite, il constitue un stock de millions de pièces d'horlogerie. "Avec les vis, ça va vite", sourit-il. L'adresse de René Marchand est connue de toutes les grandes marques, qui l'appellent au secours quand il leur manque des pièces qui ne se font plus depuis longtemps et qu'ils n'ont même plus eux-mêmes. Par exemple, combien a-t-il de cadrans différents? Plusieurs milliers, estime-t-il.

Le téléphone sonne. On demande à René Marchand un mouvement de chronomètre Angelus. "De la super qualité", dit-il de la marque locloise disparue. "En général, on trouve ce qu'on nous demande" . Cela rappelle au fournituriste une lettre reçue il y a peu de temps recherchant un axe de balancier pour une pendulette d'officier. "On l'a trouvé, sauf que l'expéditeur n'a laissé ni son nom ni son adresse, quel ballot!" rit René Marchand.

Les prix qui ont explosé

Voilà qui amène notre homme à parler de la perception qu'ont aujourd'hui les gens de l'horlogerie. "Le prix des montres a explosé, les gens sont prêts à payer une montre des milliers de francs, mais pas 100fr. pour la réparer", note-t-il, évoquant le nombre de montres laissées chez les petits horlogers qu'on ne vient même pas reprendre. Ce qui compte aujourd'hui, c'est l'allure de la boîte et le cadran, pour changer de montre comme de chaussettes. "Certains rouspètent même après-coup parce que la montre, à quartz, ne fait pas tic-tac ", se moque René Marchand.

Lui porte une simple et belle Longines au mouvement datant de 1929. La plus belle montre du monde? Une vieille Omega, finit-il par avouer, qui ne veut pas entendre parler des nouveaux calibres avec des pièces en plastique. Se voit-il centenaire à l'établi? "Si j'ai la santé", répond-il. Remettre? Mais à qui...


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